Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Nucléaire: la bombe humaine 6 commentaires

Mardi 10 avril à 20h30 sur France 5, le documentaire d’Elsa Fayner sur le travail dans le nucléaire (une coprod Chasseur d’étoiles).

ll y a un an, la catastrophe de Fukushima confrontait les autorités françaises à la question du risque nucléaire. Mais l’audit engagé depuis dans les centrales du pays le plus nucléarisé du monde -relativement au nombre d’habitants- omet un facteur majeur : l’utilisation massive de la sous-traitance. Ce documentaire met en lumière un phénomène aux conséquences inquiétantes. Le débat sera ouvert par Carole Gaessler, qui recevra en direct sur son plateau plusieurs invités.

« Si, demain, il arrive un accident nucléaire, on va vous dire que c’est nous, les prestataires, qui sommes responsables parce qu’on n’a pas fait notre travail correctement, alerte un sous-traitant. La réalité, c’est qu’on ne nous donne ni le temps ni les moyens de le faire. »

80 % des ouvriers de la maintenance des centrales nucléaires françaises viennent désormais de la sous-traitance. Parmi ces vingt mille petites mains de l’atome, ils sont de plus en plus nombreux à dénoncer la pression croissante sur les équipes et l’exigence de rentabilité au détriment de la qualité et de la sécurité. La leur, mais aussi celle de la population.

Deux enquêtes officielles – celle menée par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) dans le cadre des stress tests, et celle de la commission parlementaire — ont pour mission d’établir un état des lieux des installations. Quelle place est réservée à l’organisation du travail ?

La journaliste Elsa Fayner a enquêté auprès de ces ouvriers du nucléaire et rencontré ceux qui militent contre les dangers de cette sous-traitance à outrance : syndicalistes, avocats, chercheurs, etc. Son documentaire montre les relations souvent délicates entre politique, sûreté nationale et nécessité industrielle. (Extrait du dossier de presse)

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Publié dans : Culture

le 1/04/2012, par Elsa Fayner

6 commentaires

  • dandin dit :

    C’est effectivement un point trop peu abordé dans l’analyse des évolutions des entreprises: celui de l’externalisation des métiers qui ne sont pas dans le « cœur du métier ». Cela dépasse largement le cadre du nucléaire mais on en parle maintenant dans ce domaine en finissant par s’apercevoir qu’évidemment ça n’est pas tout à fait anodin dans la qualité du travail fourni. Cela s’accompagne toujours, car c’est l’objectif principal recherché, d’une forte pression sur les coûts gérée par la direction des achats en premier lieu. Ce qui signifie que les techniciens de l’entreprise se limitent à jouer les contrôleurs et perdent peu à peu eux-mêmes leur savoir-faire initial qui était par essence bien connecté aux savoir-faire connexes nécessaires, le risque étant grand que ce ne soit plus le cas. Et comme l’enfer est dans les détails, dans des domaines à risque (nucléaire, aéronautique, etc.) cette organisation hétéroclite même sous maitrise d’œuvre est sujette à des failles, par construction, au-delà de l’erreur humaine toujours possible. Souhaitons que votre reportage pousse à une vraie remise en cause de cette stratégie ou du moins de son aspect systématique.

  • Legourd Anne-Joëlle dit :

    Je vous invite à lire le rapport de la Cour des Comptes sur le nucléaire et le démantèlement des centrales (qui date de plusieurs années). C’est édifiant.

    Alors que le démantèlement doit être prévu, on constate que les coûts sont largement en dessous de ce que cela va coûter, que cela a été sous évalué. Qui va payer?

    Cerise sur le gâteau : sont recommandés des délais – qui tiennent compte de la dangerosité-, sauf que les durées ont du être réduites. Les dizaines d’années nécessaires ne permettaient pas une intervention par des gens qui connaissaient les lieux puisque plus de 40 ans plus tard.

  • alain pons dit :

    Réaction au documentaire « la bombe humaine » et interpellation d’Elsa Fayner :
    j’ai passé toute ma carrière comme exploitant en centrale nucléaire, notamment en tant que responsable de maintenance et j’ai suivi avec intérêt votre émission.

    Si vous soulevez de vrais problèmes avec honnêteté, vous avez été manipulée par des « experts » du sujet, les mêmes que ceux que JM Cavada a consultés pour la « marche du siècle » à laquelle vous faites référence.

    Pour commencer, il est faux de dire que sûreté et rentabilité sont incompatibles : dans l’industrie nucléaire, on vise en permanence l’excellence technique et humaine pour que les centrales soient fiables, donc à la fois performantes et sûres. Mais – et là je rejoins « dandin » – il faut pour cela confier la direction de l’entreprise EDF à des ingénieurs managers soucieux de cette excellence et de l’intérêt général (le service public) et ne pas les soumettre à la tutelle de financiers. Et il n’aurait pas fallu que l’Etat, propriétaire d’EDF, amorce sa privatisation en ouvrant le capital et surtout cède à l’exigence de Bruxelles de soumettre le marché de l’électricité à la concurrence, coûte que coûte (cf. loi NOME).

    Dans le documentaire, vous avez commis plusieurs erreurs : la maintenance du nucléaire fait appel à 20 000 agents EDF et autant de prestataires (donc 50%, pas 80%). En revanche, 80% de l’entretien est réalisé lorsque la centrale est en arrêt, un mois par an : cette concentration des activités oblige EDF à faire appel à des renforts de sous-traitance, sinon ses propres agents seraient largement inoccupés pendant les 11 mois restants.

    Les entreprises sous-traitantes sont d’abord celles qui ont construit les équipements et disposent d’intervenants hautement qualifiés. Mais elles comprennent aussi des entreprises de servitude et de mécanique générale, dont la technicité est nettement moindre. Ce sont ces employés qui sont souvent mis sous les feux des projecteurs depuis la « marche du siècle », car ils font un travail difficile et sous la contrainte du planning.

    Beaucoup de mesures ont été prises depuis les années 90 pour améliorer leurs conditions de travail mais aussi de vie, car se déplaçant de centrale en centrale ils vivent comme des nomades et même des saisonniers (les arrêts ont lieu principalement l’été). J’admets qu’on pourrait encore améliorer la situation, par ex. en limitant leurs déplacements, et même au niveau de leurs rémunérations.

    Mais je pense que vous avez été influencée par l’idéologie véhiculée par certaines personnes proches de la CGT et de la centrale de Chinon ; vous les citez d’ailleurs dans « la bombe humaine », je les connais pour les avoir cotoyées. Leur objectif clair est de faire embaucher par EDF l’ensemble de ses sous-traitants, afin qu’ils adhèrent au syndicat comme 70% du personnel en place, et deviennent un levier encore plus puissant pour accroître des avantages sociaux déjà bien au dessus de la moyenne.

    Ce ne serait d’ailleurs pas un crime si ceci ne devrait pas se faire au détriment du reste des citoyens, moins avantagés sur le plan social, et qui devraient payer plus cher leur électricité.

    C’est donc un sujet politique, domaine où tous les coups sont permis. Et ceux, proches du PC et de la CGT, qui cherchent à influencer les medias en utilisant l’argument d’une sûreté nucléaire menacée pour obtenir que l’on regroupe dans une grande administration tous les travailleurs du nucléaire (EDF et sous-traitants), jouent avec le feu : d’abord parce que dans le contexte actuel, attiser la peur pourrait conduire à une sortie du nucléaire qui est leur gagne-pain. Ou à un alignement des salaires de ce nouveau corps de « fonctionnaires de l’énergie » sur ceux, par ex., des enseignants de l’éducation nationale.

  • Lilian Robin dit :

    Merci pour ce documentaire.

    Précieux !

    Je ne m’attarde pas sur la forme qui a l’immense mérite de laisser toute sa place au propos. C’est solide, rythmé et bien construit, bravo à la réalisatrice.

    Sur le fond, le point de vue adopté, qui consiste à établir un lien fort entre santé/sécurité et sûreté est à mon avis absolument pertinent et apparaît de plus comme un argument susceptible de faire réagir un public large. Si des citoyens peuvent se sentir peu ou pas concernés (et on ne peut que le regretter) par la dégradation des conditions de travail des sous-traitants de l’industrie de l’atome, je doute qu’il en soit de même pour les habitants d’une région fortement nucléarisée (la France), quant à la question du risque d’irradiation de leurs parcs et jardins pour quelques dizaines, centaines ou milliers d’années… On peut alors espérer que les sept niveaux de sous-traitance évoqués par le député Bataille, le pourcentage de sous-traitants lors des arrêts de tranche, les témoignages des salariés qui affirment ne pas pouvoir respecter les procédures et cocher des actions non réalisées, les alertes (timides) de l’ASN, les anecdotes de bagarres et autres vols de rallonge (qui, s’ils n’y avaient les conséquences tragiques, prêteraient à rire, notamment si l’on s’amusait à rapporter le coût d’une prise supplémentaire à celui de la construction, de l’exploitation ou du démantèlement d’une centrale…) auront suffi à les convaincre qu’il y urgence à intervenir.

    Quant au directeur de la centrale de Cruas qui nous explique que les conditions de travail des salariés des entreprises extérieures ont été améliorées par la création de… vestiaires, je l’ai trouvé tout à fait convaincant. J’aurais toutefois également aimé l’entendre, entre autres choses, sur la relation dose-effet et le suivi médical des sous-traitants…

    Pour ceux qui s’intéressent de plus près aux terribles conséquences des expositions professionnelles, il y aura eu beaucoup d’émotion à voir le combat de Mme Thébaud-Mony (auteure notamment de l’indispensable « Travailler peut nuire gravement à votre santé ») relayé sur une chaîne publique à une heure de grande audience. Et à découvrir les visages de messieurs Billard, Luengo, Véronneau, Lallier (et de quelques autres) dont le courage est tout simplement admirable. Qu’ils soient remerciés, tous, mille fois, de refuser de se taire. Vos résistances sont des phares !

    J’espère que le film a été massivement vu et qu’il continuera de l’être.

    Bien amicalement

    Lilian

  • faber dit :

    je travaille comme interimaire dans le nucleaire et je donne mon avis sur
    l’émission : « la bombe humaine ».
    Pourquoi la journaliste auteure du documentaire n’est pas restée jusqu’au
    bout de l’émission ?
    Une député vert qui ne sait meme pas que le survol (en avion) des centrales
    est interdit : je demande se démission !
    On ne s’éclaire pas avec une lampe dans la bouche pour la bonne raison que
    les lampes frontales existent !
    La mise en cause des responsabilités ? : chaque travail fait l’objet d’une
    tracabilité qui est matérialisée par des documents signés par les responsables
    les agents edf controle toutes les opérations effectués par les intervenants

  • faber dit :

    Je travaille comme intérimaire dans le nucléaire.
    sur nos conditions de travail :
    Nous ne travaillons pas avec des lampes dans la bouche car nous
    utilisons des lampes frontales.
    Lorsque nous faisons des déplacements, il y a d’autres possibilités
    d’hébergements que la caravane.(gites ruraux pas exemple)
    Sur la mise en cause des responsabilités :
    Chaque travail fait l’objet d’une traçabilité qui est matérialisée sur un
    document signé par un responsable.
    Des agents edf controlent toutes les opérations effectuées par les
    intervenants.
    Une entreprise indépendante recontrole edf

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