Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

« J’ai passé 7 ans en prison, avant de créer mon association » 1 commentaire

Photo: François-Xavier Seren

Chaque lundi, le photographe François-Xavier Seren publie sur Et voilà le travail un portrait de travailleur, rencontré durant la semaine. Chaque témoin répond à trois questions sur son rapport au travail. François-Xavier Seren mène ce projet documentaire dans le cadre d’un livre, à paraître en 2011.

Jacques Deroo, 55 ans, éducateur, président de l’association Salauds de Pauvres.

Que représente pour vous le travail ?

Pour moi, mon travail est aussi mon plaisir, puis une forme de liberté. J’ai la chance de réaliser ma passion au travers de mon travail. J’ai créé l’association « Salauds de pauvres » pour m’occuper des autres, ceux qu’on oublie parce qu’ils sont pauvres et qui n’ont rien.

Avez-vous choisi le travail que vous exercez aujourd’hui ?

Non, mais aujourd’hui c’est ma vie. J’ai passé deux CAP, serrurerie et soudeur, puis j’ai été brocanteur et « pilleur de châteaux ». J’ai été en prison pendant 7 ans et demi. Après, ça a été la rue, et l’alcoolisme qui va avec. A l’Armée du Salut, où j’ai longtemps été bénévole à l’Orillon (c’est un centre d’hébergement ), j’ai rencontré Patricia, ma compagne et mère de mes trois filles. Et c’est là que  j’ai attrapé le « virus du social ». J’ai donc passé mon diplôme d’éducateur.

Aujourd’hui, je fais des maraudes la nuit pour apporter des couvertures et des boissons chaudes à ceux qui sont à la rue. Grâce à la GALEC, centrale d’achat de Leclerc, qui me donne son surplus, je distribue des fringues, des meubles ainsi que de l’électroménager pour les particuliers les plus démunis  et des associations sociales (Aurore, UDAF etc…).

L’hiver va être encore une fois dur à vivre pour ceux qui dorment dehors. Je sais de quoi je parle, j’ai perdu mon logement dans le 13ème arrondissement au début de l’année 2010 parce que j’y hébergeais trop de monde en plus de ma famille. Et, aujourd’hui, je me retrouve avec ma famille dans un petit hôtel minable à 700 euros par mois au centre de Paris dans le 11ème.

Combien de temps y consacrez-vous ?

Au moins 10 heures par jour. Mais à l’époque de la création du Village de l’Espoir, en mars 2007, juste après les événements du canal Saint Martin de décembre 2006, je travaillais toute la journée et une bonne partie de la nuit. Comme directeur du Village, je m’occupais de tout et de tous et en plus de ça j’y ai écrit mon deuxième livre ( Salauds de pauvres, une histoire d’amour, aux éditions Gutenberg ).

J’ai été licencié en novembre de cette année là. L’institution qui gérait le Village voulait remettre à la rue les SDF qui ne travaillaient pas. Ils ne pouvaient pas travailler car, après plusieurs années dans la rue ils sont complètement coupés de la réalité sociale, et c’est aussi pour eux que le Village avait été créé. Ils sont tous de nouveau à la rue. Après toutes les promesses faites par les politiques durant cet hiver 2006/2007, comme quoi il n’y aurait plus de SDF au bout de deux ans et que tous aurait un logement, c’est encore pire qu’avant.

Propos recueillis par François-Xavier Seren

Be Sociable, Share!

Publié dans : Témoignages

le 11/01/2011, par Elsa Fayner

1 commentaire

  • gueye dit :

    bonjour je connee bien jacques ce un personne que j admire énormement ah que oui une personne qui passe les gens avant lui sa famille se son sa femme ce enfants et oui je le crie haut sa famille les gens de la rue aussi merci a toi de te battre encore pour eux

Poster un commentaire

Parité et conseils d’administration

Île-de-France : des inégalités de revenus centralisées

Ce site est hébergé par Art is code et propulsé par Wordpress.

Témoignez !

Votre travail vous interpelle, vous choque, vous l’avez vu évoluer et vous souhaitez le raconter, écrivez-moi, votre récit sera peut-être publié.