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Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

L’Etat à l’origine de la fraude du « robin des bois de l’amiante » 1 commentaire

Couverture Le livre noir des syndicatsPendant un an, Erwan Seznec et moi-même, la rédactrice de ce blogRozenn Le Saint, avons enquêté sur un monde syndical en pleine dérive.

Avant la parution du Livre noir des syndicats le 12 mai, nous racontons les coulisses de notre travail d’investigation. Dernier volet avec l’histoire du cégétiste « Robin des bois de l’amiante ».

En mai 2014, celui que la presse surnommait le « Robin des bois de l’amiante » est passé en correctionnel à Marseille. Yves Buffille, 64 ans, délégué CGT de la Compagnie Marseille de réparation (CMR), avait arrangé près de 150 dossiers pour que ses collègues, salariés de la compagnie ou de ses sous-traitants, soient éligibles au dispositif de Cessation d’activité anticipée des travailleurs de l’amiante.

Les abus de la CGT au port de Marseille

Nous avons fait l’impasse sur cette péripétie. Notre « livre noir » contenait un chapitre déjà riche en détails sur les abus de la CGT au sein du port de Marseille…

Une péripétie survenue il y a maintenant quinze ans m’incite même à penser que Yves Buffille et la CGT ne sont pas les seuls coupables dans cette affaire.

Réunion à la préfecture

C’était au printemps 2001. J’étais (Erwan Seznec) alors responsable du bureau de Marseille pour le quotidien économique La Tribune. Je couvrais une réunion à la préfecture, entre les représentants de l’Etat et les délégués du personnel de la CMR.

Ordre du jour, l’examen d’une proposition de reprise des chantiers en difficulté par un groupe espagnol, Boluda. les délégués CGT présents avaient une bonne image du repreneur. Ce dernier, néanmoins, voulait reprendre une partie seulement du personnel.

Les salariés savaient que la réparation navale était en surcapacité et que les réductions d’effectif étaient inéluctables. La demande de l’espagnol n’était pas réjouissante, mais elle était fondée. Restait à trouver une solution pour trois ou quatre dizaines de quinquagénaires.

Le fonds amiante prend en charge les pré-retraites

Le porte parole du préfet en avait une : le fonds amiante allait prendre en charge leur départ en pré-retraite! J’ai assisté alors à un étrange débat à fonds renversé.

Les syndicalistes de la CMR expliquait au représentant de l’Etat que les salariés en question, vus leur métier, n’avaient pas vraiment manipulé de l’amiante. Leur exposition était anecdotique, voire nulle.

Pas la peine de chipoter

Le fonctionnaire répondait que ce n’était pas la peine de chipoter. Il y a toujours de l’amiante sur un navire. Les cégétistes sont ressortis contents.

Boluda a repris la CMR, sans réussir à la sauver. Renommée Union Naval Marseille, elle a été liquidée en 2009. A peu près à la même époque, je crois, j’ai entendu dire que des cégétistes avaient été mis en examen pour fraude à l’amiante à Marseille ! Fraude, peut-être, mais sur incitation des pouvoirs publics.

Une fraude institutionnalisée

J’ai raconté cette anecdote à Me Romain Bouvet, avocat au cabinet Michel Ledoux, spécialiste du contentieux du travail. Elle ne l’a pas étonnée. Les dispositifs d’indemnisation mis en place pour l’amiante ont souvent été utilisés pour financer des plans de départ, avec l’assentiment de l’Etat. Une fraude institutionnalisée.

Le tribunal qui a condamné Michel Buffille en était probablement conscient. Alors qu’il était question de 125 dossiers trafiqués pour un préjudice total de 2,2 millions d’euros, la peine a été clémente: 15 mois de prison avec sursis

  • Journaliste indépendant, Erwan Seznec a passé huit ans à Que choisir. Il a notamment participé à l’Histoire secrète du patronat.
  • Journaliste spécialisée dans le domaine économique et social, Rozenn Le Saint collabore régulièrement à MarianneLiaisons sociales et Santé & Travail.

 

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Publié dans : Actualité

le 27/04/2016, par Rozenn Le Saint

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