Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

L’American dream: remettre l’Amérique au travail O commentaire

Bill Clinton avait promis « la fin à l’aide sociale telle que [les Américains] la connaissent ». En 1996, il signe le Personal Responsability and Work Opportunity Reconciliation Act, une loi qui modifie en profondeur le filet de sécurité mis en place en 1935 aux États Unis avec la Sécurité Sociale. Désormais, les allocations seront soumises à contrepartie, essentiellement en travail, limitées dans le temps et gérées par les États, selon leur bon vouloir. Objectif affiché : remettre les allocataires au travail.
Débutent pour Jason DeParle, qui couvre la politique sociale pour le New York Times, sept années d’enquête pour savoir ce qui s’est passé ensuite, des ghettos de Milwaukee aux antichambres du pouvoir à Washington. Le journaliste, finaliste du prix Pulitzer à deux reprises, se concentre sur trois femmes noires –majoritaires chez les allocataires- formant une famille au sens large, inséparables, avant de suivre des trajectoires différentes. La pragmatique Angie, la timide Jewell et la séductrice Opal. Mais également leur famille, leurs amis, amants, patrons, et les travailleurs sociaux qui les suivent. Pour saisir au plus concret, au plus vivant, les conséquences de la mesure.
Aux Etats-Unis, personne ne vit uniquement de l’aide sociale. Alors les trois femmes alternent les périodes de petits boulots, les passages au foyer pour s’occuper des enfants dont le père est parti, et les mises en ménage plus ou moins heureuses. C’est l’équation qui leur permet de survivre : emploi, allocations, revenus du compagnon. La réforme vient perturber le précaire équilibre. Pas tout de suite, certes. Car les premières années s’avèrent assez rassurantes pour le pays : davantage de travail, moins de prestations, un taux de pauvreté en déclin. Les difficultés arrivent ensuite, avec des milliers de ménages qui se retrouvent sans-abri. Car il manque un volet à la réforme. « Rien n’oblige les États à fournir la moindre assistance, ni formation, ni garde d’enfants, ni moyens de transports, c’est-à-dire aucun des services que les défenseurs de cette loi considéraient comme nécessaires », constate DeParle. « Remettre les gens au travail était une possibilité, pas une obligation. L’objectif final était de les faire renoncer à leurs allocations ». Ce sera le cas de neuf millions de personnes.
Parmi elles, Jewell, considérée par l’assistante sociale comme « peu motivée » pour trouver un emploi. De fait, elle en exerce déjà un, non déclaré. « L’idée que le travail et l’aide sociale puissent s’exclure mutuellement –hypothèse au cœur du débat public- n’avait pour elle aucun sens », commente DeParle. Pourtant, Jewell se débrouille comme elle peut, Angie aussi, posant un pied sur le premier échelon de l’emploi stable. Leurs revenus s’améliorent légèrement mais pas assez pour que leur niveau de vie change. Les enfants, en revanche, laissés à eux-mêmes, s’éloignent de l’école. Quant à Opal, incapable de travailler, elle sombre peu à peu dans une déchéance tragique.
Pendant ce temps, DeParle ne cesse d’arpenter les couloirs des administrations, d’interroger les responsables, de plonger dans l’historique des politiques sociales, d’analyser les résultats chiffrés. Pour comprendre les enjeux nationaux. Il en tire une enquête de cinq cents pages, alliant pragmatisme et théorie politique, clarté et rigueur, une enquête unique et dont on aimerait lire un jour la variante française.

American dream : trois femmes, dix enfants et la fin de l’aide sociale aux Etats-Unis, de Jason DeParle, éditions du Panama, 500 pages, 25 euros, 17 août 2006.

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Publié dans : Culture

le 17/11/2008, par Elsa Fayner

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