Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Le jour où France Télécom a lancé son « crash programme » 4 commentaires

alterecologo220 octobre 2006. Devant des cadres supérieurs, Didier Lombard et les dirigeants de France Télécom annoncent l’accélération de la restructuration de l’entreprise. Mediapart et Santé & Travail s’en sont procuré le compte-rendu. Les propos sont crus, brutaux, martiaux parfois. Relire ce document trois ans et 34 suicides plus tard fait frémir : la tragédie est annoncée…

C’est un document que beaucoup à France Télécom ont oublié mais que Mediapart et Santé & Travail se sont procuré. Il s’agit du compte-rendu très précis de 14 pages (répétitions et maladresses syntaxiques comprises) d’une réunion de cadres supérieurs avec l’état-major de l’opérateur téléphonique, qui s’est tenue le 20 octobre 2006. Il correspond en tous points au compte-rendu mis en ligne à l’époque par le syndicat Sud (disponible sous ce lien).

Dans le petit amphithéâtre de la Maison de la Chimie, à Paris, 200 cadres dirigeants de France Télécom sont conviés par l’Acsed, l’association des cadres supérieurs de France Télécom, réputée proche de la direction. Toute la matinée, ils vont débattre de la « transformation sociale » de l’entreprise avec des invités de marque : le PDG Didier Lombard, en poste depuis 2005 ; son numéro deux, Louis-Pierre Wenes, chargé des opérations en France et redoutable « tueur de coûts » ; le directeur des ressources humaines, Olivier Barberot ; le directeur financier, Gervais Pellissier. La réunion est informelle : pensant (à tort) ne pas être enregistrés, les cadres dirigeants ne prennent pas de gants pour parler de la transformation sociale en cours. Le ton est tranchant, martial parfois. Le DRH tente de galvaniser les troupes avec la métaphore guerrière du « combat ». Dans un langage très cru, les dirigeants de l’entreprise y annoncent l’« accélération » de la vaste restructuration alors lancée depuis quelques mois.

(…)

Didier Lombard se lâche

Le 20 octobre 2006, Didier Lombard est le premier à s’exprimer. Il est en forme, en confiance parmi ses pairs. Après un long développement sur la stratégie industrielle et commerciale, le PDG est interrogé sur l’« équation de l’emploi ». Il se lâche, fustige l’esprit de l’ancienne entreprise publique : « La maison est une mère poule qui récupère les gens y compris en créant des emplois artificiels là où il n’y en a pas besoin. On supprime des fonctions support, une semaine après les personnes concernées sont toutes recasées […]. Il faut qu’on sorte de la position de mère poule. » Le patron se fait menaçant.« Souvent, ils [les salariés]ne veulent pas aller face au client, mais la maison ne survivra pas si les fonctionnels ne veulent pas aller face aux clients. C’est une transformation profonde. Si on n’arrive pas à faire ça, on n’échappera pas à des mesures plus radicales. Pour le moment, je n’en veux pas. Mais si on n’arrive pas à faire ça, je serai obligé d’y venir. » Les règles vont changer, explique Lombard : « Olivier Barberot va vous parler de ce que l’on a en tête. Ce sera un peu plus dirigiste que par le passé. […] En 2007, je ferai les départs d’une façon ou d’une autre. » Et comme si ça ne suffisait pas, Didier Lombard martèle : « Il faut bien se dire qu’on ne peut plus protéger tout le monde. » Quelques lignes plus haut, il évoque « les salariés qui arriveront à suivre la transformation ». Il semble donc déjà persuadé que certains n’y arriveront pas.

Lorsqu’il prend la parole, Olivier Barberot, le DRH, annonce très clairement la couleur : « Le président m’a demandé de présenter lundi au comité de direction générale un « crash programme » pour accélérer ACT. » Et pour ceux qui n’auraient pas saisi, le DRH enfonce le clou : « On ne va plus être dans un discours basé sur un volontariat un peu mou, on va être beaucoup plus systématique. » Les salariés devront« systématique[ment] » s’inscrire aux « espaces développement » censés les reconvertir, à France Télécom, dans la fonction publique ou ailleurs. Une « liste nominative » doit être fixée dans chaque unité. « Quitte à déclencher quelques grincements de dents à partir du mois de novembre en étant plus systématique, plus orienté vers les process, je pense qu’on devrait déjà avoir des résultats sensibles », dit encore Barberot.

Lire l’article de François Desriaux (Santé &Travail) et Mathieu Magnaudeix (Mediapart.fr) sur le site d’Alternatives Économiques.

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Publié dans : Au bureau | France Télécom | Stress, santé

le 19/03/2010, par Elsa Fayner

4 commentaires

  • taichitof dit :

    Bonjour,
    désolé mais pour moi cette article ne prouve rien du tout.
    Vous pouvez voir avec cette source que le nombre de suicides chez France Telecom est dans la moyenne nationale:
    http://fr.wikipedia.org/wiki/France_T%C3%A9l%C3%A9com#La_p.C3.A9riode_actuelle.
    Il est temps que les fonctionnaires et semi-fonctionnaires soit traités comme les employés du privés: gratifiés au mérite et au rendement, non à l´ancienneté. Dans le privé, meme les super manager sont renvoyés s´il ne font pas bien leur boulot. Et désolé je trouve ça normale.
    Cordialement

  • employé du privé dit :

    « Il est temps que les fonctionnaires et semi-fonctionnaires soit traités comme les employés du privés: gratifiés au mérite et au rendement »

    Intéressant.

    Mon dernier entretien de fin d’année a vu mon manager me dire que c’était « injuste » pour mes collègues que mes accomplissements cette année là aient pu être chiffrés et les leurs non (j’avais monté un dossier complet objectif vs réalisations, budget prévisionnel vs budget dépensé).

    Malgré un budget réduit de plus de moitié en un an par mes efforts, je n’ai eu aucune gratification à cause de cette « injustice. »

    On ne doit pas vivre dans le même monde, taichitof : dans le vôtre, les employés du privé sont automatiquement récompensés au mérite.
    Dans le mien, l’ingratitude est une valeur qui monte dans la hiérarchie.

  • taichitof dit :

    Chère « employé du privé »,
    mon commentaire fait réaction à l´article pour dire:
    il est temps que les fonctionnaires fonctionnent au rendement comme dans le privé.

    Et si vous avez été ingratifé, croyez bien que j’en suis désolé.
    On n’a pas toujours ce qu´on mérite, c´est vrai.
    Mais si on n’atteint pas ses objectifs dans le privé, on est rapidement sanctionné, et je ne vois pas pourquoi ça ne serait pas pareil pour les fonctionnaires.
    Cordialement.

  • gardarist dit :

    Je suppose que vous nagez dans le bien être au travail que 50% des salariés ne connaissent pas, qu’ils soient du secteur public ou du secteur privé.
    Renault Technocentre ne semble pas faire partie de la fonction publique et ce sont les méthodes que vous semblez soutenir qui sont à l’origine de ce mal être au travail et de nombreux suicides.
    Nous sommes pourtant des salariés, du privé ou du public, victimes des mêmes maux et ce n’est certainement pas en les généralisant que nous nous en sortiront.

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