Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Le surprésentéisme, travailler malgré la maladie O commentaire

Un dossier urgent à terminer, la peur des réflexions du patron ou du regard des collègues au retour au bureau, de se voir refuser une prolongation de contrat ou une promotion, l’absence de salaire les jours de carence… Malade, le dilemme entre rester chez soi pour se soigner et partir quand même bosser peut rapidement pencher pour la deuxième solution.

La présence au travail est anormale

Le surprésentéisme, c’est ça : le comportement des personnes dont la présence au travail est anormale compte tenu de leur état de santé. Dans son ouvrage, Le surprésentéisme, travailler malgré la maladie, Denis Monneuse présente la notion, encore peu connue en France, mais déjà explorée par les chercheurs canadiens (nous en avons déjà parlé).

Il pointe les métiers les plus touchés et la pression des supérieurs, des collègues, et même des clients, qui incitent à ne pas s’écouter. « On sait par exemple que deux tiers des salariés de La Poste en Suisse ont déjà renoncé ou différé une visite chez le médecin de crainte de nuire à l’activité de leur équipe du fait de leur absence », indique Denis Monneuse dans son livre.

Il cite aussi les propos de Jacques, délégué syndical de la CGT à la SNCF, « très fier d’annoncer qu’il n’a pas pris un seul jour d’arrêt maladie en plus de vingt ans de carrière. Même quand sa santé est chancelante, il lui semble important de venir travailler pour faire preuve de solidarité avec ses camarades et faire honneur au service public ». Le surpésentéisme toucherait aussi 80% des médecins norvégiens et des professionnels de la santé britanniques.

Effets à retardement sur la productivité

Et si l’absentéisme est un indicateur de stress au travail, le surprésentéisme l’est aussi. Le fait de venir travailler en toutes circonstances a des effets à retardement sur la productivité et la qualité de travail : risques de dépressions, de burn out et de développement de maladies cardiaques grandissants du personnel, erreurs d’inattention plus fréquentes et dégradation des relations au sein des équipes.

Pour preuve, ce témoignage de Stéphane, 37 ans, cadre dans le secteur bancaire victime d’un burn out: « Il en ressort avec une forme de ressentiment contre son employeur qui, non seulement ne l’a pas protégé, mais en plus lui a confié une mission impossible ».

Un taux très bas d’absentéisme peut être inquiétant

Tout cela fait dire à Denis Monneuse qu’un taux très bas d’absentéisme peut être inquiétant. Un argument supplémentaire pour que patrons et managers prennent conscience de l’importance de renvoyer chez eux les salariés qui tiennent à être présents, fiévreux, grippés et la goutte au nez…

Avec sa double casquette de consultant en ressources humaines et de sociologue, l’auteur approche les DRH d’assez près pour recueillir des témoignages sans tabou et les analyse avec le recul nécessaire d’un chercheur. Les réflexions de Denis Monneuse sont ponctuées de propos tenus en toute sincérité par des salariés et responsables des ressources humaines. Une façon pour le lecteur de s’approprier la notion de surprésentéisme et de se rendre compte qu’elle est pratiquée quotidiennement, dans toutes les entreprises. Et qu’elle peut être dangereuse.

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Publié dans : Culture | Stress, santé

le 9/10/2013, par Rozenn Le Saint

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