Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog d'Emmanuel Franck, Eric Béal, Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

L’avenir des syndicats réformistes : la révolution culturelle ? O commentaire

Après la publication de deux tribunes différentes dans Les Echos, puis dans Libération, les leaders syndicaux les plus réformistes (CFDT, Unsa, CFTC) ont répondu à l’invitation de la fondation Jean Jaurès  qui s’interrogeait sur la meilleure façon de « Réussir le dialogue social en France », mardi 17 avril 2018. Après avoir expliqué (voir : Les syndicats réformistes se rebiffent) que le gouvernement fermait la porte à la démocratie sociale, ils ont abordé les moyens de l’imposer en passant par la fenêtre. 2/2

Laurent Berger (CFDT) se félicite du renforcement du dialogue social dans les branches et les entreprises. « C’est là que l’on peut renforcer notre présence et améliorer notre proximité avec les salariés. Parler travail, conditions de travail et qualité de vie au travail (QVT). Cela donne des opportunités de développement à condition d’accompagner nos militants de terrain. Le patron de la CFDT  se montre néanmoins prudent. « Le rapport de Jean-Denis Combrexelle indiquait que l’on peut toujours mettre de nouvelles règles en place, mais qu’il n’est pas possible de légiférer sur le comportement des acteurs. L’orientation des ordonnances est plutôt bonne sur ce point, mais encore faut-il que les élus du CSE aient les moyens de jouer pleinement leur rôle. »

Multiplier les adhésions

Et de regretter que le CSE soit imposé de façon contrainte à toutes les entreprises. « C’est une erreur. Cela pouvait se faire par accord majoritaire dans chaque entreprise. De la même façon, je ne suis pas d’accord avec la possibilité d’une décision unilatérale de l’employeur dans les TPE, même ratifiée par référendum. » Lucide, Laurent Berger considère que le gouvernement profite des faiblesses syndicales. « L’absence des syndicats dans les petites entreprises n’est pas glorieuse. Et la décision unilatérale de l’employeur n’a pas fait hurler le conseil constitutionnel. »

« Par ailleurs, sans être anti Medef, je m’inquiète sérieusement quand je vois que la campagne pour l’élection du nouveau président se déroule sur fond de propositions les moins-disantes possible concernant la participation de l’organisation aux négociations sociales interprofessionnelles », ajoute le cédétiste. « Sur le travail, l’emploi, la protection sociale, les organisations syndicales sont capables de mettre des propositions valables sur la table. A condition que la conclusion de la négociation n’arrivent pas avant la négociation. Alors, c’est vrai que nous avons en face de nous des interlocuteurs qui ne sont pas de grands adeptes du dialogue social. Mais ça n’est pas nouveau. A nous de nous adapter. »

« La question est donc : comment pouvons-nous nous renforcer pour améliorer le rapport de force en notre faveur ? Et bien cela passe par augmenter le nombre de nos adhérents et par améliorer et multiplier nos propositions. Des syndicats, les salariés attendent des résultats, de prendre en compte le réel, de discuter avec l’employeur, d’intervenir pour obtenir une meilleure distribution de la valeur ajoutée entre le capital et le travail, et d’obtenir des droits nouveaux, valables également en dehors de l’entreprise. » Une position entièrement partagée par Luc Berille (Unsa) qui ajoute que c’est aux syndicats réformistes de prouver leur valeur ajoutée. « L’enracinement chez les salariés se concrétise grâce aux preuves de notre utilité.

Modernité, services publics et courage politique

Même situation dans les fonctions publiques pour le patron de l’Unsa, un syndicat qui est né dans le giron du public avant de s’implanter dans le privé. « Les mécontentements se multiplient dans les fonctions publiques. Le programme présidentiel prévoit des suppressions d’emplois de façon quasi automatique. Or il serait souhaitable de discuter d’abord sur les missions de service public et d’intérêt général. Si le gouvernement veut réduire les services publics, il doit préciser qui rendra ces services dans l’avenir, combien cela va coûter et qui paiera. »

Pour les trois représentants syndicaux, il y a un débat politique à mener sur l’avenir des services publics. « Quand on leur pose la question, nos interlocuteurs au gouvernement sont d’accord, précise Luc Bérille. Mais personne ne s’aventure à mettre ces questions sur la table de négociation. Or la modernité, c’est assumer la complexité en étant capable d’écouter ceux qui font la société sur le terrain. Car pendant tout ce temps, les problèmes continuent. Pensez aux hôpitaux, à la SNCF, aux universités… Le 22 mai 2018 – jour de l’appel à la grève de tous les syndicats de la fonction publique – devrait permettre de mesurer le malaise actuel. »

Un syndicalisme de services

Admettant que les salariés ont une vision souvent sévère des organisations syndicales, les trois syndicalistes ont fini leur intervention en admettant que leur organisations devait évoluer pour « donner envie aux salariés de s’emparer du syndicalisme ». « Le monde change, mais le syndicalisme n’a pas bougé. L’organisation de la section syndicale dans l’entreprise n’a pas évolué depuis 50 ans. Il faut sans doute que nous réfléchissions à son évolution », s’aventure Philippe Louis (CFTC). Autre piste évoquée par les uns et les autres : « apporter plus d’aide à leurs délégués syndicaux et plus de services à leurs adhérents ».

Des propositions qui restent pour le moment assez générales et imprécises. Le « syndicalisme de service » a notamment été essayé par certains syndicats CFE-CGC, sans rencontrer un grand succès. Il est vrai que cette démarche va totalement à l’encontre de la culture syndicale française. Contrairement à ce qui se passe en Belgique et surtout aux Etats-Unis, les syndicats français défendent tous les salariés, sans faire de distinction entre syndiqués et non syndiqués. Tandis que les syndicats belges et surtout américains ont le sens du service bien compris aux adhérents qui paient leur cotisation. L’avenir du syndicalisme réformiste passerait-il par une révolution culturelle ?

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Publié dans : À la une | Actualité | Syndicats

le 22/04/2018, par Eric Béal

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