Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

L’art de ne rien dire : rencontre avec Jean-Claude Mailly O commentaire

Couverture Le livre noir des syndicatsPendant un an, Erwan Seznec et moi-même, la rédactrice de ce blog, Rozenn Le Saint, avons enquêté sur un monde syndical en pleine dérive.

Avant la parution du Livre noir des syndicats le 12 mai, nous raconterons les coulisses des interviews de leurs patrons, visiblement inconscients du naufrage de leur institution. Premiers florilèges avec Jean-Claude Mailly, à la tête de FO.

Le livre noir des syndicats ne contient pratiquement aucune citation de Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force Ouvrière (FO). Il nous a pourtant accordé un entretien. Celui-ci devait durer une heure, il s’est éternisé près de deux heures.

Langue de bois calculée

Comme à l’accoutumée, Jean-Claude Mailly a été vif, cordial, disponible, généreux en anecdotes. Le 24 novembre 2015, en sortant de son grand bureau, sur le trottoir de l’avenue du Maine où FO a son siège, nous étions plutôt satisfaits. C’est à la relecture que le problème est apparu. Jean-Claude Mailly n’avait rien dit. En tout cas, rien de neuf.

Avec toutes les apparences de la spontanéité, sous la forme d’une conversation libre, il n’avait pas dévié un seul instant des positions officielles affichées par la confédération.

Qu’il s’agisse du financement des syndicats, des dérives du paritarisme, de la coupure avec la base, de l’entrisme des islamistes radicaux ou de l’immigration, les positions en question sont, pourtant, en général, assez frustrantes, Force Ouvrière se cantonnant à des déclarations de principe en esquivant les points embarrassants. Il faudra s’en contenter.

Ancien responsable des relations presse

Jean-Claude Mailly est âgé de 63 ans. Il milite à Force Ouvrière depuis 1978. Il dirige la confédération depuis 12 ans. Auparavant, il était responsable des relations avec la presse. L’interview est un exercice auquel il est parfaitement rodé. Il contrôle sa parole, jusqu’à l’adjectif le plus insignifiant.

S’il ne demande pas à relire la restitution de ses paroles, c’est parce qu’il sait que c’est inutile. Il ne s’est pas exposé. Pourquoi le ferait-il, d’ailleurs ? On regrette souvent d’avoir parlé, on regrette rarement de s’être tu.

Des dirigeant du Front national ont souvent dit qu’ils considéraient Force Ouvrière comme l’organisation la plus compatible avec les prises de position du FN. Quel intérêt Jean-Claude Mailly aurait-il à commenter ? Force Ouvrière est neutre vis-à-vis des partis, Force Ouvrière est attaché aux idéaux républicains. Vous dite que le FN déroge à ces idéaux ? Jean-Claude Mailly vous laisse la responsabilité de vos propos.

3 ans de travail avant FO, 4500 euros nets par mois

Il est le pur produit du syndicat, ayant seulement connu le monde professionnel de 1978 à 1981, en tant que chargé d’études à la Caisse nationale de l’assurance maladie (Cnam). De ces trois petites années d’activité professionnelle, il a surtout hérité du salaire, de 4 500 euros nets par mois.

Attaqué sur sa méconnaissance du monde du travail, le vrai, il dégaine la même défense que les politiques, autres bêtes de communication :

« Je passe au moins deux jours par semaine sur le terrain, à visiter les entreprises. »

Assimiler cette attitude à une forme de couardise serait une erreur. Le poste de Jean-Claude Mailly est exposé. Il doit composer avec de nombreux adversaires qui guettent ses faux pas, y compris à l’intérieur de la confédération.

Esquive

Il est en négociation quasi-permanente avec le gouvernement, avec le patronat et avec les organisations adhérentes de Force Ouvrière.

Quand la confédération décide de monter au front (contre la loi El Khomri, par exemple), Jean-Claude Mailly a les coudées franches et peut exprimer des positions nettes. Quand ce n’est pas le cas, Jean-Claude Mailly esquive.

Pour répondre aux questions, Il puise dans le vaste réservoir de banalités et de généralités que son expérience lui a permis d’accumuler. Résultat, des entretiens d’un ennui insondable, à la radio ou en presse écrite, pendant lesquels un journaliste tente d’arracher à un interlocuteur qui s’y refuse un propos saillant, un mot original, quelque chose qui fera date. Peine perdue.

  • Journaliste indépendant, Erwan Seznec a passé huit ans à Que choisir. Il a notamment participé à l’Histoire secrète du patronat.
  • Journaliste spécialisée dans le domaine économique et social, Rozenn Le Saint collabore régulièrement à Marianne, Liaisons sociales et Santé & Travail.

 

Be Sociable, Share!

Publié dans : Actualité

le 13/04/2016, par Rozenn Le Saint

Poster un commentaire

Parité et conseils d’administration

Île-de-France : des inégalités de revenus centralisées

Ce site est hébergé par Art is code et propulsé par Wordpress.

Témoignez !

Votre travail vous interpelle, vous choque, vous l’avez vu évoluer et vous souhaitez le raconter, écrivez-moi, votre récit sera peut-être publié.