Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

rSa: est-ce vraiment d’une incitation financière dont les chômeurs ont besoin? 3 commentaires

rsa

Le rSa doit pallier à la perte d’allocation au moment du retour au travail. Mais est-ce vraiment le principal obstacle à la reprise du travail pour les chômeurs? D’autres facteurs ne sont-ils pas prioritaires (santé, formation, garde d’enfants, etc.)? Et quels types d’emplois le rSa encourage-t-il?

Jusqu’à présent, les bénéficiaires du RMI et de l’API qui retrouvaient un travail pouvaient cumuler salaire et allocation à 100% pendant trois mois. Puis, les ressources diminuaient, les allocations disparaissaient. Le rSa a été conçu pour pallier à cette perte d’argent au moment du retour au travail : il est sans limitation de durée. Le renforcement de l’accompagnement professionnel est également annoncé. Enfin, le rSa est également prévu pour les personnes qui travaillent et touchent de faibles revenus. Il représentera alors un complément de revenu (Lire Le rSa, pour qui, pour quoi?). Mais, concrètement, est-ce la solution pour aider les bénéficiaires du RMI et de l’API à retrouver un emploi?

La mesure a été expérimentée, durant trois ans, dans quelques départements, dont celui de l’Eure. Deux ans plus tard, alors que Martin Hirsch est au gouvernement et que le rSa est appliqué à l’ensemble du pays, un ouvrage, Le RSA : une révolution sociale : Récit d’une expérimentation dans l’Eure, Editions Autrement, septembre 2008, dresse un bilan de cette expérimentation en donnant la parole à quelques uns de ses défenseurs dans le département : son initiateur, devenu haut-commissaire aux Solidarités actives, les élus de l’Eure, investis depuis le départ, des bénéficiaires, des travailleurs sociaux, des responsables associatifs, des universitaires. etc. Pour tous, le rSa peut être un succès s’il existe des moyens importants afin d’assurer un véritable suivi personnalisé .

Une incitation à reprendre un emploi ?

« Lorsqu’on demande aux Rmistes sans emploi quelle est la principale difficulté qu’ils rencontrent pour trouver un emploi, ils répondent très majoritairement que c’est parce qu’on ne leur en propose aucun, ou que leurs candidatures ne sont pas retenues (34 %), ou parce que ceux qu’on leur propose ne conviennent pas (27 %). Si l’on ajoute que 16 % d’entre eux ont des problèmes de santé ou de handicap ou bien sont trop âgés, on n’est pas loin d’avoir 80 % des réponses. Ce qui crée le chômage, c’est avant tout le manque d’emploi, pas le manque de volonté des chômeurs, on l’oublie parfois », résume Jean Gadrey sur son blog. L’idée que les chômeurs ont d’abord besoin d’incitation financière ne résiste donc pas aux faits.

Et, « parmi ceux qui déclarent que les emplois proposés ne conviennent pas, il y a deux groupes de même poids. Le premier (39 %) correspond à des offres d’emplois qui ne sont pas adaptés aux qualifications. Le second concerne des emplois trop peu payés pour que le bénéficiaire du RMI soit sûr d’y gagner (19 %), et, cas voisin, des emplois impliquant des dépenses supplémentaires (transport, gardes d’enfants) qui coûteraient autant que ce qu’on peut gagner (19 %). Ces deux dernières catégories correspondent à des « emplois dont on ne peut pas vivre décemment ». Oui, c’est bien l’emploi qui s’est éloigné des chômeurs et Rmistes, mais l’expansion des petits boulots ou faux emplois fait partie de cette mise à distance. Pourquoi alors la subventionner ? », poursuit Jean Gadrey.

« En réponse à la question « de quoi auriez-vous le plus besoin pour pouvoir travailler ? », assortie d’une liste d’une dizaine de motifs possibles, on trouve, en tête, le besoin de moyens de transport (20 %), d’une formation (16 %), d’un suivi médical (11 %). Viennent ensuite, nettement derrière, le besoin de conseils et de relations personnelles (8 %) et celui d’une incitation financière (8 %) ».

Sanction en cas de refus

Non seulement ces besoins ne sont pas massivement pris en compte dans le dispositif du rSa, mais l’attribution de la nouvelle allocation se trouve conditionnée : les allocataires du rSa sans emploi seront inscrits d’office sur la liste des demandeurs d’emploi. Ils se verront appliquer les mêmes sanctions que les autres demandeurs en cas de refus d’emploi et pourront voir le versement de l’allocation suspendu. Le risque est donc désormais de voir se multiplier les emplois à temps partiel, subventionnés par cette nouvelle aide sociale, et de voir les pressions s’accentuer sur les demandeurs d’emploi pour qu’ils acceptent ce type d’emplois qui ne leur assurent ni reconnaissance professionnelle, ni avenir solide.

Pour mener à quel type d’emplois?

Car, dans les zones expérimentales, pour l’instant, en termes de temps de travail, les emplois occupés ou recherchés sont plus souvent de faible durée qu’en zone sans rSa (Lire Pas plus d’emplois avec le RSA, mais des temps plus partiels).

Pour Jean Gadrey, économiste, les chômeurs « ont avant tout besoin que l’économie crée des emplois décents, ce qui n’est pas le cas. Ensuite, s’agissant d’incitations, tous calculs faits (voir ceux de Pierre Concialdi), il apparaît qu’au cours de la première année, les « repreneurs d’emplois » à mi-temps ou moins ne gagnent rien de plus avec le rSa qu’avec le système actuel, et que ceux qui reprennent un emploi à plus d’un mi-temps y perdent beaucoup, jusqu’à 3000 euros pour un emploi au SMIC à temps plein ! Ce n’est qu’à partir de la deuxième année que le rSa améliore un peu les choses. Comme progrès il y a mieux, pour des RMIstes qui ne sont généralement pas en situation de faire des plans de carrière… »

Be Sociable, Share!

Publié dans : Choix politiques | Salaires

le 11/06/2009, par Elsa Fayner

3 commentaires

  • Fantômette dit :

    «  » »Un principe simple: pouvoir cumuler allocations et travail, afin d’enrayer la spirale de l’exclusion.
    …… des moyens importants afin d’assurer un véritable suivi personnalisé.
    ….. le retour de ta dignité.

    Précaire depuis de nombreuses (mais intermittentes) années, je peux vous assurer que je n’ai jamais perdu ma dignité.
    En revanche, j’ai connu la honte d’appartenir à une société moderne, riche, évoluée qui reste capable d’exclure ses citoyens au motif qu’ils ne sont pas rentables.

    Eligible au rSa, je ne suis pas certain que cette dignité restera intacte quand, aprés m’avoir exclu, cette société me « suivra » par l’intermédiaire d’un référent unique ayant le pouvoir de me diriger ET de supprimer mon allocation si je refuse le travail qu’il voudra m’imposer.

    A me traiter ainsi, nul doute que ma dignité ne sera sauve qu’en refusant ces pratiques d’un autre temps.
    La rue m’attends ! Chienne de vie !

    Ps :
    Avis au SAMU social qui m’abordera peut-être au détour d’une nuit glaciale :
    Avant de ma parler de dignité, commencez donc par me vouvoyer.

    Ps2 : l’alternative serait d’écrire « La dignité » et de laisser au lecteur son opinion en matière de perte de dignité.

  • Sophie dit :

    Je suis très étonnée de trouver une apologie du RSA sur ce site…
    Le RSA est une fumisterie, très bien résumée ici :

    http://www.humanite.fr/2009-06-02_Politique_Le-RSA-une-usine-a-gaz-pour-saupoudrer-des-allocations

    De surcroît, le questionnaire adressé par la CAF à ses bénéficiaires laisse pantois :

    http://www.actuchomage.org/modules.php?op=modload&name=News&file=article&sid=4676

    On atteint des sommets dans l’atteinte aux libertés individuelles.

    RSA = Rester Sans Avenir (ou sans Argent, au choix).

  • MERCIER Claude dit :

    Personne dans ce pays n’a t-il donc vu « bowling for colombine »? Le RSA n’est qu’une simple resucée de son sinistre « Work against welfare » .
    Et aura tôt ou tard les mêmes effets dévastateurs. Idem pour les offres d’emploi dites « raisonnables ».

Poster un commentaire

Parité et conseils d’administration

Île-de-France : des inégalités de revenus centralisées

Ce site est hébergé par Art is code et propulsé par Wordpress.

Témoignez !

Votre travail vous interpelle, vous choque, vous l’avez vu évoluer et vous souhaitez le raconter, écrivez-moi, votre récit sera peut-être publié.