Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Ma vie d’employé d’hôtel : « Je suis habillé, n’ayez pas peur » 2 commentaires

En 2007, la journaliste Elsa Fayner part en immersion exercer différents métiers payés au smic pour un livre, « Et pourtant, je me suis levée tôt ».

Télévendeuse, serveuse chez Ikéa, elle est également employée d’étage dans un hôtel quatre étoiles, à Lille. Plus que les femmes de chambre, ce sont les employées d’étage qui croisent les clientsdans ce type d’hôtels. Pour quelles relations ?

Quand un client part après l’heure officielle du check-out, c’est à l’employée d’étage de nettoyer les lieux, puisque les femmes de chambre ont terminé leur service. Dans la suite, avec baie vitrée et vue sur la ville, le client retardataire débourse 150 euros par heure supplémentaire.

Aujourd’hui, c’est un rappeur américain qui souhaite se reposer tout l’après-midi. Les musiciens, eux, ont dû quitter leur chambre à midi pile et patientent sagement dans les canapés en cuir du hall.

« J’ai deux catégories, les “propres” et les “sales” »

Enfin, le chanteur se décide à lever le camp. Nous avons une heure pour refaire la chambre. Ce soir, la suite est louée à un couple qui fête quarante années de mariage.

Plus un cheveu ne doit traîner. La responsable de l’entretien et l’assistante de la gouvernante générale arrivent en renfort. C’est la course.

La moquette est jonchée de cartons de hamburgers. La salle de bain a été abondamment utilisée. La couverture en laine présente une tâche blanche suspecte. Mais rien à voir avec certains qui saccagent la chambre, commente la gouvernante :

« Moi, je les connais, j’ai mes habitués. J’ai deux catégories : les “propres” et les “sales”. »

Entre ses mains, rien n’est laissé au hasard. Les coins du lit king size au carré, les dix serviettes de toutes tailles à leur place, le miroir surplombant les lavabos sans une goutte d’eau, la douche et la baignoire comme neuves, les toilettes reluisantes, pas un pli sur les tapis, et toutes les poubelles vidées.

En vingt minutes, la chambre se métamorphose. Un obstacle de taille demeure pourtant. Pour se reposer plus profondément, le chanteur a de toute évidence fumé un grand nombre de joints. L’odeur s’est incrustée.

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Publié dans : Au resto, à l'hôtel | Témoignages

le 23/05/2011, par Elsa Fayner

2 commentaires

  • InspecteurDuTravail dit :

    Cet article me fait souvenir un procès verbal dressé il y a quelque 6 ou 7 ans alors que je contrôlais une des deux boites ayant le monopole du nettoyage de l’hôtellerie de luxe à Paris.
    Quelques centaines de travailleurs précaires, embauchés au jour le jour, sans contrat, sans médecine du travail…à la fin, sans doute la plus grosse (et cependant bien dérisoire) condamnation en matière de travail précaire : quelque chose comme 25 000 euros d’amende…
    Et une question qui reste : le sort des salariées concernées en a-t-il été amélioré pour autant ?

  • fraise_desbois dit :

    je conseille le livre ! très instructif, excellent témoignage.

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