Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

« Chauffagiste, il ne devait être exposé ni au froid, ni au chaud » O commentaire

mainkiecritChronique de Marielle Dumortier, médecin du travail, auteure de Mon médecin du travail.

Joseph travaille depuis de très nombreuses années comme chauffagiste dans une grande entreprise. Il tombe brutalement malade, et s’arrête six mois.
Dés qu’il reprend son travail, il se plaint à son chef de ne pas se sentir très bien. Il décrit des malaises, quand il travaille sur les chaudières.
Le chef inquiet -Joseph lui a dit qu’il était malade du cœur- décide aussitôt de le muter dans l’unité dont je suis le médecin du travail, car cette unité vient d’être totalement refaite : tout le matériel est neuf, les locaux sont climatisés, sans bruit… bref le travail y est moins pénible.
Joseph travaille dans cette nouvelle unité depuis cinq jours lorsque je le vois en visite de reprise de travail.

Un défibrillateur cardiaque implanté

Il est âgé de 53 ans, il est turc et maîtrise mal le français. Je ne le connais pas.
Par chance, il vient avec la totalité de son dossier médical et avec les doubles des correspondances adressées à son médecin traitant. Aucun courrier n’est destiné au médecin du travail !!
Je découvre que Joseph a un défibrillateur cardiaque implanté, et que, malgré cet appareil et un lourd traitement médicamenteux, son cœur ne fonctionne pas bien du tout.
Ne connaissant pas bien le fonctionnement de cet appareil dont l’implantation est récente, je décide de ne pas laisser Joseph reprendre son travail et de me renseigner.

Incompatible avec sont travail

Très vite m’apparaît que l’état de santé de Joseph ne lui permet plus d’être exposé aux champs électromagnétiques, qu’il ne doit réaliser aucunes manutentions lourdes, qu’il ne doit ni être exposé au froid, ni au chaud… autant de restrictions d’aptitude qui font que son travail de chauffagiste est impossible à envisager.
Je revois quelques jours plus tard Joseph et lui explique mes conclusions, il est désemparé, il veut travailler. Je décide de faire « une reconnaissance travailleur handicapé », et de prendre tous les contacts nécessaires. Mais, pour tout cela, il me faut du temps. La meilleure solution pour Joseph est donc, pour le moment, de rester en arrêt de travail.

Quelle alternative?

Je contacte le responsable de l’unité, puis le DRH. Une réunion à trois est organisée : le responsable de l’Unité pense qu’il est possible de créer un poste purement administratif pour ce salarié mais uniquement sur un mi temps.
Dans l’immédiat, une reprise en mi temps thérapeutique est tentée sur cet emploi. Si tout se passe bien, une invalidité première catégorie sera par la suite demandée.
J’ai revu Joseph un mois après sa reprise du travail : il va bien, il est heureux dans ses nouvelles fonctions qui allégent le travail des collègues, tout le monde y trouve son compte !
Que de temps perdu et de stress pour Joseph et l’entreprise ! Tout cela aurait pu être évité si Joseph était venu voir le médecin du travail dans le cadre de la visite de pré reprise, cette visite qui a lieu pendant l’arrête de travail permet d’avoir le temps d’organiser correctement la reprise du travail.

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Publié dans : Au bureau | Témoignages

le 7/09/2009, par Elsa Fayner

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