Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

« Ne blâmez pas le banquier solidaire, je suis derrière » O commentaire

mainkiecritChronique de G. Delatour. Sous ce pseudonyme, un directeur de banque lance sa chronique mensuelle sur Et voilà le travail. Il aime son métier, et le fait savoir.

La scène se déroule cet été lors d’un repas de famille dans un paysage champêtre, arrosé de rosé. Une famille française, bien ordinaire. Trois générations réunies. Celle des plus âgés partis en retraite anticipée à 57 ans il y a bientôt quinze ans. Celle des enfants qui poursuivront leurs études jusqu’à 24 ans. Et puis celle des « actifs », largement minoritaires en nombre si on soustrait les sans emploi présents à la table.
Parmi eux, un banquier. Moi. Le melon à peine entamé, dans la chaleur calme du mois de juillet, je me retrouve assailli, soumis à la vindicte familiale, soupçonné de tous les maux, de la crise, du désarroi des entrepreneurs, de l’angoisse des salariés, etc. Banquier ! Et dans la classe dirigeante de surcroît !! Tous des salauds !

Un métier de confiance

Pourtant, malgré les intentions que l’on me prête et qui ne sont pas les miennes, je l’aime ce métier. Un métier qui présente l’intérêt fondamental de… nourrir mes enfants. Un métier de dualité, mais pas de duplicité. Tout en nuances : il consiste à inspirer une confiance sans limites aux déposants et accorder une confiance discernée aux emprunteurs. Un métier associant des qualités d’initiative et d’engagement pour faire éclore les projets des uns, mais aussi de tempérance et d’équilibre pour garantir les avoirs des autres. Un métier de confiance dont le nom, banquier, vient de ce banc (banca en italien) où s’asseyait le changeur en Italie du Nord, intermédiaire de confiance entre les détenteurs de monnaies différentes. J’aime ce métier qui se défie du simplisme et de l’esprit binaire. J’aime ce métier qui, lorsqu’il est bien pratiqué, associe des compétences a priori antinomiques : s’engager sur des projets et maîtriser les risques, prêter l’argent des déposants et leur garantir la sécurité de leur épargne, allier excellence opérationnelle et confiance relationnelle, gérer rigoureusement des deniers qui ne nous appartiennent pas et les faire fructifier au mieux. En résumé, être banquier, c’est de plus en plus savoir gérer la complexité, rendre simple un monde complexe, tout en se défiant des excès de simplisme. Un métier qui m’a appris que la création de valeur ne pouvait s’appuyer que sur un socle de valeurs partagées entre les clients, les salariés et les actionnaires. Mais, ça, je n’ai ni pu, ni su le dire, et je me suis tu.

Le banquier cache l’homme

Et puis, ce que j’aime plus que tout dans ce métier, c’est qu’au-delà de la maîtrise d’un geste technique ; il induit, comme toutes les autres fonctions, la pratique d’un deuxième métier. Nous le pratiquons tous, quelle que soit notre profession. Je veux parler du métier d’homme. J’emprunte cette belle image à Alexandre Jollien, un jeune philosophe suisse qui en a fait le titre d’un merveilleux livre.
En dépit des lieux communs, des idées toutes faites d’une vindicte populaire qui rappelle les procès en sorcellerie d’un autre âge, ce métier d’homme, nombre de banquiers le pratiquent au quotidien, en toute discrétion. Il est l’essence fondamentale de leur fonction, une seconde nature et pourrait s’inspirer d’une devise de Jacques Cœur : « Dire ce que l’on va faire, faire ce que l’on a dit et taire ce que l’on a fait ». Ou encore : « tout homme est solidaire ; il est aussi comptable de ce qu’il est en mesure de transmettre » (Maurice Genevoix).
D’ailleurs, les errances de certains de quelques collègues tiennent d’ailleurs moins à la maîtrise de leur métier de banquier, qu’à leur pratique incertaine du métier d’homme. Mais, ça, je n’ai ni pu, ni su le dire, et je me suis tu.

Et puis, l’outrance est passée entre la poire et le fromage. Les fonctionnaires en ont pris à leur tour pour leur grade. Et moi, je me suis dit que, comme les banquiers ne sont pas tous des salauds, les fonctionnaires ne sont pas tous des fainéants. Mais, ça, je n’ai ni pu, ni su le dire, et je me suis tu.

G. Delatour – Dirigeant de banque.

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Publié dans : Au bureau | Témoignages

le 24/08/2009, par Elsa Fayner

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