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Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Livre – « Femmes en galère – Enquête sur celles qui vivent avec moins de 600 euros par mois » (Mougin) O commentaire

Bien-logées, mal-logées, squatteuses, chômeuses, travailleuses, françaises, étrangères, bacs + 2, bacs –5, ados et grands-mères, les «femmes en galère » correspondent rarement à l’idée que l’on se fait d’elles. « La pauvreté au féminin est particulièrement invisible », explique Véronique Mougin, qui dénonce ce drame bien caché dans Femmes en galère. Enquête sur celles qui vivent avec moins de 600 euros par mois.

Journaliste et bénévole dans un foyer d’hébergement, elle est partie d’un constat : les femmes ne sont pas plus à l’abri, elles ne résistent pas mieux parce qu’elles sont mères. Au contraire, elles sont plus nombreuses à vivre dans la précarité que les hommes.
Véronique Mougin, aiguillée par des responsables de centres sociaux, a rencontré près de quatre-vingt de ces femmes qui vivent sous le seuil de pauvreté (évalué en 2003 à 612 euros par mois par l’Observatoire de la pauvreté). Seul point commun à toutes ces femmes : on les croise tous les jours dans la rue, au supermarché, dans les transports, sans deviner le drame qu’elles vivent. Pour le reste, chaque histoire reste unique et l’auteure a choisi de jouer sur leur accumulation pour en souligner la diversité, faire parler les chiffres. Alors, elle énumère.

C’est l’histoire de Léa, arrivée en France à 20 ans, qui collectionne les CDD, dort chez des amis et s’est retrouvée un soir dans un centre d’hébergement d’urgence. Celle de Yasmine, secrétaire trilingue au chômage qui mange aux Restos du Cœur depuis que son mari est incarcéré et qui fait mine de bien aller malgré ses 26 kilos perdus. Celle, aussi, de Marie-Claire, qui vit du RMI depuis qu’elle a quitté l’homme qui la battait. Celle de Marielle, placée à la DDASS dans son enfance, veuve d’un alcoolique et qui maintenant entend dépenser ses quelques revenus comme elle l’entend pour que ses enfants ne manquent de rien. Et bien d’autres encore.

D’après l’Insee, elles sont 1 473 000 à connaître le dénuement, soit 6,4% de la population féminine, contre 5,6% de la population masculine. Parce que, quand elles travaillent, les femmes sont moins bien payées et doivent souvent se contenter d’un emploi à temps partiel. Parce que les moins de 25 ans connaissent davantage le chômage que les hommes du même âge. Sans oublier que la majorité des allocataires du RMI sont désormais des femmes. Et que les femmes représentent maintenant 36% des sans-abris, leur proportion ne cessant d’augmenter.
Pourquoi une telle discrimination ? Pourquoi les femmes sont-elles de plus en plus gravement touchées ? Parce que ce sont elles

qui vivent seules avec un enfant, qui sont battues et se retrouvent sans logement, qui vivent plus longtemps avec une retraite moindre, qui sont constamment maltraitées par la société. Véronique Mougin avance ainsi quelques réponses un peu rapides, sans aborder l’autre versant du sujet : les handicaps que comporte aussi le fait d’être un homme face à la précarité. Car son but n’est pas là. La journaliste tient avant tout à dresser l’état des lieux de cette pauvreté féminine invisible, sur laquelle peu de chercheurs se sont penchés jusqu’à présent. Sur un ton militant et indigné, elle tire la sonnette d’alarme, invitant par sa démarche d’autres spécialistes à prendre le relais. Espérons qu’elle sera entendue.

Femmes en galère. Enquête sur celles qui vivent avec moins de 600 euros par mois. De Véronique Mougin, Editions de La Martinière, 275 p., 17 euros. Préface de l’Abbé Pierre.

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Publié dans : Culture

le 6/12/2008, par Elsa Fayner

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