Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Les précaires fêtent le pissenlit 3 commentaires

Photo: Cédric Faimali / collectifargos.com

À Lisbonne, 200 à 300 000 personnes défilaient le 12 mars contre la précarité de la « Geracao rasca », la génération à la traîne, la génération fauchée.

Contre les stages qui s’enchaînent, l’impossibilité d’acquérir une voiture ou un logement à soi, voire de nourrir ses enfants. Selon l’Institut portugais de la statistique, cité par Courrier International, le pays comptait au dernier trimestre 2010 68 500 chômeurs titulaires d’une maîtrise. Ce chiffre n’inclut pas ce million de Portugais qui sont contraints de travailler indûment au régime des reçus verts. Il faut aussi ajouter ceux qui dépendent d’agences de travail temporaire, les boursiers et les éternels stagiaires… Avec eux, la précarité touche près de deux millions de personnes.

Une deuxième manifestation est prévue pour le 25 avril, intitulée « 25 avril en détresse« . Plus de 30 000 internautes ont déjà répondu présents sur Facebook. Ils étaient 60 000 la première fois à s’être annoncés sur le net.

Quoi de neuf depuis Stop Précarité?

En France, depuis la création du réseau Stop Précarité, en 2001, pendant les grèves chez Mc Do, Pizza Hut, Maxi livres et la Fnac à Paris, les initiatives des précaires sont restées peu nombreuses et éparpillées.

« Parfois, nous parvenons à lancer une action médiatique qui fait du bruit, donne de la visibilité au problème, et sensibilise le public, mais jamais nous n’avons réussi à faire masse et à largement dépasser des petits cercles de militants convaincus. Et ce alors même que la précarité et le chômage explose », témoigne Leila Chaibi, du collectif de précaires L’Appel et la pioche.

De retour de Lisbonne, certains ont décidé de s’inspirer de la démarche portugaise. Des militants et des novices, encouragés par leurs homologues européens. Un appel a été posté sur Facebook, à une Fête des précaires et du pissenlit, le samedi 30 avril 2011.

Des symboles pour les précaires

Pourquoi le 30 avril? « Parce que, comme chaque fin de mois, ça fera déjà dix jours que nous serons à découvert », répondent les organisateurs:

Carole, 28 ans, salariée depuis 10 ans, au SMIC, encore dépendante de ses parents.
Xavier, 36 ans, chômeur, auto-entrepreneur.
Lily, 25 ans, bac+5, en Service Civique prolongé à 540 euros par mois.
Dimitri, 24 ans, serveur, travaille 50 heures par semaine dont 30 heures non déclarées.
David, 26 ans, chômeur en reconversion professionnelle dans le secteur social.
Nikos, 27 ans, vacataire dans la fonction publique.

Soutenus par les collectifs de précaires existants comme L’Appel et la Pioche ou Génération précaire. Droits Nouveaux (AC !, L’Appel et la Pioche, Apnée-Actuchômage, CNT-PTT, Coordination des Intermittents et Précaires, Collectif National Droits des Femmes, Copernic, SNU-Pôle emploi, Solidaires, Stop Précarité) devrait également rédiger un communiqué de soutient. Mais le mouvement veut recruter plus large, et faire descendre dans la rue des mécontents qui n’en ont pas l’habitude.

« E si nous avons choisi le 30 avril et non le 1er mai, fête des travailleurs, c’est bien parce que nous serions noyés dans la masse (dont les signataires sont solidaires), que les syndicats sont bien en peine de nous défendre, et que notre place dans le marché du travail est un strapontin », complète Xavier Duchaussoy Delcambre, l’un des organisateurs.

Et le pissenlit? « Pour ne pas le manger par la racine ». Sans surprise, à Paris, ça se passe rue de Lisbonne. Mais les organisateurs escomptent une participation plus que symbolique.

Des cahiers de doléances

Côté revendications, « nous avons les mêmes que tous les précaires européens (des appels se lancent en Allemagne, en Italie en préparation… Des Fbkeurs en lancent aussi à Mexico…etc…) : la fin des stages sans fins, des CUI/CAE qui nous font sortir des stats du chômage, mais qui ne durent qu’un temps nous faisant retourner à la case départ. Nous en avons marre de l’intérim, du flicage du Pôle emploi (très rude, j’en sais quelque chose), de ne pas pouvoir se projeter dans l’avenir : logement, voiture, enfants, soins« , répond Xavier Duchaussoy Delcambre. « Et, comme au Portugal, nous voulons laisser aux précaires qui viendront le soin d’exprimer leurs revendications spécifiques et essayer de les centraliser pour créer des cahiers de doléances. Nous voulons être visibles, et pris en compte dans les grands débats qui agitent la société, mais que l’on ne retrouvent nulle part, surtout pas dans les médias ni dans les programmes politiques »

Elsa Fayner

D’autres initiatives des précaires? N’hésitez pas à les signaler en commentaires. Merci.

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Publié dans : Actualité | Intérim

le 7/04/2011, par Elsa Fayner

3 commentaires

  • Joao dit :

    Et tout est commencé avec cette chanson… du groupe Deolinda
    http://www.youtube.com/watch?v=27p2UHfr6F8

    Le groupe que vas représenter le Portugal a l’Eurovision « Les Hommes de la lute » avec la chanson « La lute est la joie » a dédie leur chanson en plein concours portugais a ceux qui souffrent de la crise: (sous titres en anglais)
    http://www.youtube.com/watch?v=BhF6LgkU0fM

    Leur vidéo officielle est faite avec les images de la manif du 12mars, comme par hasard cette vidéo n’est pas visible dans le site de l’Eurovision!
    http://www.youtube.com/watch?v=ukPdbUrRKbo&feature=player_embedded

    L’Espagne aussi les précaires sorte dans la rue, le 15 mai:
    http://www.facebook.com/pages/Democracia-real-YA/116291108447508

    Joao

  • Cabaret de l’Union – 15 Avril 2011 « Les travailleurs pauvres ».
    Diffusion du film « Riff Raff » de Ken Loach.
    Débat en présence de François-Xavier Devetter (Maître de conférence en sciences économiques, et membre du Clersé)
    « J’ai trop trimé » forme de proximité par la compagnie Théâtre des Turbulences. Mise en scène Stella Serfaty (comédienne), et Monica Mariniello (sculpteur). Parole d’une femme : Marine.
    http://www.travailetculture.org
    http://www.theatre-des-turbulences.com

    Aujourd’hui avoir des revenus faibles ou des contrats courts sur un marché du travail marqué par des emplois à temps partiels, contrat aidé, ou à durée déterminée sont les principales sources du travail précaire. Quels sont les impacts liés à cette multiplication d’emplois de plus en plus précarisés ? Quels sont les facteurs de ce phénomène ? Comment vivent ces travailleurs pauvres ?

  • Raphael dit :

    Bravo Elsa,

    Attention, le lien vers la page Facebook de la fête du pissenlit ne fonctionne pas.

    Raphaël

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