Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

« Modifier la vérité, ce n’est pas dans les « gènes » de l’association, et c’est contre ses valeurs » O commentaire

Claire Laffargue / laffargue.illu.free.fr

Marielle Dumortier est médecin du travail. Elle a également écrit Mon médecin du travail. Pour Et voilà le travail, elle tient une chronique régulière. Nouveau témoignage.

J’ai vu Laetitia la semaine dernière en visite de pré reprise, elle est en arrêt de travail depuis 2 mois et demi.

Laetitia est attachée de direction dans une association depuis septembre 2011.

« Au pied! », l’appelle son directeur

Laetitia m’explique que depuis son embauche, elle ne fait pas le travail de secrétariat promis, elle dit faire du ménage, du rangement, n’avoir que très peu de dossiers à traiter. Elle souffre de ne pas avoir de travail intéressant, elle dit à plusieurs reprises qu’elle s’ennuie à mourir.

Elle raconte que Mathieu, son directeur se comporte mal, que souvent elle s’est sentie humiliée par ses propos ou son attitude, comme, lorsque, par exemple pour lui demander de venir il lui a dit « au pied! ».

Elle s’est souvent sentie dévalorisée, elle a un sentiment d’injustice, elle dit le peu que je fais, ça ne va pas, elle s’est mise à douter de ses capacités à faire du bon travail.

Laetitia dit qu’elle a longtemps « trouvé des excuses » à ce chef car elle connaissait son épouse.

Le directeur estime avoir été mis en difficulté

La « coupe » a débordé en mars. Laetitia doit faire le compte rendu d’une réunion avec les administrateurs, comme d’habitude Laetitia envoie le compte-rendu.

Mais voilà, quand il lit le compte-rendu Mathieu est furieux : Laetitia a retranscrit aussi fidèlement que possible les questions- réponses, le directeur estime avoir été mis en difficulté. Il le lui reproche violemment, lui expliquant qu’elle n’aurait pas du faire ce courrier et qu’elle aurait du modifier les propos pour que tout paraisse « bien il explique qu’elle doit toujours valoriser son directeur.

Laetitia se défend, il n’a jamais été question de modifier la vérité, ce n’est pas dans les « gènes » de l’association et puis c’est contre ses valeurs. Mathieu hurle, traite Laetitia de « pauvre conne » qui ne comprend rien. Il la menace, « tu vas me le payer ».

Laetitia déstabilisée s’arrête 15 jours pour syndrome dépressif.

A son retour, Laetitia s’excuse auprès de son chef. Ravi, Mathieu lui dit que de toute façon cela n’a pas d’importance car personne ne lit les comptes-rendus… et lui confie alors un dossier dans lequel Laetitia doit mettre de l’ordre. Il lui fait refaire cinq fois le classement !

Elles quittent le bureau en pleurs

En juin, Laetitia et Nathalie, une de ses collègues, arrivent en retard après la pause déjeuner. Elles ont prévenu Mathieu qu’elles étaient dans un embouteillage. A leur arrivée au bureau, elles sont toutes deux convoquées par Mathieu, qui se met à hurler et à les insulter. Laetitia raconte qu’elles ont été terrorisées et tétanisées par tant de violence gratuite. Elles quittent le bureau en pleurs.

Le lendemain, toutes deux décident d’alerter leur direction qui les reçoit quelques jours plus tard et promet de faire des propositions. Laetitia et Nathalie n’auront aucune nouvelle de leur direction, par contre Nathalie et Laetitia voient les dossiers sur lesquels elles travaillaient repris par Mathieu. Laetitia dit qu’elles n’avaient plus rien à faire, qu’IL faisait tout et ne leur disait pas un mot.

En juillet, Mathieu part en vacances, Laetitia dit qu’elle retrouvait le plaisir de venir travailler, mais plus la date du retour de Mathieu approchait, plus Laetitia dormait mal, était angoissée et souffrait de colites. La veille du retour de Mathieu, Laetitia craint tellement de retrouver son directeur, qu’elle tombe malade et s’arrête quelques jours.

C’est le directeur qui se plaint à l’Inspection du travail

Début septembre un courrier adressé par Mathieu à sa direction, avec copie à l’inspecteur du travail revient par erreur à l’entreprise, il y a une faute dans l’adresse, ce document est lu par Nathalie et Laetitia. Dans cette lettre le directeur explique que ces deux femmes sont des menteuses et qu’il est victime d’une machination. Il joint des copies de document « privé » (copie de décision de divorce, bulletins de situation financière, avances sur salaires…). Il les accuse même de harceler la femme de ménage.

Sur les conseils d’un parent elles déposent plainte au commissariat pour harcèlement moral.

Nathalie et Laetitia sont en arrêt de travail depuis.

Laetitia sanglote en me racontant son histoire, elle est traitée pour une dépression et m’explique vouloir reprendre le travail car elle a des difficultés financières importantes.

Je lui dis que pour le moment elle ne peut pas travailler et qu’elle doit se soigner, puis il va falloir envisager une inaptitude à son poste

En attendant, je la dirige vers une consultation de souffrance au travail et convient avec elle que je la reverrai en début d’année.

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Publié dans : Médecin du travail | Témoignages

le 2/12/2012, par Elsa Fayner

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