Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

« Celui qui proteste est convoqué devant trois cadres » 2 commentaires

Illustration Claire Laffargue

Illustration Claire Laffargue

Claire (1), 54 ans, est infirmière dans le même hôpital depuis 34 ans, dans le Sud. Récemment, une restructuration a révélé de nombreux dysfonctionnements. Claire n’en peut plus, et raconte (Episode 3/3).

Quand un soignant essaie de protester, de discuter certaines décisions, la réponse est immédiate : il est convoqué devant trois cadres. On l’accuse de manquer de respect et de compétences, de  »résister au changement », de faire obstacle à toute évolution.
Ensuite, il est  »fliqué ». La direction guette la faute professionnelle. Les menaces sont fréquentes et, depuis quelques temps, la Direction modifie nos planning sans nous en informer. C’est pourtant une obligation pour eux. Il arrive qu’un agent arrive à l’hôpital et soit obligé de rentrer chez lui car son planning a été modifié, ou qu’un agent soit appelé chez lui car il n’est pas présent pour les mêmes raisons. Cette pratique s’est généralisée, mais, comme elle touche les agents les uns après les autres, il n’y a pas eu de protestation globale.
Simplement, je n’ai jamais vu autant de demandes de disponibilité, ni d’arrêt maladie… Plusieurs cadres ont démissionné, refusant de cautionner cette politique. Mais beaucoup d’agents travaillent maintenant sans rien dire, par peur des sanctions et pour garder leur poste.

Encore plus incertain: le contractuel
Il faut dire qu’un nouveau statut est apparu, qui n’existait pas quand j’ai débuté : celui de contractuel. Les agents signent des contrats tous les mois. Au bout de six mois, ils sont assurés de rester à l’hôpital, mais sans connaître la date de titularisation. Cette situation peut durer plusieurs années, sans prime annuelle, ni cotisation retraite. La Direction utilise ces agents précaires pour remplacer à tout va. De jour, de nuit, sur n’importe lequel des cinq sites. Leurs jours de congés sont imposés tous les mois, déplacés au dernier moment. Ils n’ont pas de planning prévisionnel, aucun projet possible. Ils apprennent parfois le jour même où ils sont affectés pour la journée. Ils ne gagnent aucune ancienneté bien sûr, et ne peuvent pas non plus poser leur candidature à un poste fixe même s’il est disponible. Alors, ils se taisent, et acceptent tout. C’est un moyen de pression sur nous aussi, les anciens.

Détruire les équipes
On nous répète que nous sommes titulaires dans l’établissement, mais pas titulaires de notre poste. Autrement dit : si nous nous opposons à un supérieur, nous pouvons être mutés sur un autre poste. Cela arrive d’ailleurs depuis quelques temps. Certains agents ont été déplacés, bien sûr vers les secteurs les moins demandés, et loin de leur équipe habituelle. Sans explication. Cela permet de détruire des équipes soudées, d’instaurer un régime de peur et de stress au quotidien.

Une moindre qualité de soins
Chacun essaie de se faire tout petit pour ne pas se faire remarquer et garder le poste qui lui convient. Les jeunes ne bénéficient plus des formations nécessaires et les cadres essaient de nous mettre en concurrence. Le stress, la peur et le découragement génèrent beaucoup d’agressivité, de conflits, de prises de becs qui polluent l’ambiance et éloignent les soignants les uns des autres. La qualité de soins s’en ressent énormément, qui dépend beaucoup de l’homogénéité, de la solidarité, de l’aide des anciens aux plus jeunes, des travaux de groupe, des projets d’équipe.

Propos recueillis par Elsa Fayner

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(1) Le prénom a été modifié, à la demande de l’intéressée.

Un joli son sur l’avenir de l’hôpital, sur Arte Radio

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Publié dans : À l'hôpital | Témoignages

le 10/02/2009, par Elsa Fayner

2 commentaires

  • Nicole dit :

    Le travail devient de plus en plus difficile et dangereux dans ce secteur, manque de personnel, de plus en plus d’exigences, de protocoles, de papiers de traçabilité, mais de moins en moins de temps pour les relations et les informations aux patients. J’ai commencé en 1976, les locaux étaient plus vétustes, mais le patient était mieux pris en charge dans sa globalité. J’ai un peu peur pour les nouvelles générations de professionnels de santé. Quel avenir ? Le stress, le découragement, le sentiment du travail mal fait…

  • Thomas dit :

    Apres multiples punitions pour avoir dénoncé des maltraitances sur handicapés sur mon lieu de travail, j’ai été mise à la retraite pour invalidité. avec la complicité d’instances officielles qui ont le pouvoir de vous broyer comme elles veulent.

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