Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

« Aux cadres supérieurs se sont ajoutés des cadres coordonnateurs, des cadres de pôle, etc » 2 commentaires

Illustration : Claire Laffargue

Illustration : Claire Laffargue

Claire (1), 54 ans, est infirmière dans le même hôpital depuis 34 ans, dans le Sud. Récemment, une restructuration a révélé de nombreux dysfonctionnements. Claire n’en peut plus, et raconte (Episode 1/3).

J’avais déjà vécu une restructuration au sein de l’hôpital en 1980. Nous avions été associés pour décider de la nouvelle organisation : elle devait tenir compte de nos mouvements et de nos déplacements. Mais, pour la dernière restructuration, cette année, tout s’est fait dans le plus grand des secrets. L’hôpital a été agrandi et les services regroupés par grandes unités, mais nous avons découvert les locaux la veille de l’ouverture.
Le premier jour, ça a été un  »bordel » sans nom. Les agents étaient perdus dans cette immensité, les cadres avaient oublié de transférer une bonne partie du matériel et, encore aujourd’hui, de nombreux problèmes d’organisation perturbent la prise en charge des patients. Les couloirs sont immenses, les soignants ne se croisent plus, ne peuvent plus s’aider, ils sont trop éloignés les uns des autres. Pour les patients, aller aux toilettes ou prendre un café devient une expédition.

Les cadres font des petits

Il faut dire que la Direction a mis en place une hiérarchie de plus en plus importante. Aux cadres existants se sont ajoutés des cadres supérieurs, des cadres coordonnateurs, des cadres de pôle, etc. Paradoxalement, les cadres chargés de coordonner l’organisation du travail sont de plus en plus absents du terrain : ils sont immobilisés par des réunions sans fin, quand ils ne rédigent pas protocoles et rapports.

Qu’encadrent les cadres?

Toute décision nous est désormais imposée, sans aucune discussion possible. Les cadres ne servent plus de lien entre la direction et nous, ils n’organisent plus le travail en équipe, ne coordonnent plus les projets proposés par les soignants. Ils nous communiquent les ordres et choix de la Direction, c’est tout.
Les décisions sont donc prises dans les bureaux, par des gens qui ne connaissent plus grand-chose à la réalité quotidienne du terrain. Cela donne lieu à certaines aberrations. Ainsi, l’administration veut informatiser toutes les prescriptions médicales de la même manière. Or, il y a de nombreuses différences entre un service d’hospitalisation et un service d’urgence et de réanimation par exemple. Comme aucune solution n’a été trouvée, les services spécialisés n’ont pas été informatisés. Et La direction patauge depuis des années dans ce problème.

Des équipes sans cadre

Mais nos propositions et nos réflexions ne sont plus entendues. Les équipes se retrouvent livrées à elles-mêmes, et tentent de s’organiser au jour le jour.
Avant, la plupart des soignants étaient investis dans des groupes de travail -dans leur service et au niveau de l’institution- pour discuter de leurs outils de travail, ou de l’organisation des services. Peu à peu, ces groupes ont disparu.
Aujourd’hui, toutes les réunions auxquelles nous pouvons participer se terminent de la même manière : par un  »on verra ».

Propos recueillis par Elsa Fayner.

Vous souhaitez témoigner? Écrivez-moi.

(1) Le prénom a été modifié, à la demande de l’intéressée.

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Publié dans : À l'hôpital | Témoignages

le 27/01/2009, par Elsa Fayner

2 commentaires

  • Aline dit :

    Je ne travaille pas du tout dans un hôpital. Pourtant je reconnais parfaitement au sein de mon entreprise les dysfonctionnements cités ici : « Les décisions sont donc prises dans les bureaux, par des gens qui ne connaissent plus grand-chose à la réalité quotidienne du terrain » et ici « paradoxalement, les cadres chargés de coordonner l’organisation du travail sont de plus en plus absents du terrain : ils sont immobilisés par des réunions sans fin ».
    Hier nous nous amusions avec des collègues en constatant que parmi les personnes en CDI (beaucoup sont en CDD) presque tous ont un titre de « chef ». L’opérationnel est donc laissé aux plus jeunes, aux moins expérimentés, aux plus précaires… Le problème, c’est que tout le monde a désormais l’impression que s’il ne devient pas « chef » ou « sous-chef » très vite, ce sera signe d’une incompétence grave… Ce n’est pas mon point de vue, je préfère être dans l’opérationnel, sur le terrain. Alors j’accepte qu’on me prenne parfois de haut…
    Bravo pour ce blog très riche qui aborde finement des questions essentielles.

  • Anonyme dit :

    Mme Elsa Fayner comme tout ça me parle !! si vous saviez !! moi j’aimerais écrire un texte théâtrale sur le monde du travail et sur la société vers laquelle on court à grand pas !! en ce qui me concerne j’ai perdu bien des illusions et aussi (malheureusement) j’ai perdu l’envie même de travailler dans le social ! je suis arrêtée pour la 1ere fois 15 j de suite pour moral à zéro et ne sait ce que je vais faire ensuite. Alors oui ! tout ça me parle ! les postes gelés, les postes vacants non remplacés, la charge de travail augmentée, les postes de Directeur, coordinateur, sous chef qui se multiplient, ceux qui vont manager l’ensemble, coordonner sans rien connaître du terrain et le public que l’on doit recevoir sans broncher. Si on fait une action de révolte, un blocus sur les dossiers on est interpellé sur notre sens du travail, le non respect des usagers et la misère humaine augmentée par notre action. De plus, les dossiers sont nominatifs alors si on flanche et que les enfants ou la famille s’enfoncent… c’est de notre responsabilité ! alors l’isolement.. même si le p’tit chef dit qu’il soutient… on sait que si il y a une grosse tuile..on sera interpellé personnellement.

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