Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

« La Suède ne nous écoute plus » O commentaire

Illustration Claire Laffargue

Illustration Claire Laffargue

Sébastien travaille chez Ikéa depuis 12 ans. Il est assistant-caisse dans le magasin de Paris-Nord, et délégué syndical central FO. Le 5 février dernier, la direction n’a proposé aucune augmentation collective de salaire, et seulement 1,2 % d’augmentation individuelle, au mérite, alors que le chiffre d’affaires du groupe a atteint 2,224 milliards en 2009. La nouvelle a mis le feu aux poudres, les grèves ont débuté.

Ikéa avait des valeurs, avant. Je sortais la restauration rapide, et je cherchais un autre état d’esprit, je n’en pouvais plus de servir de la salade périmée aux clients. Ikéa, c’était justement une entreprise pas comme les autres.
En 1999, par exemple, le fondateur avait partagé les bénéfices de tous les magasins du monde entre ses salariés. Et puis, tous les ans, le magasin offrait une fête somptueuse pour Noël, c’était magique.

La fête est finie

Mais, depuis l’année dernière, les fêtes, c’est terminé. Finies aussi les promotions sociales dans l’entreprise. Plus personne n’est à l’écoute des salariés, le respect de l’humain a disparu. Il y a quelques mois, un responsable m’a même refusé d’apporter un verre d’eau à une salariée qui terminait le Ramadan.

Le travail s’intensifie

En CDI, sur un vieux contrat de 27 heures par semaine, je touche 1298 euros brut par mois. Avec douze ans d’ancienneté. Depuis deux ans, nous nous battons pour que les salaires augmentent,.
Nous nous également contre la modulation du temps de travail, car elle permet de nous faire travailler parfois 9 heures par jour, et de faire disparaître les heures supplémentaires. Pendant que les effectifs diminuent dans le magasin, alors qu’il y a de plus en plus de clients et que les objectifs augmentent. La direction nous répond que c’est la crise, qu’il n’est plus possible d’embaucher, tandis qu’elle multiplie les caisses automatiques.

La contestation se réveille

La Suède ne nous écoute pas. Elle ne nous écoute plus. Nous avons compris que le dispositif Voice, mis en place dans tous les magasins pour que les salariés expriment leurs envies, leurs demandes, ne donne lieu à aucune amélioration. C’est une manière au contraire de tuer la revendication

Le pacte est rompu

Le décalage est devenu trop grand entre les principes affichés partout et la réalité. Partout, des affiches nous rappellent qu’il faut s’entraider, échanger, exprimer ses idées. Alors que les réunions d’équipe disparaissent et que le travail s’intensifie… Ces affiches, c’est du rêve, de la communication. Rien de plus désormais. Ikéa, c’est devenu une usine.

Propos recueillis par Elsa Fayner

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Pour aller plus loin

Ikéa en chiffres

Pas facile de comprendre la structure d’Ikéa. Fondé en 1943, le groupe Ikéa gère toutes les activités: le groupe industriel Swedwood, les divisions de distribution et d’entreposage, et les entreprises qui possèdent les différents magasins dans le monde. En 1982, la fondation INGKA a été créée. C’est elle qui détient le groupe Ikéa désormais, et INGKA Holding BV est devenue la société mère de toutes les sociétés du groupe. L’une comme l’autre ont leur siège aux Pays-Bas.
Le groupe compte aujourd’hui 300 magasins dans 27 pays, et emploie 123 000 salariés, indique l’entreprise. Meubles Ikéa France a ouvert 26 magasins, qui font travailler 8 800 salariés.
La société n’est pas cotée en Bourse, « parce que la fondation souhaite conserver toutes les parts », commente l’entreprise. Seul son chiffre d’affaires est donc communiqué : 2,224 milliards en 2009, +7% en un an. Les bénéfices, eux, restent confidentiels. L’entreprise annonce simplement 200 millions d’investissement en France en 2010, 120 millions environ pour ouvrir de nouveaux magasins, et 80 millions pour réaménager les magasins existants.
Le salaire moyen, en France, pour les employés s’élève à 1530 euros brut par mois pour 35 heures de travail par semaine, et à 1445 euros brut par mois pour 33 heures de travail, contre 1342 euros en 2007.

En France, le turn-over s’élève à 14% des effectifs, et le taux d’absentéisme à 13,7%. Enfin, lorsqu’un magasin ouvre ses portes, 80% des responsables sont issus des magasins existants, par promotion interne.

Ancienneté moyenne : 5 ans
Age moyen : 31 ans
Taux de partiel fin 2009 : 26, 5 %
Taux de CDD fin 2009 : inférieur a 5 %

E.F.

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Publié dans : Au magasin | Entreprises | Ikéa | Salaires | Témoignages

le 1/03/2010, par Elsa Fayner

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