Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

La méthode Loulou O commentaire

posieLa méthode Loulou se présente sous la forme d’un édifice à cinq étages. Premier niveau : j’endors la vigilance du salarié en mettant en relief ma «fibre sociale» et, par menues touches, je luis assène des vérités bien senties d’un ton badin qui ne porte guère à conséquence. Deuxième niveau : afin de jeter le trouble dans son esprit, j’accentue peu à peu ma pression et je me déclare tout étonné de tel manquement à une règle sur l’application de laquelle, volontairement, j’ai laissé maintes fois planer une ambiguïté. Plein de la même rouerie, je déplore dans un cas une vraie absence d’initiative et dans un autre, me voilà au contraire, moi Monsieur Loulou, victime d’un passe-droit intolérable. Ainsi manipulé et déstabilisé, n’importe quel travailleur se sent pris à la gorge, cherche une bonne réponse, tente en vain de se justifier. Troisième niveau : lorsque cet objectif est atteint, je pousse le lien de subordination aussi loin que possible. Au rendement exigé – une minute de retard le matin a valeur de faute, un dépassement d’horaire le soir signifie que vous n’êtes pas trop paresseux – s’ajoutent le persiflage, la dépréciation, le dénigrement et le mépris. Vous ne valez rien, c’est une évidence et, comme employeur, je suis encore bien aimable de vous manifester de la mansuétude. Quatrième niveau : la patience de Monsieur Loulou ayant sur ces entrefaites franchi certaines bornes, la tension monte alors d’un nouveau cran. Là, l’intéressé n’est plus à même de trouver une échappatoire et subit le feu nourri de son exaspération, déjà teintée de menaces. Cinquième niveau : fragilisée au plus haut point, la personne incriminée ne sait à présent où donner de la tête dans le climat d’hostilité qui pèse sur elle. Monsieur Loulou, en fin psychologue, la juge donc mûre pour la sanction à quoi tous ses actes antérieurs la prédestinaient. Avertissement ou blâme ? La question ici importe peu car le code du travail offre bien des ressources qu’il suffit d’exploiter au moment opportun. A ce stade ultime, soit le salarié pris de panique démissionne et ose même, phénomène rare, intenter une action en justice, soit il capitule avec armes et bagages et fournit dès lors une main-d’œuvre taillable et corvéable à merci.

Après avoir de la sorte essuyé pendant huit longs mois les foudres d’un Monsieur Loulou au meilleur de sa forme, après avoir trente fois au moins versé chez elle toutes les larmes de son corps, Khadija guettée par la dépression choisit de prendre le large.

Lire les chroniques de Thierry Cabot sur le monde du travail, sur son blog P-o-s-i-e.

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Publié dans : Entreprises

le 27/01/2010, par Elsa Fayner

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