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Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Le développement de l’aide à la personne : pour quelle professionnalisation ? 1 commentaire

cereqDepuis une trentaine d’années, le développement de l’aide à la personne est allé de pair avec la
multiplication du nombre de diplômés dans ces professions.
La professionnalisation qui en découle serait en effet le gage de l’émergence de services de qualité. Mais que signifie concrètement se professionnaliser dans des activités de ce type ? Comment la formation s’intègre dans la trajectoire des personnes qui s’y inscrivent ? Quelles représentations professionnelles les intervenants, au sein des lieux de formation, contribuent-ils à forger ? Quelles sont les caractéristiques de la population formée, quelles sont les motifs et les parcours qui les conduisent à ces formations ?
Les populations scolaires et adultes constituent deux publics aux logiques distinctes. Le public en formation initiale est scolarisé dans les lycées professionnels et les adultes sont formés dans des centres agréés. Si le recrutement social de ces formations s’effectue principalement dans les classes populaires, il ne se présente toutefois pas comme univoque. C’est ce dont attestent particulièrement les trajectoires retracées à partir de notices biographiques qui laissent voir une authentique diversité des parcours.
Le public scolaire apparait assez homogène. Il est féminin, âgé de 17 ans, d’origine modeste et il s’est dirigé vers une formation dans le champ des services de l’aide à la personne car, souvent, sa poursuite d’études en filière générale était compromise. Cette relative homogénéité doit être nuancée. Tout d’abord, toutes les formations scolaires proposées dans ce champ ne sont pas équivalentes. Leur offre est inégalement répartie sur le territoire et elles sont plus ou moins sélectives. La filière du BEP Carrières sanitaire et sociale fait ainsi figure, relativement, de filière d’excellence. Ensuite, les raisons conduisant ce public vers ces formations sont diverses. En effet, nous avons pu isoler deux types de parcours : l’un sous contrainte et l’autre par
inclination pour le secteur. Pour le public adulte, deux grands types d’itinéraires sociaux et professionnels, en réalité imbriqués l’un dans l’autre, ont été mis en lumière D’abord, celui des femmes qui viennent d’un autre secteur d’activité ou qui cherchent à s’insérer professionnellement : elles sont en changement de cap. Ensuite celui des femmes qui avaient déjà une expérience de ce secteur et qui cherchent, à travers la formation, à conforter leur emploi et à faire reconnaître leur expérience professionnelle.
Les représentations professionnelles des jeunes sont variables selon les deux types de parcours analysés.
Ces images, ces projections professionnelles, évoluent dans le temps : à l’entrée en formation, suite aux stages ou à l’issue la formation. Les appréhensions initiales des élèves sont plus vite dépassées dès lors qu’ils se sont orientés vers ces formations par inclination, et ceci est encore plus prégnant dans le cas d’une
socialisation familiale.
Les adultes en formation ont généralement du mal à définir le professionnalisme de l’aide à la personne.
Leur intervention, entre accompagnement social, entretien de l’espace domestique, présence physique etc., manque de techniques professionnelles clairement identifiables. La plupart cherchent à acquérir des techniques professionnelles par le biais de la formation, et c’est finalement du côté de pratiques professionnelles observées en institution qu’elles les trouvent.
En outre, les stagiaires en formation semblent constamment éprouver des contradictions entre les théories de l’accompagnement définies par les textes officiels et apprises en formation, et les réalités du terrain. Pour s’imposer en tant qu’intervenantes professionnelles à domicile, elles doivent mettre une distance entre elle et l’usager. C’est cette morale de la distanciation professionnelle, qui leur est enseignée.

Lire l’étude Le développement de l’aide à la personne : pour quelle «professionnalisation» ?, V. Gosseaume, Céreq, Marseille, Net-doc, n° 62, mai, 156 p., (2010).

Lire également Services à la personne : renforcer l’encadrement intermédiaire pour accroítre l’efficacité et l’attractivité des métiers, de Thérèse Bouvier, Nadine Pelvillain et Paul Santelmann

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Publié dans : Services à la personne

le 1/06/2010, par Elsa Fayner

1 commentaire

  • Brooks dit :

    Le développement des services à la personne via la professionnalisation, certes, mais ne faut-il pas aussi -et surtout- prendre en compte les réalités des structures du secteur dans leur diversité ? Auto-entrepreneurs, associations, micro-entreprises agissent parfois sans aucun contrôle, employant des salariés en position de faiblesse : sans-papiers, sans diplômes, etc et les exploitent honteusement.
    Cette professionnalisation ne passe-t-elle pas d’abord par une grande réforme de ces structures qui en uniformise les droits et surtout les obligations (vis à vis des salariés comme des clients) et met en place de réels contrôles (ce qui n’est pas le cas actuellement), Pour l’instant, la réalité est surtout un secteur de plus en plus dérégulé,+

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