Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

« Je me sentais un imposteur à la tête de l’entreprise » 1 commentaire

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Illustration Claire Laffargue

Denis a créé et dirigé une entreprise, qui a connu une belle réussite, jusqu’à être rachetée par un groupe international. Pourtant, il a mal vécu cette « passation de pouvoir ».
Diriger avec succès une entreprise  qu’on a créée est le plus beau métier du monde. Pourtant la sortie est obligatoire… et douloureuse, même si elle a été librement décidée et soigneusement préparée

S’ennuyer

Mon associé et moi voulions que l’entreprise nous survive, nous y avions tous les deux à peu près fait le tour de nos prés carrés respectifs. Même si nous suscitions l’envie de nombre de nos pairs, il nous arrivait très souvent de nous ennuyer en exerçant des responsabilités qui, si elles avaient évolué avec la croissance, n’en restaient pas moins les mêmes : à lui la R&D et la production, à moi le reste.

Préparer sa sortie

Chaque étape été minutieusement préparée. L’opération a été accompagnée auprès du personnel, lequel, bénéficiant d’un plan d’investissement en actions de l’entreprise, a fait une bonne opération financière. Aucun licenciement n’a suivi car l’entreprise ouvrait au groupe un nouveau domaine d’expertise. Cependant, l’opération n’a pas été facile pour le PDG et fondateur que j’étais alors, ni pour mon associé, et ceci principalement d’un point de vue psychologique.

Perdre le pouvoir

Nous avions prévu une période de transition de quatre années que nous avons mise à profit pour nous intégrer dans cet immense groupe. Ceci s’est plutôt bien déroulé dans la forme. Toutefois, j’étais la proie d’un désarroi croissant que j’ai dissimulé de mon mieux. C’était particulièrement vrai quand, en début de mois et avant une date donnée, je devais rendre compte à la personne que l’organisation avait placée à la responsabilité de l’activité à laquelle se rattachait ma petite entreprise.

Perdre la confiance

Cela a été particulièrement difficile dans les derniers moments durant lesquels la transaction finale devait être bouclée. Nous nous sommes surpris à plusieurs reprises cherchant les failles pour ne pas conclure l’opération, et prêts à renoncer si l’acquéreur nous en donnait la moindre occasion. La raison essentielle, mais nous en évoquions bien d’autres, est la perte de pouvoir, à la fois brutale et annoncée : on perd du jour au lendemain le pouvoir « suzerain » et ne reste qu’une légitimité qui va dépendre de l’acquéreur. Je me sentais un véritable imposteur à la tête de l’entreprise et me demandais comment diable j’avais pu réussir jusque là. Cette étape est vécue par l’ego comme une véritable exécution : l’estime de soi chute en flèche, et on a le sentiment d’entrer dans le néant.

Thérapie

En traversant ces difficultés j’ai pris deux décisions. D’abord, rééquilibrer ma vie professionnelle avec plusieurs pôles pour ne plus jamais dépendre autant d’une seule activité. L’un d’eux a consisté à développer une expertise en me rapprochant d’autres entrepreneurs propriétaires pour les accompagner dans cette transition inévitable. Je comprends aujourd’hui qu’il s’agissait pour moi autant d’une thérapie que d’une contribution originale et altruiste à la société.

Propos recueillis par Elsa Fayner

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Publié dans : Témoignages

le 12/10/2009, par Elsa Fayner

1 commentaire

  • Dalyna dit :

    Je découvre votre site, j’aime beaucoup. C’est important de communiquer sur ces questions là.
    A bientôt et bonne continuation

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