Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

« La grossesse n’est pas une maladie » 3 commentaires

Illustration Claire Laffargue

Illustration Claire Laffargue

Marielle Dumortier est médecin du travail. Elle a également écrit Mon médecin du travail. Pour Et voilà le travail, elle tient une chronique régulière.

Marie est une jeune femme qui fait de la mise en rayon dans un supermarché : elle effectue donc des manutentions répétées, parfois lourdes, en piétinant toute la journée.
Il y a six mois, elle a fait une fausse couche, à deux mois et demi de grossesse. Aussi, dés qu’elle est à nouveau enceinte, sur les conseils de son gynécologue, elle demande à me voir

Je demande aussitôt  que Marie soit ménagée, c’est-à-dire qu’elle évite le port de charges lourdes et qu’elle ait une chaise à sa disposition. Sa chef m’explique que, elle, elle ne s’est jamais arrêtée lors de ses grossesses, que, de toute façon, la grossesse n’est pas une maladie, que si Marie est enceinte c’est qu’elle l’a voulu et qu’il n’y a aucunes raison de changer quoi que ce soit dans le fonctionnement du rayon.

J’ai dois donc « menacer » de mettre Marie en inaptitude temporaire pour qu’enfin un poste adapté soit trouvé, c’est-à-dire que Marie puisse simplement s’asseoir de temps en temps. Car la question des charges lourdes se règle d’elle-même: ses collègues, spontanément , les lui évite.

Je revois Marie une semaine après. Elle est en pleurs et vit très mal les remarques blessantes de sa chef. Je lui propose de la mettre en inaptitude temporaire. Elle refuse, elle ne peut pas se permettre d’arrêter de travailler pour des raisons financières.

Et, pourtant, je n’ai jamais revu Marie. Elle a démissionné.

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Publié dans : Témoignages

le 6/11/2009, par Elsa Fayner

3 commentaires

  • tiph dit :

    Ce témoignage est d’autant plus choquant que c’est une femme qui a fait pression. C’est une bien triste histoire qui est le reflet de ce qui arrive trop souvent : les femmes ont le droit de faire des enfants mais pas le droit de vivre leur grossesse, pas le droit de s’occuper d’eux tout en travaillant. Nous devons faire des efforts en permanence pour concilier vie familiale et vie professionnelle, lorsqu’on n’est pas contrainte de sacrifier l’une au détriment de l’autre. Combien de femmes doivent arreter de travailler faute de place en crèche et faute de moyens financiers pour faire garder son/ses enfant(s) ? Combien de grossesses mal vécue par la seule faute des supérieurs des entreprises. La grossesse n’est pas une maladie, soit. Ce témoignage pause aussi la question du congé maternité, bien trop court à mon sens. Les entreprises nous épuisent jusqu’à 7,5 mois de grossesse (dans le meilleur des cas), ce qui laisse juste le temps de préparer une armoire et un lit pour accueillir le bébé, ensuite, on accouche puis, au bout de 10 semaines, « voilà, il est là », on retourne travailler le sourire aux lèvres, sans connaitre cet enfant que l’on a tant désiré. Pas le temps d’allaiter non plus alors que l’OMS préconise l’allaitement maternel pendant au moins 4 mois. C’est d’ailleurs un mauvais calcul : l’allaitement maternel renforce les défenses immunitaires à long terme : 4 mois d’absence mais moins d’absence enfants malades par la suite, il faudrait peut-être y réfléchir. J’ai encore beaucoup de choses à dire sur le sujet mais je vais conclure : une amie a été licenciée à la fin de son congé parental, bienvenue dans la vraie vie des femmes !

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