Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

« On me rétorque qu’assister à des concerts, ce n’est pas vraiment travailler » 2 commentaires

Illustration Claire Laffargue

Illustration Claire Laffargue

Maxime (1), 30 ans, travaille dans une association culturelle. Les employeurs sont des bénévoles. Les heures sup’ ne sont pas toujours déclarées. Travail ? Plaisir ? Où placer le curseur ?

Lors de mon entretien d’embauche, j’avais trois bénévoles en face de moi. Ils ne savaient pas mener un entretien d’embauche et je n’ai jamais reçu de fiche de poste très claire. Ca peut être le problème quand on travaille dans une association : les employeurs sont les bénévoles. Ce sont eux qui gèrent la trésorerie, recrutent les salariés, font les entretiens d’évaluation annuels, décident des salaires et des augmentations… Or, parfois, ils n’ont pas les compétences pour la comptabilité ou la gestion des ressources humaines. D’autant moins qu’ils ne sont pas sur place. Les contacts se font par téléphone dans mon association, les administrateurs bénévoles ne nous voient pas travailler.

Heures sup’ ou pas sup’ ?

Par exemple, dans mon secteur, je dois régulièrement assister à des concerts dans toute la France, et souvent le week-end. Ca fait beaucoup d’heures supplémentaires. Mais ma direction ne savait pas que la convention collective de l’animation exigeait de les récupérer à 50%. Pendant des mois, je l’ai ignoré aussi. Maintenant que je le sais, et que je demande à récupérer mes heures, on me rétorque qu’assister à des concerts, ce n’est pas vraiment travailler. C’est vrai que ce n’est pas facile à déterminer : quand je pars un week-end pour un festival, est-ce un temps de travail, ou de présence ?

D’un côté, l’ambiance est bon enfant, c’est agréable, mais, d’un autre côté, je ne suis pas chez moi, et je n’aurais pas assisté à ce festival pour le plaisir. Cela dit, je ne vais pas tout déclarer en heures de travail. J’essaie de pondérer, entre ce que je considère être juste, et ce que mes employeurs peuvent accepter. Ca ferait trop de récup’ sinon. Or, il faut bien que les projets avancent. En même temps, il faut bien que je récupère pour tenir le coup.

Comme si de rien n’était

Un jour, on m’a quand même reproché de prendre trop de récup’. On m’a passé un sacré savon, même. Les bénévoles sont des passionnés, souvent des retraités, et ils ne comprennent pas que, moi, je travaille, et qu’il y a des règles à respecter.
J’ai craqué, j’ai répondu qu’il fallait tout remettre à plat : nous avons compté, ensemble, mes heures et il s’est avéré que j’en faisais même plus que ce que j’en déclarais ! C’est une petite satisfaction personnelle. Même si eux ont fait mine de rien, et que personne n’est venu s’excuser.
Depuis, de toute façon, chaque déplacement est un problème et je me demande ce qui va se passer. Ca me fatigue. Résultat : je limite mes déplacements en province maintenant. C’est dommage parce que c’est ce qui apporte de l’intérêt à mon poste.

(1) Le prénom a été modifié, à la demande de l’intéressé.

Propos recueillis par Elsa Fayner

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Publié dans : Témoignages | Un peu partout

le 30/04/2010, par Elsa Fayner

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