Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

« Je dois être à la hauteur du logo de la société, un raton laveur » 2 commentaires

Illustration Claire Laffargue

Illustration Claire Laffargue

Tiphaine (1), 28 ans, bénéficie du rSa, en Mayenne, qui a expérimenté le dispositif (chaque département test l’a appliqué selon ses modalités propres). Le rSa a été étendu à toute la France le 1er juin 2009. Troisième et dernier épisode d’une série de témoignages de bénéficiaires du rSa

Pendant des années, j’ai travaillé en intérim, ou comme saisonnière. Je me suis retrouvée au chômage, puis au RMI. En 2007, j’ai répondu à une petite annonce dans la presse, pour suivre une formation en alternance pour un CAP maintenance-hygiène des locaux. J’ai été retenue.
L’entreprise de nettoyage industriel dans laquelle j’ai effectué mon stage m’a ensuite proposé un contrat. En juin 2008, j’ai signé un CIRMA (contrat d’insertion-revenu minimum d’activité). Le Contrat unique d’insertion, qui peut accompagner le rSa, remplace ce contrat maintenant.

100 euros par mois, et une prime

Je suis embauchée jusqu’à fin 2008 et je fais tout pour rester, décrocher un CDI. Je montre ma motivation, ma mobilité dans le département, ma disponibilité. Car on intervient à la demande du client, au jour le jour, pour laver des bacs de récupération d’huile au Karcher, récurer le matériel industriel, nettoyer des parkings au souffleur, etc. On ne sait jamais à l’avance, il faut toujours être disponible pour partir au pied levé. C’est un bouffe-santé, je n’ai plus de vie, et mes amis s’en plaignent, mais je n’ai pas envie de retourner au chômage, c’est un cercle vicieux. Après, on n’a plus la motivation de se lever le matin, de faire du porte à porte pour trouver un travail…
Et puis, financièrement, le rSa m’a aidée : au début, je touchais un peu plus de 100 euros par mois, aujourd’hui je touche 84 euros. J’ai d’abord remboursé des dettes, et maintenant j’économise, pour acheter une voiture. C’est mon instrument de travail. Et puis j’ai une prime de 300 euros pour ma tenue et mes fournitures.

Donner une bonne image de l’entreprise

L’accompagnement, quant à lui, me permet de me booster. Quand je vois ma conseillère, je dois remplir un questionnaire, pour savoir comment je travaille : si je porte bien mes chaussures de sécurité, si je connais bien les règles d’hygiène, si je m’entends bien avec les clients, si je suis discrète sur le lieu de travail, etc. Parce que je dois représenter l’entreprise. Je porte son logo -un raton laveur- partout sur mes vêtements, et je dois être à la hauteur de ce raton laveur, donner une bonne image de lui. Je fais tout pour que ça se passe bien, je souris, je suis aimable. Je demande toujours au client s’il est satisfait, s’il désire que la société intervienne pour d’autres travaux chez lui. Mais, là, je vais trop loin. C’est ma conseillère qui me l’a dit.

« Mon défaut, c’est de parler trop fort »

Parce qu’elle se renseigne également auprès de mon employeur. Elle lui demande si je suis ponctuelle, comment je travaille, si je me comporte correctement. Puis elle m’explique les points sur lesquels j’ai progressé, et ceux sur lesquels je dois m’améliorer. Donc, mon gros défaut, c’est d’être tellement motivée que je prends trop d’initiatives, je propose aux clients d’autres interventions, or ce n’est pas à moi de le faire.
J’ai un autre défaut aussi : je parle trop fort sur mon lieu de travail. Ou, parfois, je panique, quand je vois tout ce qu’il y a à nettoyer chez un client. Ca donne une mauvaise image de l’entreprise. Et ma conseillère m’a donné des conseils pour ne pas paniquer. Maintenant, je ne le fais plus, j’ai compris.

(1) Le prénom a été modifié, à la demande de l’intéressée.

Propos recueillis par Elsa Fayner

Vous souhaitez témoigner? Écrivez-moi

Pour en savoir plus sur le dispositif, lire Le rSa, pour qui, pour quoi?

Sur la question du bien fondé du dispositif, lire rSa: est-ce vraiment d’une incitation financière dont les chômeurs ont besoin?

Lire le premier témoignage de la série rSa: “Le rSa pourrait me permettre d’ouvrir un club échangiste”

Lire le deuxième témoignage de la série rSa: “En soudure, il arrive régulièrement de prendre feu”

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Publié dans : Intérim | Salaires | Témoignages | Un peu partout

le 16/02/2010, par Elsa Fayner

2 commentaires

  • RESILIENTA dit :

    Bonjour Tiphaine !

    Eh bien ! tu as « gratté », nettoyé, récupérer les huiles puantes pendant deux ans pour 100 €uros par mois maxi pour échapper au chômage ???
    Es-tu sure que tu représentes le raton-laveur ??? N’est-ce pas plutôt pour un cobail de laboratoire qu’on t’expérimente pour savoir jusqu’où tu es capable d’aller ????
    Quelque part, oui, tu représentes bien le raton, qui, dans le monde animal, est réputé pour être plus qu’économe et çà, pour le coup, tu lui en fais faire des économies à ton patron !!!
    J’espère qu’en plus, il ne t’a pas proposé de sourire devant la caméra pour vanter les mérites du R.S.A. !!! …… non mais !!!
    Aller Tiphaine, après tout çà, tu peux bien te payer le culot de lui dire ses quatre vérités à se patron, des boulots comme çà, tu peux en trouver à la pelle !!!

  • Anonyme dit :

    voila quelques années que Gsf a repris le contrat de nettoyage de Fabergé du groupe Unilever sur le site où je travaille.Auparavant, Iss, entreprise de nettoyage, avait le contrat chez Fabergé et nous étions 23 personnes. Mais depuis que gsf stella a été mis en place nous ne sommes plus que 14 personnes pour le même cahier des charges.
    Les conditions de travail sont devenus vraiment très dures et cela commence a peser sur les salariés.
    A chaque fois qu un nouveau prestataire reprend le contrat nous subissons plus de pression. Que faire pour en sortir?
    merci de m’avoir lu

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