Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Le Sam’suffit de Thierry Lepaon O commentaire

Couverture Le livre noir des syndicatsPendant un an, Erwan Seznec et moi-même, la rédactrice de ce blogRozenn Le Saint, avons enquêté sur un monde syndical en pleine dérive.

Avant la parution du Livre noir des syndicats le 12 mai, nous racontons les coulisses des interviews de leurs patrons (ou ex), visiblement inconscients du naufrage de leur institution. Deuxième de notre série, la rencontre avec Thierry Lepaon, qui s’est fait chasser de la CGT. 

Thierry Lepaon est resté 21 mois seulement secrétaire général de la CGT, du 22 mars 2013 au 7 janvier 2015. Ce n’est pas le mandat le plus court de l’histoire mouvementée de la centrale.

Victor Renaudin avait tenu sept mois (septembre 1900 – avril 1901). Son successeur, Eugène Guérard, sept mois également. Le record de rapidité est détenu par Louis Niel, trois mois seulement, de février à mai 1909. Le poste est manifestement éprouvant.

Rénovation d’appartement de fonction

Thierry Lepaon a été contraint à la démission suite à la publication de documents qui montraient que la réfection de son appartement de fonction avait coûté 130 000 euros. Plus 62 000 euros pour rénover son bureau au siège de la confédération, plus un chèque de 30 000 euros d’indemnités de départ versées par la CGT Normandie, quand il l’a quittée pour devenir secrétaire général.

La CGT Normandie qui l’employait n’était pas, juridiquement parlant, le même employeur que la confédération. Thierry Lepaon a donc bénéficié d’une rupture conventionnelle, avec des indemnités à la clé. On ne peut pas reprocher à un syndicaliste de défendre ses droits. Même si la CGT s’est toujours opposée à ce système de désunion à l’amiable.

Le trois pièces de la discorde

Il a été exonéré de toute responsabilité dans les devis de rénovation de son logement et de son bureau. Le jour où il nous a reçus, le 4 novembre 2015, il nous a donné rendez-vous chez lui, rue des Minimes, à Vincennes, afin de nous montrer le trois pièces de la discorde.

Thierry Lepaon voulait que des journalistes le disent, disons-le donc : son logement n’a rien de luxueux. Le secrétaire général (il émargeait encore à ce titre à la CGT en mars 2016 ! Le titre était toujours inscrit sur sa fiche de paie, le montant du salaire également ) tenait aussi à démentir la présence dans ses sanitaires d’accessoires à prix extravagant. Tout est standard dans le Sam’suffit de la Rue des Minimes.

La transparence s’est arrêtée là. Assis sur le canapé, Rozenn Le Saint et moi, nous avons tenté pendant plus d’une heure de faire préciser à Thierry Lepaon les sous-entendus qui émaillent La vie continue, le livre qu’il a publié en août 2015.

Les noms des « traitres »

Nous lui avons évidemment demandé qui, au sein de la CGT, avait organisé sa chute. Il nous a répondu qu’il avait les noms des « traitres » et qu’il les sortirait en décembre 2015. Il ne l’a pas fait.

Thierry Lepaon n’a aucune raison de faire confiance à des journalistes. Une tornade d’articles s’est abattue sur lui. Les éditorialistes ont su trouver les mots blessants, évoquant le syndicalisme « bling bling ».

Mais nous n’étions pas éditorialistes. Nous avions des questions dépassionnées, précises, techniques, sur l’organisation interne de la CGT, son financement, les circuits de décision interne. Il n’a rien lâché.

L’Agence française de la langue de bois

Les vaincus sont en général plus bavards que les vainqueurs, car ils n’ont plus grand monde à ménager. Thierry Lepaon a seulement 56 ans. Il espère peut-être revenir dans la course. A l’époque déjà, il nous dit plancher sur l’analphabétisme. Il n’a plus que cela.

Le Canard enchainé du 13 avril annonce que le gouvernement lui a trouvé un point de chute rémunéré : président d’une nouvelle « Agence de la langue française ». Si une Agence française de la langue de bois est un jour créée, les leaders syndicaux tiendront la corde pour la présider.

  • Journaliste indépendant, Erwan Seznec a passé huit ans à Que choisir. Il a notamment participé à l’Histoire secrète du patronat.
  • Journaliste spécialisée dans le domaine économique et social, Rozenn Le Saint collabore régulièrement à MarianneLiaisons sociales et Santé & Travail.
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Publié dans : Actualité

le 24/04/2016, par Rozenn Le Saint

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