Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

« Nous nous identifions à ceux qui gèrent les problèmes des autres de la même manière que nous » 5 commentaires

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Photo Cédric Faimali / www.collectifargos.com

En ces temps troubles, en cette période de crise dans le travail, il n’est pas inutile de replonger dans les écrits des sociologues de l’Ecole de Chicago. L’un de ses principaux représentants, Everett Hughes a écrit en 1996 une réflexion passionnante sur le rapport au travail: Le drame social du travail. Le texte est en accès payant sur internet, autant en profiter.

Le travail pour se définir

Tout d’abord, pour le sociologue, « la conception du travail – la conception que l’on a de son propre travail et de sa carrière – joue un rôle très important dans la conception que l’on a de soi-même ».

Et un travailleur se définit moins par les gestes ou par les consignes propres à son travail, que par les marges de manoeuvres, les bricolages qu’il effectue tous les jours, les appréciations au cas par cas, la prise en compte des gens qui l’entourent, bref par le « drame social » (au sens de jeu, d’histoire) qui se joue continuellement dans son travail.

Le travail pour définir son appartenance à la société

Un drame social que vivent également tous les travailleurs qui exercent le même métier finalement. C’est le médecin qui admire une « belle maladie » sans pouvoir le dire au patient, c’est l’employé des pompes funèbres qui élabore ses techniques pour faire entrer le cadavre dans le cercueil, c’est l’ingénieur qui craint de faire une erreur de calcul, etc. Pour le sociologue, ce sont ces craintes, ces secrets qui d’ailleurs tisse un lien entre les membres d’une même profession.

« La conception du travail joue également un rôle très important dans le processus d’identification sociale, dans ce qui nous permet de nous identifier aux gens qui sont dans la même situation que nous sur le plan du travail », écrit ainsi Everett Hugues. »Nous nous identifions à ceux qui gèrent les problèmes des autres de la même manière que nous, à ceux qui ont la même attitude objective, les mêmes secrets, à ceux qui risquent de faire les mêmes erreurs, et à ceux qui ont la même attiude esthétique vis-à-vis de leur travail. Nous nous identifions à ceux qui jouent un rôle sembable au nôtre dans le drame social du travail ».

Quand ces deux piliers tombent

Si les organisations du travail actuelles permettent de moins en moins au travailleur de jouer ce drame social, de s’approprier les consignes, c’est donc, selon la thèse d’Everett Hughes, une partie importante du processus d’identification sociale qui disparaît, et, ça, c’est inquiétant.

Comment le travailleur qui ne peut participer à cette élaboration quotidienne du contenu de son travail peut-il se définir lui-même, et participer à la société qui l’entoure ?

Lire Le drame social du travail.

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Publié dans : Travail, souffrance ou d'émancipation?

le 2/02/2010, par Elsa Fayner

5 commentaires

  • Cloé dit :

    Merci pour cet article passionant! “Nous nous identifions à ceux qui gèrent les problèmes des autres de la même manière que nous” – j’aime la complicité forgé par le travail et aussi les poches d’indépendance que chacun se crée audelà des consignes.. comme l’herbe qui perce le béton, c’est notre humanité qui persiste, nos personnalités qui ne peuvent s’empêcher de s’exprimer. Malheureusement en temps de crise la complicité et l’expression de son individualité et indépendance sont un peu plus en danger.. je constate plus de replis et moins de prises de risque.

  • Abellard Monique dit :

    Blog très intéressant.
    Je n’arrive pas à accéder au texte d’Everett Hughes par les deux liens hypertexte…

  • Elsa Fayner dit :

    Bonjour,
    vous avez raison, l’article était en libre accès à l’adresse suivante (www.persee.fr/web/revues/…/arss_0335-5322_1996_num_115_1_3207), ce n’est plus le cas apparemment. Mais le site dans son ensemble a l’air de planter, il faudra peut-être réessayer plus tard.
    Ne reste que l’accès payant pour l’instant, que j’ai indiqué en lien hypertexte du coup.
    Merci de m’avoir prévenue.

  • Pascal Mournard dit :

    Bonjour, votre article est très intéressant et m’inspire.
    Dans cette idée que la conception du travail est une identification propre à l’intime, à ce que l’on fait et pense de soi, et dans celle que les individus n’ont pas toujours les outils pour choisir le métier qui leur conviendraient (car des circonstances familiales ne le leur permet pas par exemple), ou que les choix économiques en poussent d’autres vers une sortie prématurée, il me vient deux idées :
    Ne faudrait-il pas s’employer à permettre à tout futur travailleur de construire une alternative professionnelle dans laquelle il pourrait se diriger plus tard, afin de laisser se révéler un goût permettant l’envie d’être dans l’activité et/ou de rebondir facilement en cas de licenciement ?
    L’urgence du marché du travail généré par les besoins monétaires importants pour vivre peut également empêcher de prendre le temps de se trouver une idéale « identité professionnelle ».
    Aussi, n’y aurait-il pas, dans la diminution du temps de travail, une permissivité à ne pas souffrir d’un enfermement professionnel ?
    La crise à donné naissance à la semaine de 4 jours de travail en Allemagne et en grande Bretagne à 32 heures par semaine. Au delà du redéploiement du travail dans les entreprises permettant un taux de chômage plus bas qu’en France, il serait intéressant de savoir ce que ces alternatives permettent comme aménagements de vies… Voilà une enquête qui serait passionnante et utile…
    Bien cordialement.

  • Raffi Duymedjian dit :

    Bonjour

    Article passionnant qu’on peut de nouveau trouver à l’adresse suivante :
    http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/arss_0335-5322_1996_num_115_1_3207

    J’ai surtout sursauté sur le mot bricolage, dans la mesure où j’axe depuis déjà quelques années mes recherches sur la figure du bricoleur en entreprise.

    Merci pour votre blog

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