Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Chronique d’un médecin du travail O commentaire

mainkiecrit2Chronique du Dr Bertrand, médecin du travail.

Madame V, 54 ans, se présente en visite occasionnelle à sa demande. Elle est en arrêt depuis un mois. Elle se met à pleurer dès la deuxième phrase, dit qu’elle ne pourra jamais retourner à son travail, non seulement à son poste, mais dans son entreprise. Elle prend un traitement anti-dépresseur depuis le début de son arrêt.
Je lui demande de me décrire ce qui se passe à son travail.
Son récit est haché par les sanglots, à certains moments, elle n’arrive plus à parler, elle s’excuse de se présenter ainsi « … Je ne me reconnais plus, j’ai perdu toute confiance en moi, je ne sais plus rien faire, je ne fais plus rien à la maison, je ne vaux plus rien…  »

Trop de travail, pas assez de reconnaissance

Sa charge de travail a augmenté de façon importante, elle est cadre, un poste de responsabilité avec gestion d’argent et de personnel.
Son ancienneté remonte à plus de vingt ans, elle s’est énormément investie dans son travail.
Son temps de présence dépasse largement les horaires légaux, la fatigue s’installe. Des erreurs se produisent..

Mise à l’épreuve

Une responsable a été engagée, officiellement pour la soulager, mais sans que Madame V ait été prévenue. De plus, cette responsable n’a reçu aucune formation et, visiblement, n’a pas les compétences requises. La charge de travail retombe sur Madame V dans l’indifférence, ce qui s’accompagne même de réflexions désobligeantes de la part de son supérieur.
La responsable lui cache des dates de réunions importantes, Madame V vient travailler sur son temps de repos.

Mise à l’écart

Le directeur, informé, ne prend pas en compte les difficultés qu’elle rencontre, la situation perdure. Madame V recule le moment de rentrer chez elle le soir vers 20 heures car la maison est vide, son mari ne rentre pas avant 23 heures, alors, elle roule en voiture en attendant…

Elle pleure sur son lieu de travail, des collègues lui manifestent leur soutien.

La direction lui adresse par mails des reproches sur des tâches non faites, ils sont dépourvus de toute formule de politesse courante (Madame V me montre une copie).
Face aux humiliations publiques, elle n’arrive plus à se défendre…

Elle consulte son médecin qui prescrit un traitement et arrêt de travail…
J’ai orienté Madame V en consultation spécialisée. La réparation narcissique et la disparition du syndrome dépressif seront le prélude à son projet professionnel futur.

Commentaires

D’un défaut d’organisation du travail on a glissé vers une situation intolérable pour la personne. Peut-on pour autant dire qu’il y a eu désir de destruction ? Probablement pas mais le laisser-faire est redoutable et le dérapage relationnel destructeur.
Différencier le harcèlement de situations désorganisées est primordial. Car plus la situation perdure et plus les scénarios relationnels se radicalisent et se complexifient.
« Quand les personnes souffrent, ce sont des organisations de travail qu’il faut guérir ».

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Publié dans : Organisations du travail | Témoignages

le 17/02/2009, par Elsa Fayner

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