Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

On ne naît pas travailleuse, on le devient O commentaire

Photo: William Daniels, www.williamdaniels.net

Photo: William Daniels, www.williamdaniels.net

C’est un peu la journée de la femme tous les jours sur ce blog, je m’aperçois. Il faut bien reconnaître que ce sont surtout des femmes qui me contactent pour témoigner, et les médecins du travail qui animent les chroniques dans la rubrique Opinions évoquent majoritairement des cas de femmes.

Vendeuses, serveuses, soignantes

C’est l’histoire de Laurence, qui doit cumuler deux emplois, pour 1700 euros par mois. Quand Claire, infirmière depuis 34 ans dans le même hôpital, voit les cadres se multiplier et perdre leur lien avec le terrain, les moyens se réduire sur des postes indispensables, la charge de travail augmenter, pendant que grandit la crainte de l’erreur. L’institution repose sur les épaules d’infirmières comme elle. Idem en entreprise: « Celle sur qui on peut compter » raconte la même histoire.

Des femmes cantonnées à l’accueil, au service, à la vente. À qui des responsabilités se trouvent déléguées, sans que leur salaire ne décolle jamais du Smic. « Non qualifiées » elles étaient, « non qualifiées » elles resteront. Faute de formation, faute de reconnaissance des compétences qu’elles ont en réalité acquis. Mais qui sont considérées comme naturellement féminines. Comme si les différences étaient plus naturelles d’un côté que de l’autre.

Des femmes isolées

Des femmes seules, isolées, dans une boutique, un troquet, chez des particuliers. Difficile de faire respecter ses droits, dans ces cas-là.

Ne pas craquer, ne pas se plaindre. Les enfants à faire vivre. Le patron qui pousse vers la sortie quand apparaissent les premiers signes de fatigue, de mal être. Humiliations, rétention d’information, reproches, mises à l’épreuve, puis à l’écart.

Madame V capitule. Pendant que Christine, depuis 30 ans dans la même entreprise de produits métallurgiques, se trouve baladée de poste de sténo-dactylo en place de vendeuse, sans possibilité de formation, ni d’ascension, jusqu’à se voir poussée insidieusement vers la sortie. Elle partira d’elle-même. Comme Renée, DRH, le bras armé de la direction, la femme dans unmilieu masculin, censée apporter une touche de douceur pour annoncer le pire. Elle a craqué.

Des emplois féminins?

Bien entendu, ces situations touchent également les hommes, mais autrement. Car ils occupent d’autres métiers. Sur 100 femmes qui travaillent, la moitié sont employées, 8 sont ouvrières et 13 sont cadres ; chez les hommes, ces proportions sont de 13 %, 35 % et 18 % (Insee).

Le secteur tertiaire (74 % du total des emplois) concentre 86,8 % de l’emploi féminin contre seulement 60 % de l’emploi masculin. Les femmes sont surtout recrutées dans le secteur des services aux particuliers et moins souvent dans celui des services aux entreprises, pourtant plus rémunérateur. L’industrie, l’agriculture et surtout la construction sont encore des secteurs très peu féminisés.

Pourtant, les écarts de salaire horaire entre hommes et femmes ne s’expliquent qu’en partie par les caractéristiques des salariés (diplômes, ancienneté…) ou de leurs emplois (secteur d’activité…).

Plus souvent au chômage, et à temps partiel

Un autre paradoxe perdure: les femmes sont plus diplômées que les hommes, mais restent moins présentes sur le marché du travail. Alors que 62 % des hommes de 15 ans ou plus travaillent ou cherchent à travailler, seules 51 % des femmes sont dans la même situation

Leur taux de chômage demeure plus élevé que celui des hommes (8,5 % contre 7,4 %) et elles travaillent plus souvent à temps partiel.

Dans l’ensemble, en 2007, 82 % des emplois à temps partiel sont occupés par des femmes et 30 % des actives ayant un emploi travaillent à temps partiel (contre 6 % des actifs ayant un emploi). Les femmes se trouvent plus souvent que les hommes en situation de sous-emploi et souhaiteraient donc travailler davantage : 10 % des actives occupées sont dans cette situation contre 2 % des actifs occupés. Les femmes sont également plus souvent en CDD.

Plus les femmes ont d’enfants, ou plus ils sont jeunes, et plus elles réduisent leur activité professionnelle (en ne participant que partiellement, voire en se retirant du marché du travail).

Des progrès quand même

Les syndicats s’inquiètent, s’interrogent, réalisent des études: le pourcentage de femmes dans les syndicats est de 43% environ en Europe. Certaines recourent donc à des méthodes d’un nouveau genre pour tenter de percer le plafond de verre: en Allemagne, récemment, une salariée a fait réaliser une expertise mathématique pour prouver qu’elle avait fait l’objet d’une discrimination, le jour où un concurrent lui est passé sous le nez pour une promotion.

De manière générale, depuis les années 1980, les situations des hommes et des femmes sur le marché du travail tendent à se rapprocher: l’activité féminine se développe et le chômage féminin diminue nettement.

La femme anti-crise?

De là à dire que les femmes sauveront le monde la crise… Parce qu’elles managent autrement, parce qu’elles envisagent le risque avec plus de recul, parce qu’elles apportent d’autres manières d’appréhender les organisations et la performance. Soit. Le soucis, là encore, c’est l’explication donnée à ces « qualités féminines ». Elles viendraient de la nécessité pour les femmes de concilier vies privée et professionnelle, d’aptitudes innées et naturelles de douceurs et d’écoute. Surtout pas de compétences acquises. Comme si les différences étaient plus naturelles d’un côté que de l’autre.

Elsa FAYNER

Pour aller plus loin:

(1) La ségrégation des hommes et des femmes dans les métiers : entre héritage scolaire et construction sur le marché du travail
Couppié Thomas, Epiphane Dominique, Formation Emploi n° 93, janvier-mars 2006.

(2) Que sont les filles et les garçons devenus ? Orientation scolaire atypique et entrée dans la vie active
Couppié Thomas, Epiphane Dominique, Bref n° 178, 2001.

(3) Insertion professionnelle et début de carrière : les inégalités entre hommes et femmes résistent-elles au diplôme ?
Couppié Thomas, Epiphane Dominique, Fournier Christine, Bref, n° 135, octobre 1997.

(4) Vivre en couple et être parent : impacts sur les débuts de carrière
Couppié Thomas, Epiphane Dominique, Bref n° 241, 2007, .

(5) Femmes à l’entrée du marché du travail : un retard salarial en partie inexpliqué
Dupray Arnaud, Moullet Stéphanie, Nef, n° 12, mars 2004.

(6) Les déterminants des évolutions de carrière : une comparaison entre hommes et femmes dans le secteur bancaire
Diederichs-Diop Laurence, Dupray Arnaud, Dhouailly Alexandra (collab.), Net-Doc, n° 31, 2007.

(7) A la recherche d’une conciliation des temps professionnels et personnels dans l’hôtellerie-restaurat ion
Guégnard Christine (coord.), Relief, n° 7, 2004.

(8) Hommes et femmes salariés face à la formation continue. Des inégalités d’accès qui reflètent les niveaux de qualification et les conditions familiales
Fournier Christine, Bref, octobre 2001, n° 179.

(9) Concilier vie familiale et formation continue, une affaire de femmes
Fournier Christine, Bref, mars 2009, n° 262.

(10) Les inégalités de genre dans les travaux du Céreq, par Christine Fournier, chargée d’études au département « Formation et certification »

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