Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

« Je travaille 47h par semaine, pour 1300 euros par mois » 7 commentaires

Je travaille 47h par semaine

Témoignage de Laurence, 40 ans, qui doit cumuler deux emplois pour joindre les deux bouts: elle est serveuse et femme de ménage, dans l’Ain.

« J’ai dû trouver un second emploi quand je me suis séparée de mon mari, en novembre dernier. Je vis seule avec mes trois enfants de 9, 15 et 17 ans, nés d’un premier mariage, je n’ai donc pas le choix.
J’ai conservé mon premier emploi : femme de ménage dans une pharmacie, 12 h par semaine, en CDI. Je m’occupe également de la mise en place de la vitrine -j’ai fait l’école des Beaux arts-, et très vite on m’a confié le remplacement de la personne qui s’occupe de la réception, et de la gestion du stock des médicaments quand elle est malade.
Mais il fallait compléter : grâce au bouche à oreille, je me suis retrouvée à postuler dans un bar PMU, pour être serveuse. Je m’y suis présentée le mercredi, et j’ai commencé le lundi suivant… avec pour seule expérience ma bonne volonté, et trois bouches à nourrir. Là, je travaille à temps plein, en CDI également, 35 h par semaine, six jours sur sept.

Les plus petites semaines je travaille donc 47 h. Je gagne 990 € par mois au bar, ce ne serait pas suffisant si je quittais la pharmacie, où mon salaire est d’environ 350 € quand je n’effectue aucun remplacement.
Je peux cumuler ces deux emplois grâce aux horaires, qui sont totalement différents : la pharmacie c’est le matin, le bar tous les après-midi et le samedi ou le dimanche. Je peux donc déposer le matin mes filles à la gare, puis à 11h30 récupérer mon fils à l’école, déjeuner avec lui, le déposer à 13h et partir au bar directement, pour terminer à 18h30, le récupère à la garderie et filer à la gare pour mes filles qui arrivent vers 18h50.
Et puis, à la pharmacie, ma mutuelle santé est prise en charge, ce qui n’est pas négligeable ; j’ai des prix très intéressants sur la parapharmacie, et, au bar, j’ai des pourboires, qui peuvent être sympa si le client a bien gagné au jeu à gratter.

Les inconvénients; je suis claquée, crevée, lessivée, je n’ai pas de temps pour moi, très peu de vie sociale. Il m’arrive même d’être couchée avant mes filles. Et il faut tout programmer. Il n’y a aucun transport en commun, je me dois d’être disponible pour mes enfants, entre toutes mes allées et venues, les jobs, les trajets, les courses, la maison, les baisses de moral, la fatigue, les clients pas commodes… Je pleure beaucoup moins qu’au début, mais ce n’est pas toujours facile.

Bien sûr, j’aimerais trouver un seul employeur pour un meilleur salaire, mais quand je me présente à un entretien d’embauche, j’entends ce que pensent mon interlocuteur : ‘’Mon dieu, une pestiférée’’, ‘’Vous faites comment si l’un de vos enfants est malade?’’, ‘’Cas social, non merci’’. Aucun entretien n’a d’ailleurs débouché ».

Propos recueillis par Elsa Fayner.

Vous souhaitez témoigner? Écrivez-moi.

Lire l’étude de l’Insee, Les niveaux de vie en 2008. La pauvreté touche un tiers des familles monoparentales. Ces familles sont celles dont le niveau de vie médian est le plus faible. La moitié des personnes pauvres vivant au sein d’une famille monoparentale ont un niveau de vie inférieur à 760 euros par mois.

Sur les limites juridiques au cumul d’emplois, lire « Attention à ne pas dépasser la durée maximale de travail ».

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Publié dans : 35h, retraites: temps de travail | Au magasin | Au resto, à l'hôtel | Témoignages

le 25/04/2011, par Elsa Fayner

7 commentaires

  • Laurence dit :

    Oui, c’est vrai,j’ai deux emplois, non je ne vole le travail à personne , je travaille du lundi au samedi, mais de la semaine suivante, j’ai deux jours de repos par mois, j’ai trois enfants…. un peu plus de deux semaines de congé en juillet et une en février… de la fatigue qui s’accumule, pour ne pas dire de l’épuisement, des douleurs articulaires qui commencent à montrer le bout de leur nez, une tendinite qui m’accompagne bien ces temps -ci…
    Mais je bosse tout de même, j’ai même effectué un remplacement à la pharmacie durant une semaine, pas pour gagner plus, mais pour cumuler du temps et pouvoir avoir une matinée de récupération, grand luxe chez moi.
    Comble de la bêtise, j’ai une bonne paie et pas le temps de dépenser mon argent,mon compte en banque doit être bien garni…
    Pourquoi aller se plaindre ? Je devrais profiter du système et au lieu de cela je le dénonce, chacun son style. Alors, le matin, je continue de me
    taire quand certaines collègues viennent travailler « à reculons » parce qu’elles sont crevées de bosser (à temps partiel), qu’elles estiment ne pas gagner assez. Et je serre le poing quand l’après-midi les mots fleuris fusent plus vite que la lumière et que je suis prise pour une idiote inculte par certains.

  • « Mais il fallait compléter : grâce au bouche à oreille, je me suis retrouvée à postuler dans un bar PMU, pour être serveuse. Je m’y suis présentée le mercredi, et j’ai commencé le lundi suivant… avec pour seule expérience ma bonne volonté, et trois bouches à nourrir. Là, je travaille à temps plein, en CDI également, 35 h par semaine, six jours sur sept. »
    Ce témoignage me donne envie de faire 2 ou 3 commentaires:
    1:dans les CHR sauf dérogation ou accord d’entreprise, la durée de travail pour un plein temps est fixée à 39H; les chefs d’entreprises de ce secteur méconnaissent souvent leur propre convention collective
    2: étaler 35H de travail sur 6 jours ne permet pas aux salariés de se reposer pleinement, les chefs d’entreprises devraient mieux réfléchir à moyens d’obtenir le plus d’efficacité de leurs salariés au travail
    3: Aides à l’emploi, baisse de charges ou baisse de la TVA, rien n’y fait, les salaires sont toujours aussi minables dans ce secteur. Les chefs d’entreprises ont souvent tendance à abuser des mécanismes permettant de réduire le coût du travail au détriment de la qualité du travail.
    Il est temps de réfléchir à des propositions fiscales et sociales qui permettront d’inverser cette fuite en avant vers les bas salaires et des conditions de travail au rabais.

  • Juliette dit :

    ‘’Cas social, non merci’’. Je trouve hallucinant qu’après avoir passé 47h a jongler entre deux travail et à élever 3 enfants seule, cette femme soit vu comme un cas social par les employeurs. Je trouve qu’elle fait montre de beaucoup de combativité et est très adaptable, ce sont des qualités dans le monde du travail actuel. Messieurs les recruteurs, revoyez votre copie!

  • tiphaine dit :

    Bonjour à tous,
    je suis journaliste et je prépare un sujet autour du thème « pour m’en sortir je cumule deux emplois ». certains d’entre vous accepterais t-il de me raconter cela ? Merci beaucoup.

  • Gareau dit :

    Bonjour si ça tient toujoir je veux bien temoignr sur le sujet taiphaine
    . J’ai 21ans et je cumule un emploi a 30 h dans la restauration rapide et
    je fais des menages. Si vous souhaiter me poser des questions je vous
    repondrai .

  • Matt 29 dit :

    Je vous suggère, Laurence, comme vous avez une bonne plume, de consigner par écrit vos pérégrinations de combattante dans un monde où le travail permet non de vivre mais de survivre. Ce pourrait être un témoignage « tendance », si j’ose dire, de l’usure à laquelle le corps et l’âme sont soumis dans nos contrées. Je vous signale au passage, Laurence, que la loi peut vous demander de payer une amende si vous dépasser les 44 heures ! « Travailler plus pour…? » Zut, j’ai avalé la fin !
    N.B. : Les heures de rédactions ne seront soumises ni à restriction, ni à impôt !

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