Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Le boulanger était allergique à la farine 4 commentaires

mainkiecrit3Chronique de Marielle Dumortier, médecin du travail, auteure de Mon médecin du travail.

Quentin est  âgé de 16 ans et demi lorsque le vois courant septembre 2005 en visite d’embauche pour un contrat d’apprentissage comme boulanger. Il ne présente aucun antécédent médical, son examen clinique est normal. Je le mets donc « apte » à remplir cette fonction.
Je revois ce jeune homme début janvier à la demande de son employeur : il trouve que ce salarié est beaucoup trop souvent en arrêt maladie, qu’il a fait faux bond pour les fêtes, que cela pose de gros problèmes dans cette petite entreprise, qu’on compte sur lui, qu’il est bien comme tous les jeunes de maintenant, qu’il ne veut rien faire…

Un boulanger allergique à la farine

Lorsque je revois Quentin, il est triste, il sait que son patron est mécontent, il ne sait pas quoi faire. Il me confirme qu’il s’est arrêté souvent, jamais longtemps, deux ou trois jours à chaque fois, mais que ce n’est pas de sa faute s’il est malade….
J’examine le jeune garçon et diagnostique un asthme.
Je l’interroge sur la survenue des crises : « ça va bien le week-end, et les semaines où je vais à l’école ». Je pense à un asthme allergique, dû à la farine, maladie professionnelle fréquente dans cette profession.
Début février, je revois Quentin avec les résultats d’un test allergique : allergie à la farine.

Une mère qui décide

Se pose alors clairement le problème de l’aptitude à son poste de travail. J’explique à ce jeune homme qu’il lui faut envisager de changer de métier. Il se met à pleurer m’expliquant que c’est qu’il a toujours voulu faire, qu’aucun autre métier ne lui plait.
Devant son très grand désarroi, je décide de reculer le moment de l’inaptitude. J’explique à Quentin qu’il doit réfléchir à tout ce que nous nous sommes dit, qu’il doit en parler avec ses parents, son médecin, ses professeurs… et que nous nous reverrons dans une quinzaine de jours. En attendant il doit prendre très régulièrement son traitement.
Le lendemain, sa mère me téléphone, furieuse : « il est hors de question que mon fils change de métier, c’est ce qui l’a toujours voulu faire, et puis c’est dur de trouver un patron. De toute façon, c’est moi qui décide… »

Un reclassement écarté

Je revois Quentin début mars, il vient seul, très agressif, m’explique que maintenant il va bien, ce que je conçois tout fait puisqu’il est traité correctement. Son auscultation clinique est normale.
Néanmoins, je lui  confirme que son asthme a de grands risques de s’aggraver avec le temps, qu’à son âge il doit revoir son orientation professionnelle, ce sera beaucoup plus difficile pour lui dans quelque s années… Je lui parle de maladie professionnelle, de reclassement….
Mais il a décidé de poursuivre ce métier, un point c’est tout.
Je lui explique que je comprends sa détresse, mais que je ne le laisserai pas poursuivre son apprentissage dans ce métier qui va abîmer sa santé.

Une cuisine sans farine

Trois mois s’écoulent, Quentin a été de nouveau malade. Il a arrêté spontanément son traitement. Il vient cette fois avec sa mère, qui s’excuse de toute son agressivité. Elle me demande de l’aide, elle a compris que l’exposition à la farine ne convenait pas du tout à son fils.
De plus, elle a été convoquée au lycée professionnel de Quentin pour les absences nombreuses du garçon. Elle a rencontré à cette occasion un conseiller d’orientation qui a proposé une nouvelle orientation dans l’établissement : Quentin va pouvoir poursuivre son apprentissage comme cuisinier.
Je mets Quentin en inaptitude à son emploi de boulanger.

Hier, j’ai revu Quentin en visite d’embauche pour un emploi de chef cuisinier dans une cantine scolaire. Il m’a tout de suite reconnue et m’a rappelé son histoire. C’est maintenant un homme en pleine santé, qui ne prend plus de médicament, et ravi de faire ce métier.

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Publié dans : Au magasin | Au resto, à l'hôtel | Témoignages

le 25/02/2009, par Elsa Fayner

4 commentaires

  • bertrand dit :

    c’est bien, Quentin a 16 ans, facile de changer de formation
    que puis-je faire moi qui aime ce metier et est de tout facon trop vieux pour entamer une nouvelle carrière dans un nouveau dommaine

    HELP !

  • francine dit :

    Bonjour, mon fils qui a 15ans est en apprentissage en boulangerie, cela fait deux semaines qu’il est chez son patron et deux semaines qu’il est malade , j’ai pris rv pour des tests allergique, on verra bien, mais mon fils ne veut rien faire d’autre , cela va etre difficile si il doit arreter son apprentissage.

  • Simon LEVY dit :

    Bonjour,
    effectivement, pour un (ou une) jeune boulanger(e), il est préférable d’envisager une réorientation. Ergothérapeute spécialisé dans les situations de handicap en entreprise, j’ai réalisé un gros travail pour un jeune homme (26 ans à l’époque) qui souhaitait rester dans le métier. Les solutions techniques existent pour permettre l’exercice du métier. 25 % des boulangers sont concernés. L’AGEFIPH peut financer les aménagements nécessaires. Chaque situation étant particulière, seule une étude spécifique permet de définir les aménagements nécessaires pour un individu, dans sa boulangerie.
    N’hésitez pas à me contacter.

  • rose-marie dit :

    moi je suis vendeuse en boulangerie j ai 51 ans allergique a la farine aussi je voudrais bien changer de travaille mais qui va me prendre a mon age

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