Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Le ras-le-bol des associatifs 12 commentaires

Noël et grand froid: les associations caritatives ont du pain sur la planche. Pourtant, leur personnel ne va pas toujours bien. Le 9 mars dernier, les salariés d’Emmaüs lançaient une grève pour dénoncer leurs mauvaises conditions de travail. Du jamais vu. Suivait, fin mars, la création du premier syndicat des salariés du secteur associatif, ASSO, qui tenant sa première réunion publique le 7 avril. Pendant longtemps, les salariés des associations n’ont pas osé se plaindre, dévoués qu’ils étaient à l’aide des plus démunis. Cette époque est révolue.

Près de 2 millions. C’est le nombre de salariés employés dans le secteur de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS), qui regroupe associations, coopératives, mutuelles de santé, et entreprises solidaires (entreprises d’insertion, commerce équitable, etc.). Soient 10% des salariés en France. Et les trois quarts d’entre eux travaillent dans une association.

Le monde associatif est en effet devenu un secteur professionnel à part entière, qui ne peut plus se contenter de bénévoles, et salarie de plus en plus : un tiers des personnels en 2008, contre 8% seulement en 2002.
Car le secteur a souvent oublié dans sa rapide progression de ménager ses nouvelles troupes. Mal-être au travail, dépressions, traumatismes, manque de reconnaissance, salaires et contrats au rabais… Les plaintes sont désormais récurrentes.

Un début de mobilisation

En mars 2010, les salariés d’Emmaüs se mettent en grève. En cause: salaires au rabais, recours de plus en plus fréquent à des contrats précaires, manque de moyens. Et, aujourd’hui, Q les travailleurs sociaux de l’association ne constatent pas d’amélioration de leurs conditions de travail, constate une journaliste du magazine ligne Youphil. Beaucoup expriment une grande fatigue liée en partie à une surcharge de travail et à des conflits avec la hiérarchie. Les arrêts de travail sont toujours aussi nombreux et les cas de dépression sont légion. Les bas salaires (la majorité des permanents responsables de l’accueil dans les centres sont payés au Smic) ne sont pas les seuls concernés par cette sinistrose. Chez les cadres aussi, l’absence de dialogue et de moyens est mal vécue.

En avril 2010, ce sont les salariés du Samu social, Groupement d’intérêt public, qui débraient.

C’est durant cette période que le premier syndicat du monde associatif voit le jour: ASSO. Son but: militer « pour l’application des droits des salariés du secteur associatif » et porter « des revendications sur la revalorisation des salaires, le temps de travail, les déplacements, la récupération, la définition de nos métiers, etc. Cette démarche pourrait à l’avenir déboucher sur une convention collective adaptée aux spécificités du secteur associatif ».

Des salaires qui ne sont pas à la hauteur

Première revendication: les salaires, qui dissuadent certains de postuler dans le secteur. « Les candidats ne se font pas d’illusion concernant le salaire ni le statut de l’emploi, mais ce qu’ils sont prêts à accepter varie avec la situation familiale », constate Matthieu Hély, maître de conférences et chercheur à l’Université Paris X-Nanterre, qui s’est intéressé au profil des interntautes qui recherchent du travail sur Ressources solidaires, l’un des sites leaders dans le secteur. « Ainsi, 80% des répondants sont prêts à consentir à une rémunération faible, mais ils sont 70% chez les hommes en couple avec enfants, et seulement 45% chez les femmes seules avec enfants. Idem pour les contrats précaires ».

Pour les salariés du secteur, c’est aussi un motif de reconversion. S’ils ont été attirés par un métier qui ait du sens, les années passant, ils ne sont plus prêts à tout accepter.

C’est pourquoi l’un des pionniers de l’économie sociale et solidaire, le groupe SOS, qui oeuvre notamment dans le secteur social et emploie 3000 salariés, augmente depuis cinq ans ses salaires. « Si nous voulons nous structurer et présenter une alternative à un modèle purement lucratif, il faut pouvoir faire venir des cadres, et bien les payer », estime le DRH, Nicolas Froissard. « Certes, nous ne proposons toujours pas les mêmes salaires qu’en entreprise, mais nous travaillons à les améliorer ». Résultat : aujourd’hui, les CV affluent, et, nouveauté, ils viennent de plus en plus d’HEC et de Polytechnique.

Car les écoles se sont adaptés et proposent aujourd’hui des cursus « responsables » (Majeure Alter Management et Mastère spécialisé « Management du développement durable » d’HEC, cursus universitaire, etc). Et les jeunes diplômés de ces filières sont d’autant moins prêts à accepter des salaires au rabais.

Des conditions de travail laissées au hasard

Autre point d’achoppement: les conditions de travail. Formation au management, gestion des carrières, relflexion sur la reconnaissance du travail, ergonomie, évaluation des risques psychosociaux, telles n’ont en effet pas été les priorités.

Quelques initiatives voient bien le jour. Dans le sillage de Médecins sans frontières et d’Action contre la faim, Solidarités international élabore ainsi des parcours formalisés et personnalisés. Quand, depuis trois ans, ACF propose deux formations au management, visant ses chargés de projet et ses coordinateurs. Mais, pour l’heure, ces initiatives restent artisanales.

Elsa Fayner

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Publié dans : Actualité | Stress, santé | Un peu partout

le 5/08/2011, par Elsa Fayner

12 commentaires

  • yves dit :

    Je suis un de ces bénévoles qui recrute et encadre des permanents.

    1) maitrise des FRAIS DE FONCTIONNEMENT
    Il es fondamental d’affirmer le choix d’allocation des ressources. Les ressources étant limitées, tout euro affecté au fonctionnement (salaire, frais généraux…) n’est pas consacré à la cause pour laquelle il a été donné. Celà est vrai pour Emaus, la ligue contre le cancer ou le club de foot local.

    2) GROSSES ORGANISATIONS ou PETITES ASSOCIATIONS
    Il est important de différencier les grosses organisations des plus petites
    Dans une petite structure, Il est important de comprendre la somme de travail supplémentaire que représente l’embauche d’un salarié. Pour construire son poste, les nombreux projets pour le financer, tout ce qui est indispensable pour le maintenir, sans parler de la charge d’encadrement. Souvent pour le payer on choisit de ne pas faire d’autres dépenses. Cette démarche importante étant sous le regard de tous, on attend le meilleur de cette démarche.
    3) NE PAS PERDRE L’ESPRIT MILITANT
    En dehors des grandes structures, les gens qui sont embauchés sont souvent des militants, anciens bénévoles qui peuvent ainsi vivre de leur passion ou de leur engagement.
    Je pense qu’à coté du permanent doit perdurer l’esprit d’engagé, de militant. Je crois qu’il doit y avoir une mission clairement définie mais que, à coté de celle ci, l’engagement personnel de la personne doit perdurer.
    Une personne recrutée dans un club de sport collectif pour assurer une permanence certains jours et encadrer des entrainements ne peut pas considérer tout ce qui concerne ce sport comme faisant directement partie de ses « heures ». Si auparavant il venait au match du samedi soir, aidait à la buvette ou accompagnait les jeunes dans un déplacement il doit non seulement se sentir libre de continuer à le faire mais encore.

    5) IL EXISTE DES PRIORITES
    dans toute organisation il est possible de faire des tas de choses, certaines plus chronophages que d’autres. C’est encore plus vrai dans des associations. Les priorités du poste doivent être définies clairement, et les possibles annexes choisies et discutées.
    Il est aisé de supposer que, dans l’exemple ci dessus, la personne devait avoir des priorités au quotidien. Qu’elle ne les oublie pas

    6) CONCLUSION

    A la différence du privé, je pense que le monde associatif a besoin de personnes structurées qui savent pourquoi ils sont là. Je suggère

    A) un reporting hebdomadaire qui décrive comment ont été affecté les heures pour les priorités définies pour le poste
    B) Que l’embauché discute régulièrement avec quelqu’un de son engagement. S’il perd l’esprit militant, et ne peut le retrouver, qu’il s’en aille.

  • aurélie dit :

    Il est question de grosses associations dans votre article, mais dans le réseau des petites associations qui ont un ou deux salariés avec peine puisque ce sont des CAE, non seulement payés au smic horaire mais à temps partiel, on demande à ces salariés sous payés d’être totalement engagés dans leur tâche et de ne pas être avares de leur temps.

  • Zero dit :

    Article intéressant.

    En revanche, il faudrait être plus précis sur la qualité des emplois associatifs… c’est-à-dire saisonniers, contrats aidés, temps partiel, temps plein, volontaires, etc. C’est essentiel avant de poser le chiffre de 2 millions.

    Il y a aussi l’autre aspect de la qualité de ces emplois : le secteur d’activité. Par exemple, le médico-social est le plus important, et les salariés de ces grosses associations travaillent exactement de la même manière que s’ils étaient dans des entreprises privées.

    A lire, une collègue de M. Hély, « Le travail bénévole » de Maud Simonet, récemment publié.

  • Zero dit :

    D’ailleurs, je me permets à nouveau un commentaire. Seulement 20% des étudiants qui sortent de la chaire « social business » d’HEC se retrouvent à bosser réellement dans l’ESS.

    Je ne ferai aucun commentaire sur la dérive gestionnaire totalement inconcilibale avec l’objet et les projets des associations en cours dans certaines structures (pour ne pas citer le Groupe SOS). Le transfert de dispositif étatique (cf. M. Simonet) largement importé des États-Unis y participe, ainsi que l’arrivée des techniques de management d’entreprises dans la gestion des activités…

    Par exemple, ça ne sert pas à grand chose d’accueillir des personnes sur des chantiers d’insertion, si d’une part on choisit entre celui qu’on est sûr d’insérer en 6 ou 12 mois pour coller aux impératifs posés par les subventionnaires, et d’autre part si on rebalance 80% destravailleurs en mode worfare dans d’autres dispositifs. Idem pour les sans-abris, les handicapés, les vieux non solvables avec besoin d’aide à domicile, etc.

    Les conditions de travail des salariés n’ont d’égal que les dispositifs publics qui cadrent les projets…

  • juju dit :

    « Que l’embauché discute régulièrement avec quelqu’un de son engagement. S’il perd l’esprit militant, et ne peut le retrouver, qu’il s’en aille. »

    Je ne suis pas du tout d’accord avec cet esprit d’engagement. Etant à la fois salarié permanent d’une asso et employeur dans une autre, je vois les deux cotés du miroir. Et pour moi, cette notion d’engagement ne vaut que pour les bénévoles. A partir du moment où il y a contrat de travail on entre dans une relation de subordination par rapport à l’employeur et ce soit disant « engagement » est une méthode managériale qui abuse de la bonne volonté du salarié.
    Il faut vraiment que les employeurs associatifs se rendent compte qu’ils n’ont pas le même statut que leurs salariés et que leur engagement ne concernent qu’eux. Je considère que l’on ne peut pas demander à un salarié de s’engager, c’est aux bénévoles de le faire. D’ailleurs, le droit du travail conforte mes arguments et Yves ferait mieux de s’y pencher un peu plus s’il ne veut pas se retrouver au Prud’hommes pour des heures sup non payées.

  • Bakounine dit :

    Engagement contre droit du travail. Les commentaires font bien apparaître les deux points de vue, difficiles à concilier, qui existent sur le travail dans le domaine social. Ayant été des deux côtés du manche, comme Juju, j’ai un point de vue bien plus mitigé que lui.

    Concernant le droit du travail, je remarque qu’il évolue à très grande vitesse dans le sens d’une régression sociale féroce. Voir par exemple la réécriture/recodification complète du Code du travail. Cela ne semble pas du tout émouvoir bien des salariés du domaine social qui sont trop souvent des moteurs vigoureux de cette régression. Voir par exemple les conditions de travail qu’ils imposent dans les chantiers d’insertion. Un chômeur m’en décrivait d’aucuns comme des « entreprises de dressage à l’acceptation de l’esclavage ».

    Comme bénévole, j’ai eu très souvent eu les plus grandes difficultés à trouver des lits auprès du 115. Nous avons réglé la question. Soit en logeant les refusés dans un hôtel payé par une asso caritative. Soit en les hébergeant chez moi ou chez les amis qui avaient de la place. Ce qui nous a valu les foudres de l’asso institutionnelle qui a un quasi-monopole de cette activité dans notre ville. Pour avoir hébergé des Rroms tricards auprès du 115 j’ai pris un savon terrible de la part du « cadre » (il tient beaucoup à cette appellation) de cette asso. Et ce savon m’a laissé perplexe. Je veux bien que l’engagement ait ses limites. Comme salarié je l’accepte si elles sont fixées par le droit du travail. Mais on voit trop souvent des travailleurs sociaux se faire les avocats combatifs d’une société féroce pour les pauvres. Et là, j’avoue que j’ai plus envie de cogner que de comprendre…

  • Marianne dit :

    « Yves ferait mieux de s’y pencher un peu plus s’il ne veut pas se retrouver au Prud’hommes pour des heures sup non payées. »

    Yves écrivait dans le contexte de petites assocs où il y a 1 ou 2 salariés qui « sont souvent des militants, anciens bénévoles qui peuvent ainsi vivre de leur passion ou de leur engagement. » et s’illes n’ont plus cet engagement, alors si l’assoc est vivante, d’autres l’ont, et peuvent avoir alors relayer. La personne qui a été embauchée serait plus à l’aise salariée ailleurs, et redevenir bénévole quelques temps dans l’assoc.

    Les petites assocs ont peu de moyens, dont pas ou peu de subvention, et même avec des emplois aidés, c’est un gros poste que d’engager quelqu’un et c’est une reconnaissance du travail/temps fourni par la personne, et de son efficacité. Etre salarié dans uen eptite assoc devrait être un choix d’une personne, reconnaissant qu’elle est très engagée dedans et préfère continuer à donf que de réduire et avoir un travail ailleurs. Quand elle ne se sent plus motivée, alors vaut mieux réduire, chercher un boulot ailleurs …

    Pour les grosses assocs, ou petites qui ont grossi: il y a un problème de service public non fait auquelles ces assocs apportent une réponse. A terme, ce n’est pas tenable.

  • Gale dit :

    Un des piliers de l’économie sociale et solidaire est la gestion démocratique selon le principe 1 personne = 1 voix. Si un adhérent possède une voix, un salarié, s’il n’est pas membre de l’association n’en possède pas. Il s’agirait de faciliter la participation de l’ensemble des acteurs aux procesus décisionnels et stratégiques. De susciter l’appropriation du projet. Ce qui est d’ailleurs valable pour toute entreprise, qu’elle qu’en soit la finalité.

    L’évaluation de processus est de ce point de vue intéressante, il ne s’agit plus de se focaliser sur les objectifs mais aussi d’analyser les processus qui ont été élaborés pour atteindre ses objectifs. Par exemple, existe-il une contradiction entre les principes (éthiques, sociaux, etc) sur lesquels sont basés l’action et le mode de management ou la déclinaison des objectifs?

  • Anonyme dit :

    J’ai travaillé durant 4 années dans une association qui défend certaines valeurs, milite et intervient au profit de plus de 300 000 enfants, adolescents et familles au national. J’ai été victime sur une période de 6 mois d’agissements répétés. Cela devait tellement difficile que j’ai du partir. Aujourd’hui j’ai décidé de saisir le conseil des prud’hommes pour harcèlement moral. Alors si vous êtes toujours intéressée je reste à votre disposition.

  • cricri dit :

    ECONOMIE SOCIALE – EDUCATION POPULAIRE

    Les petites associations à but non lucratif qui travaillent sur fonds publics sont-elles plus ‘conviviales‘ ?

    Par expérience, on sait que dans ce secteur les conditions de travail -salaires, horaires, management sont les plus dures. Ces micro-structures sont fragiles et éprouvent des difficultés financières ou psychologiques à appliquer les règles du code du travail.

    Ce secteur se soustrait généralement aux contraintes du droit du travail, multiplie les exceptions et les dispositifs temporaires, la précarité et l’acceptation des normes les plus basses : vacations occasionnelles, horaires non respectés, etc, malgré une législation stricte.
    Les CDD renouvelés sont prédominants dans les embauches car il s’agit d’un secteur où le CDD est d’usage ; les salariés ne choisissent pas cette situation professionnelle ; ces contrats, souvent synonymes d’insécurité, sont subis.

    La probabilité de se retrouver au chômage est 5 fois plus élevée pour les salariés en CDD que pour les salariés en CDI. Plus du 1/3 de ces salariés n’obtiennent pas de CDI, ce qui conforte une segmentation du marché du travail entre salariés en emploi stable et salariés installés durablement dans des situations précaires.

    Les patrons employeurs y sont habitués à ruser et utilisant un discours pétri de valeurs pour justifier leurs comportements antisociaux. Ne les jugeons pas pour ce qu’ils affirment et revendiquent sur leurs sites mais par les pratiques qu’ils appliquent dans leurs établissements. « je ne peux pas augmenter les salaires car il faudrait augmenter les cotisations des membres usagers et ce ne serait plus de l’éducation populaire », « la municipalité ne peut pas donner plus de subvention, donc accepte ces conditions ou la structure va disparaître », « si tu es trop gourmand, on coule ».
    Leur idéologie est dérivée vers une fonction utilitariste : obtenir la meilleure rentabilité des salariés, même s’il s’agit d’un acte de formation, d’accompagnement social, éducatif, pédagogique. Les notions de productivité et de marché sont omniprésentes au quotidien puisque les employeurs sont devenus des prestataires de services répondant aux appels d’offre publics, parapublics ou non gouvernementaux.

    Les salariés ? Ils sont occasionnels, intermittents, coordonnateurs, conseillers, accompagnateurs, enseigna,ts, formateurs. Tous sont profondément investis et présents mais peinent à constituer une catégorie professionnelle structurée. Ce sont des acteurs tout aussi talentueux que fragiles dans leur métier, mal armés pour affronter la complexité des réalités professionnelles et sociales auxquelles ils sont confrontés. L’image du métier de formateur associatif a un vrai déficit d’attractivité : des conditions de travail difficiles, une charge psychologique importante liée à la permanente disponibilité relationnelle envers les stagiaires , le temps de travail fragmenté avec zéro défraiement des trajets, le manque de reconnaissance professionnelle (zéro prise en compte de la qualification ni de l’ancienneté).
    Il y a un réel besoin de mettre en place un suivi statistique de ce secteur sur le turn-over, le temps de travail, les risques professionnels et les conditions d’exercice des métiers .

    3 livres se font largement l’écho de la situation.

    * Le livre du docteur Marie France HIrigoyen ‘Malaise dans le travail, harcèlement moral: démêler le vrai du faux’ qui étudie spécifiquement le phénomène social de cette souffrance psychique individuelle mais issue du monde collectif du travail.
    * « Les intellos précaires », publié en 2001 par Anne et Marine Rambach, deux éditrices et écrivains indépendantes.

    * Le 3ème livre mérite d’être lu attentivement par les salariés des associations, les syndicalistes, militants de l’économie sociale et de l’éducation populaire, les dirigeants de grandes fédérations. Il traite du monde associatif ; les auteurs sont membres du syndicat USPAOC-CGT : ‘Le Livre Noir de l’Animation Socioculturelle’ * dir. Marion Peyre, Coll ‘Questions contemporaines’, L’Harmattan.
    Ce livre analyse des entreprises socio-éducatives associatives qui se réclament d’une démarche de transformation sociale et affichent des valeurs qu’elles bafouent. Des dirigeants associatifs patrons, militants de leurs propres syndicats balayent les droits de salariés. On imagine ces pratiques condamnables plutôt réservées aux patrons de l’industrie ou du commerce. De nombreux témoignages montrent le harcèlement moral, la répression anti-syndicale, l’utilisation importante de personnels précaires et, entre autre, le non respect du Code du Travail.
    Le collectif auteur de ce livre analyse les raisons qui conduisent à de telles dérives. En voici une, parmi d’autres : « Qu’il s’agisse de fédérations ou de mouvements éducatifs devenus des machines à vendre des stages, des chantiers, des centres de loisirs, des activités de loisirs, ou qui se positionnent concurrentiellement sur toutes les délégations de services publics possibles dans les villes. La liste est longue. Peu de fédérations peuvent se vanter d’avoir su garder la flamme militante, d’avoir résisté à l’institutionnalisation dans l’appareil d’Etat et à son cortège de pratiques commerciales, déguisées sous les bons sentiments des valeurs. »
    Il ne s’agit pas pour les auteurs d’intenter un procès aux mouvements d’éducation populaire mais au contraire, de la défendre contre la politique de ce gouvernement qui veut l’asphyxier mais aussi contre des formes de management inacceptables.
    Tous pourris ? Heureusement, non ! Mais de nombreuses associations d’éducation populaire doivent réfléchir aux contradictions qui les minent.

    cricri

  • Jean-Luc dit :

    Quand je lis Yves (1er commentaire) qui conclut son propos par « Que l’embauché discute régulièrement avec quelqu’un de son engagement. S’il perd l’esprit militant, et ne peut le retrouver, qu’il s’en aille. », ça évoque irrémédiablement ce patron lambda qui rétorque à son-sa salarié-e « si les conditions de travail ne vous conviennent pas, la porte est au fond à gauche… »

    En fait, non… c’est pire ! Lire de tels propos sous la plume d’un « militant » de l’ESS fait mesurer le chemin qui reste à parcourir pour qu’au moins dans un secteur (l’ESS) où le modèle juridique (1 homme/1 voix) fait pourtant la différence, les décideurs, fussent-ils des bénévoles, aient les qualités minimales pour diriger des boîtes dans lesquelles les salariés aient quelque chance de construire leur santé plutôt que de la perdre !

  • EILEEN dit :

    Yves a raison et vous, Jean-Luc, vous rêvez mais si ça vous plait d’être Plangloss

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