Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

La triche d’Amazon sur les accidents du travail 4 commentaires

AmazonLe numéro un mondial du e-commerce a été pris en flagrant délit d’une fraude visant à faire baisser ses statistiques élevées d’accidents du travail (AT) et, par là même, à économiser la contribution de l’entreprise à l’indemnisation des AT-MP.

La multinationale s’est faite épingler par le journaliste Jean-Baptiste Malet, qui s’était déjà infiltré en 2012 dans l’armée d’Amazoniens afin de raconter les conditions de travail dans les entrepôts. Le 18 mai, son enquête a fait la une du journal L’Humanité, qui titrait : « Après la fraude fiscale, Amazon triche sur les accidents du travail ».

Pression de la direction

Sur le site de Sevrey, (Saône-et-Loire), la direction aurait rédigé une déclaration mensongère à la Sécurité sociale après qu’un salarié eut fourni un certificat de son médecin constatant une maladie professionnelle.

Plus globalement, selon Sébastien Boissonnet, représentant CGT au CE d’Amazon:

« Il arrive fréquemment que les salariés qui vont à l’infirmerie suite à un accident du travail ne le déclarent pas sous pression de la direction. »

Une prime en fonction des accidents du travail

D’autant que jusque l’an dernier, le faible nombre d’AT, entre autres indicateurs, donnait droit à une prime particulière. « Nous nous sommes toujours opposés au fait que les AT entrent en compte comme objectif de performance, les salariés n’en sont pas responsables, s’insurge le militant. Cela fait toujours partie des objectifs des directeurs de site. »

Soucieuse de son image, la direction d’Amazon a ouvert les portes de son usine modèle de Montélimar (Drôme) à Liaisons sociales magazine On y découvre un entrepôt grand comme cinq terrains de foot, situé dans une zone industrielle, avec de faux airs de bibliothèque géante. Côté chiffres, en revanche, rien à attendre de l’état-major.

Celui-ci verrouille toujours tout accès aux informations essentielles, qu’il s’agisse du chiffre d’affaires en France, du turnover, du taux d’absentéisme ou encore de la productivité exigée des troupes.

À la tête du groupe en France, Romain Voog, un quadra venu de la grande distribution. Installé dans les bureaux de Clichy (Hauts-de-Seine), où travaillent 500 cadres dans une ambiance de start-up avec fruits à volonté et baby-foot à la pause-café, ce patron est plus habitué à l’ambiance cols blancs qu’aux gilets de sécurité fluo des salariés sur le terrain, le floor en langage amazonien.

Travail à la chaîne, le bruit et le froid en moins

D’ailleurs, les quelque 4 000 amazoniens qui travaillent dans les entrepôts le connaissent seulement de nom. Contrairement à Nicolas Kroupkine. Directeur du premier site implanté en 2007 dans l’Hexagone, à Saran (Loiret), celui-ci tient les rênes de toute la partie industrielle et logistique.

C’est en fait lui qui donne le la de la politique des ressources humaines à mener dans chaque entrepôt : chaque DRH de site dispose de peu de marge de manœuvre pour gérer le personnel, des opérateurs à 80 %.

Des salariés qui empaquettent, des chariots, scannent, pointent… Au milieu d’immenses rayonnages, sur lesquels des DVD de Beethoven côtoient des boîtes de cow-boys Play mobil. Bienvenue dans l’entrepôt Amazon de Montélimar ! Ici, on travaille à la chaîne comme dans n’importe quelle usine, le bruit et le froid en moins.

Des objectifs et des smiley

À l’entrée, un panneau félicite les employés de la semaine particulièrement productifs. Car les opérateurs sont clairement poussés au chiffre. Le scanneur avec lequel ils répertorient chaque entrée et sortie d’article les flique.

Sonia Douroi, déléguée syndicale CGT, relativise:

« Si on veut aller aux toilettes dix minutes, il suffit de déconnecter le scan. Ce qui n’est pas possible dans toutes les usines. »

Sur les panneaux d’affichage, des smileys souriants verts sont accolés aux objectifs quand ils sont atteints. Ce jour-là, l’équipe y est presque, à… 99 %. Un smiley rouge, et mécontent, apparaît sur le tableau.

La suite est à lire sur le site de Liaisons sociales magazine

Be Sociable, Share!

Publié dans : Actualité

le 26/05/2015, par Rozenn Le Saint

4 commentaires

  • Eole dit :

    La minimisation des accidents du travail (AT) se pratique également chez un constructeur automobile que je ne citerai pas. La direction de l’usine met en œuvre une politique préventive de sécurité, ce qui est bien.
    Pour afficher de bons résultats d’AT, tant vis-à-vis des autres usines du groupe que du siège et éviter l’augmentation des cotisations d’AT, elle essaie également de limiter les déclarations aux cas les plus flagrants.
    Ce qui se pratique chez Amazon si j’en crois Liaisons sociales, qui est un magazine sérieux, ne m’étonne donc qu’à moitié.

  • Tamara dit :

    C’est tout bonnement scandaleux.

  • Eliette dit :

    C’est , malheureusement, le lot de toute l’industrie. Rien de bien surprenant, ou d’inédit dans la démarche d’Amazon. C’est une organisation leen tout ce qu’il y a de plus standard et d’abrutissant.
    L’intégration du nombre d’AT dans la prime de participation se fait dans la majeur partie des grand groupes industriels, les tableau à l’entrée idem.
    Concernant la minimisation des AT, Michelin a été pointé du doigt en 2012 et d’autre scandales sont à venir.
    Tirer sur Amazon n’a pas vraiment pas beaucoup de sens. Ce qui est scandaleux, c’est la généralisation de ces pratiques dans les entreprises.

  • Je ne suis pas surpris par ces pratiques des grandes marques mondiales…

Poster un commentaire

Parité et conseils d’administration

Île-de-France : des inégalités de revenus centralisées

Ce site est hébergé par Art is code et propulsé par Wordpress.

Témoignez !

Votre travail vous interpelle, vous choque, vous l’avez vu évoluer et vous souhaitez le raconter, écrivez-moi, votre récit sera peut-être publié.