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Chroniques de l'humain en entreprise Le blog d'Emmanuel Franck, Eric Béal, Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

L’apprentissage devient une réalité pour les migrants (paru le 15/09/2019 dans Inffo formation) O commentaire

La France voit arriver chaque année davantage de mineurs isolés
étrangers dont certains entrent en apprentissage. Les CFA d’accueil
se sont réorganisés en conséquence. Trois d’entre aux exposent
ici les solutions qu’ils ont mises en oeuvre et témoignent des qualités
de ces jeunes étrangers.

Par Emmanuel Franck

Du Mali, du Sénégal, de Guinée, d’Afghanistan, du Bangladesh… Trois CFA situés dans le Morbihan, l’Eure et les Hauts-de-France forment désormais des migrants. Ces “mineurs non accompagnés étrangers” (migrant n’étant pas une catégorie administrative) ont pour point commun d’avoir moins de 18 ans ; de venir d’un pays étranger ; d’être sous la responsabilité du Département ; de disposer d’une autorisation de travail (délivrée par le Département) ; d’être apprentis, en général dans la restauration et le bâtiment, et d’être très motivés.
Leur nombre a progressé au fil des années, au point que ces CFA ont dû adapter leur offre de formation. Ainsi, le CFA de la Chambre de métiers du Morbihan, situé à Vannes, a inscrit un mineur non accompagné (MNA) en 2014, 17 nouveaux en 2015, 27 en 2016, 51 en 2017, et 35 en 2018. Au total, ce CFA comptait 60 MNA en 2018. Cela ne représente que 4 % de ses effectifs, mais concentrés dans les filières cuisine et boulangerie.
Regroupement
“Les deux premières années, les MNA étaient mélangés avec les autres apprentis, ils bénéficiaient d’un accompagnement en français et ils étaient dispensés de certaines matières”, raconte Bertrand Pério, responsable pédagogique du CFA de la Chambre de métiers du Morbihan. Depuis 2016, les cours de français sont dispensés par l’Université de Bretagne Sud. Les MNA francophones sont aussi concernés, car “ils ne maîtrisent pas toujours l’écrit, or les enseignements et les examens sont souvent écrits”, explique Bertrand Pério. À partir de 2016, l’augmentation du nombre de mineurs isolés étrangers “a eu un effet sur la capacité d’enseignement des professeurs”, déclare-t-il.

Aussi, en 2017, le CFA a décidé de regrouper les MNA. Il compte aujourd’hui deux classes de CAP cuisine et une classe de CAP boulangerie exclusivement composées de MNA. “Il a fallu créer un dispositif équilibré, permettant aux MNA d’étudier dans de bonnes conditions mais sans que cela impacte le parcours des autres apprentis”, analyse
rétrospectivement Bertrand Pério.
Trouver des CFA d’accueil
Confronté au même phénomène, le CFA interconsulaire de l’Eure (CFAIE) situé à Val-de Reuil, a mis en place des CAP en trois ans pour les MNA : 60 en 2018-2019. La première année est consacrée à l’apprentissage du français (22 heures par semaine) et au travail en entreprise. À cette fin, le CFAIE a embauché une formatrice au français langue étrangère (FLE). “C’était une demande des collègues, qui étaient démunis devant le nombre de MNA”, explique Karima Gomez, qui enseigne le FLE à 35 jeunes étrangers. “Cela permet aux MNA d’aborder leur première année de CAP dans de meilleures conditions.” Ils sont ensuite mélés avec les autres apprentis en cuisine, boulangerie et mécanique automobile.
Cette augmentation du nombre de MNA dans les CFA s’explique par des raisons géopolitiques mais aussi par une “structuration de l’offre d’accompagnement dans les Départements”, analyse Bertrand Pério. Pour encadrer les MNA, certains Départements font appel à des associations qui, au fil du temps, repèrent les CFA susceptibles d’accueillir les mineurs. Ces derniers peuvent aussi être adressés aux CFA de l’Éducation nationale. Leur apprentissage est hypothéqué par l’accès à des papiers, assez compliqué.
Choix des filières
Le choix des filières “dépend des structures d’accompagnement et de l’offre d’apprentissage sur le bassin d’emploi”, selon Bertrand Pério. Les mineurs
étrangers sont adressés à son CFA essentiellement par Les Apprentis orphelins d’Auteuil. Or, ces derniers sont installés dans les centres-villes et sont donc plus proches des entreprises de restauration que de celles du bâtiment, par exemple. Le choix du métier relève des compétences du jeune lui-même. En général, il travaille en cuisine, plus accessible que le service en salle pour quelqu’un qui ne parle pas le français.
Selon ces CFA, ces mineurs isolés étrangers sont des apprentis modèles. “Ils n’attendent que de travailler et sont prêts à faire des kilomètres à vélo pour cela. Pour avoir traversé la mer en bateau, ils n’ont pas le même rapport à la mobilité que les autres apprentis”, témoigne Sabine Briendo, coordinatrice du dispositif “Initiative pour l’emploi des jeunes” (IEJ) pour les Hauts-de-France – qui intervient notamment au CFA Jean-Bosco. L’IEJ est un programme européen visant à intégrer des jeunes en difficulté dans le marché du travail, notamment les MNA. 51 étaient dans ce programme dans les périmètres de Bailleul, Armentières et Arras (Hauts-de-France) l’année dernière. 20 d’entre eux ont signé un contrat d’apprentissage, majoritairement dans la restauration et le bâtiment. 28 ont repris une scolarité, et trois sont toujours en accompagnement.
Karima Gomez confirme la qualité de ces élèves, de même que Bertrand Pério. “Ces jeunes ont une relation au maître telle qu’elle existait encore en France il y a quelques années. Ils ont une grande capacité à reproduire des gestes. Ils sont très bien intégrés dans leur entreprise et ne connaissent pas de rupture de contrat de travail”, déclare ce dernier.

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Publié dans : À la une | Actualité

le 7/11/2019, par Emmanuel Franck

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