Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Nicolas, ébéniste : « Le bois, c’est vicieux » O commentaire

Pour concevoir un meuble ou des boiseries, il faut d’abord savoir observer. Avant de savoir toucher, pour Nicolas Bachmann, ébéniste depuis 31 ans :

« L’œil va te donner envie de toucher. Le premier regard va te donner cette envie de palper, de sentir cette douceur, de voir s’il y a des irrégularités. Lorsqu’on a l’œil aguerri, on voit les défauts. L’œil est critique. »

L’oreille, la paume et la pulpe des doigts

L’oreille aussi renseigne :

« Au sifflement du rabot, je sais si c’est un bois tendre ou un bois dur. »

Tandis que la main, la peau supervisent les différentes étapes :

« Après la phase de ponçage, je vais passer la main sur le meuble pour voir si c’est lisse. Le bout des doigts est la partie la plus sensible. La pointe des doigts permet de décrire une finition. »

« Je rêve souvent que je me suis planté »

Impossible, pour autant, de savoir avec certitude si la fabrication va bien se terminer :

« Le bois, c’est vicieux. Il arrive des jours où je n’arrive pas à le travailler même si le matériau est le même. »

D’ailleurs, s’il n’y a pas de résistance, « ce n’est pas intéressant », poursuit Nicolas. Il n’est pourtant pas toujours aussi serein. L’ébéniste crée des meubles et des pièces uniques pour une clientèle étrangère aisée. Le bois peut être onéreux :

« Dès qu’il y a une matière qui coûte cher, il y a une prise de risque. Je rêve souvent que je me suis planté : une fois que le bois est coupé, il est coupé. »

Questions/réponses

  • Quel est votre contrat ?

Un CDI à temps plus que plein à l’atelier Melville, dans le VIIe arrondissement de Paris. J’ai 47 ans, je suis passé par 30 à 40 ateliers et chantiers.

  • Quel est votre salaire ?

Environ 45 000 euros annuels avec les heures supplémentaires et en travaillant à l’étranger.

Sinon, c’est de l’ordre de 2 000 à 2 500 net par mois quand je suis en France.

  • Quels sont vos horaires ?

Je travaille en moyenne 45 heures par semaine. Et la nuit, à titre exceptionnel, car cela a un coût pour l’employeur. Je travaille le week-end aussi, très souvent. Quant aux jours fériés, je n’en ai pas connus beaucoup cette année.

Je suis obligé de m’adapter. Pour le montage des stands de la Biennale des antiquaires, j’ai travaillé de 7 heures à 20 heures sur une courte durée, quatre-cinq jours. Et parfois, je vais installer les éléments fabriqués sur place : à Moscou, à New York, au fin fond du Massachusetts ou au Mali. Je fais des chantiers partout dans le monde.

Je fais donc des heures sup’, elles sont déclarées. De plus, la boîte fonctionne sur un système de repos compensateur. Les heures sup’ sont mises en plan épargne retraite par exemple.

  • Rapportez-vous du travail chez vous ?

Non, mais il peut m’arriver de ramener un plan pour le comprendre. Je passe suffisamment de temps au travail, et je ne suis pas dans un contexte où je peux rapporter un ordinateur à la maison et travailler. Il faut que j’aie les machines à portée de main, et puis c’est un métier bruyant, je ne vais pas emmener mes machines chez moi !

  • Quel rôle estimez-vous jouer dans l’entreprise ?

Caméléon parce qu’un jour, on peut me demander d’être aussi bien à l’atelier qu’en pose, chez le client, à finir de monter un meuble.

Il y a des choses qui ne peuvent être ajustées ou posées que sur place. Il peut s’agir d’un agencement ou d’une bibliothèque : les coupes de corniche, par exemple, ne se font que sur place.

  • Votre travail vous demande-t-il un effort physique ?

Lire la suite de l’article sur Rue89

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Publié dans : Conditions de travail | Témoignages

le 12/12/2012, par Elsa Fayner

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