Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

« Je voulais trouver un travail, mais j’ai compris qu’il valait mieux apprendre un métier » O commentaire

L’association la Cité de l’Espérance accompagne à Éragny sur Oise depuis 60 ans une trentaine de 15-18 ans «très en souffrance» dans ses ateliers -mécanique, métallerie, etc- pour une initiation, puis à l’extérieur vers une formation qualifiante. Toujours en convention avec l’Aide sociale à l’enfance (ASE), l’hébergement s’effectue en maisons familiales, familles d’accueil, chambres en ville ou FJT. Deux jeunes, maintenant majeurs, racontent leur parcours.

Semmba, 22 ans

« En Mauritanie, j’étais discriminé pour mes origines ethniques. Je suis venu en France en barque, en 2002, pour demander l’asile politique, dans le Val d’Oise, où une communauté malienne soninkée pouvait m’aider. Pour faire les démarches, il fallait que je sois placé, comme mineur isolé. Ce n’était pas une bonne nouvelle. Dans une famille d’accueil en Lozère, j’ai voulu travailler dans l’électricité, mais il fallait une grande ville, il n’y avait pas assez de travail dans la région. Avec ma référente à Beaumont-sur-Oise, et, comme il n’y avait pas de places en famille d’accueil, nous avons trouvé la Cité, où je suis resté cinq ans. En arrivant, je voulais juste trouver un travail, mais j’ai compris qu’il valait mieux apprendre un métier. Après les ateliers, les stages, j’ai choisi la ferronnerie d’art. Dans six mois, je passe mon CAP. J’ai obtenu une carte de séjour, à renouveler tous les trois mois. Je vis dans un studio à Éragny. J’aimerais rester dans le 95, je m’y sens comme chez moi. Et, un jour, retourner en Mauritanie, monter une entreprise pour enseigner la métallerie aux jeunes. »

Jérémy, 22 ans

« À 8 ans, j’ai été placé en Normandie, dans une école associative, qui hébergeait une vingtaine d’enfants. Le matin, on suivait les cours, l’après-midi des activités. J’adorais la cuisine, et l’imprimerie. Mon père n’est venu qu’une fois, ma mère plus souvent. Quand j’ai été retiré par l’ASE, je n’ai pas bien compris pourquoi, je sentais qu’il y avait une nécessité, mais je ne savais pas laquelle. Je pensais que mes parents me repoussaient, en fait ils devaient vouloir que j’avance.
À 16 ans, je rentrais en 4e, je suis venu à la Cité. J’étais préoccupé par l’idée de travailler. Ici, après les ateliers, j’ai essayé la maçonnerie, la peinture, la boulangerie, la plomberie… À 19 ans, je suis venu au centre VPA (Vivre parmi les autres). J’ai obtenu un diplôme en restauration, mais les expériences m’ont dégoûté. Je vis aussi en colocation. J’ai encore passé une étape : je peux me réveiller seul. Maintenant, je trie des pièces d’avion. J’économise. Et je touche du bois pour que la vie ne réserve pas de mauvaise surprise. Je ne suis pas pessimiste, simplement je constate. »

Propos recueillis par Elsa Fayner.

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Publié dans : À l'usine | Insertion professionnelle | Témoignages

le 12/03/2009, par Elsa Fayner

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