Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Marion Rolland, skieuse : « J’aurai des prothèses plus tôt que d’autres » O commentaire

Marion Rolland a beaucoup abandonné à son travail. Jusqu’à sa dignité, le 17 février 2010, sur une chute bête après trois secondes de descente olympique.

Elle y gagne une opération au genou et une notoriété dont elle ne voulait pas. Dans le Grand Journal, Yann Barthes diffuse et rediffuse sa chute. Internet se marre, des dizaines de groupes Facebook se moquent d’elle. C’était il y a presque trois ans et les larmes lui montent encore au yeux quand elle en parle.

« Ca a été hyper dur. A l’hôpital, je passais mes journées à faire mon autiste ou à pleurer au téléphone avec les gens qui m’appelaient. Un brancardier est entré dans ma chambre et m’a dit : “J’ai bien rigolé devant ma télé quand je vous ai vue tomber. Vous êtes une sacrée star, vous avez fait rire toute la France !”

C’est pas tant de m’être blessée qui a été dur, c’est plus la honte qui allait avec. On te met la tête sous l’eau. Les gens ne voient pas le boulot qu’il y a avant. »

Le boulot, justement : le mot effraie certains sportifs, qui ne parlent que d’une passion qui les fait vivre. Marion Rolland est pragmatique : skier, c’est son travail. Et quand elle est en haut d’un glacier, elle se dit qu’elle a « le plus beau bureau du monde ».

Son travail est omniprésent, obsédant. L’Iséroise de 30 ans, qui commence sa saison ce vendredi au Canada, avoue qu’il n’y a « pas vraiment de moments » où elle oublie le ski.

« On a de grosses échéances et on les a toujours en tête. Il n’y a pas un jour où je ne vais pas penser aux JO, aux Championnats du monde, au moins une fois dans la journée. Ca ne me pèse pas parce que j’aime ça. C’est un boulot mais c’est pas la mine ! »

Questions/réponses

  • Quel est votre contrat ?

Le ski n’est pas un sport professionnel. Depuis 2009, j’ai la chance d’être en contrat avec la douane, renouvelable tous les ans. Mais quand tu rentres aux douanes ou à l’armée en tant que skieur de haut niveau, il faut vraiment faire une grosse connerie pour qu’ils te dégagent.

Nos contrats de sponsoring varient en fonction du classement mondial. Certains sont renouvelés tous les ans, d’autres tous les deux ou trois ans. Le sponsor bandeau (Les Deux Alpes) et skis (Rossignol) sont les plus importants.

Ma troisième source de revenus, ce sont les primes de la Fédération internationale. La Fédération française ne donne rien du tout, au contraire : on la paye pour s’entraîner.

Plus jeune, la précarité des contrats m’a inquiétée. J’ai seulement un baccalauréat donc si le lendemain ça s’arrêtait, je ne savais pas quoi faire sans diplôme. Maintenant je me dis que j’arriverais à rebondir, et j’espère que si je demande de l’aide il y en aura.

  • Quel est votre salaire ?

Je sais pas si je peux le dire ? Il varie d’une année sur l’autre. Les douanes me payent 1700 euros net. Sur l’année, je gagne entre 5 000 et 8 000 euros par mois. Mais sur cette somme, je paye 40% de charges en tant que travailleuse indépendante.

  • Quels sont vos horaires ?

C’est tout à fait variable. Une journée de compétition, on se lève à 6h30-7 heures, on s’échauffe, on reconnaît le parcours, on attend son tour et on finit vers 13h30-14 heures. L’après-midi c’est sieste, récupération, séance de sport, vidéo pour analyser la course, kiné, étirements, réunion du soir… Donc on termine vers 19h30.

L’été, c’est deux heures et demie ou trois heures de préparation physique le matin, avec musculation plus un autre exercice. Et l’après-midi, une séance de deux heures, deux heures et demie.

  • A quel moment vous débarrassez-vous de votre tenue de travail ?

Les jours de course, je mets la combinaison juste avant de monter au départ et j’enlève le haut après l’arrivée. On essaye de ne pas trop les porter pour ne pas les étirer, pour qu’elles soient le plus aérodynamiques possible. C’est des fois un peu serré mais on est bien dedans, c’est comme une sorte de collant.

  • Quel rôle estimez-vous jouer dans votre équipe ?

Je pense être devenue une leader, une des filles plus expérimentées. Mais je ne me sens aucune responsabilité de les encadrer, ni d’avoir des résultats pour le groupe. Je suis disponible si elles veulent me demander quelque chose sur un parcours mais ce n’est pas à moi d’aller galvaniser les troupes, je ne suis pas la capitaine d’une équipe.

C’est un sport perso même si, en vitesse, le groupe se respecte, car on met nos vies en jeu à chaque descente.

  • Votre travail vous demande-t-il un effort physique ?

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Publié dans : Conditions de travail | En plein air | Témoignages

le 7/12/2012, par Elsa Fayner

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