Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

« J’ai été reléguée dans un magasin effectuant moins d’un convoi par mois » 5 commentaires

Illustration Claire Laffargue

Illustration Claire Laffargue

Claude (1) était assistante funéraire. En janvier, elle a accepté une rupture conventionnelle de son contrat de travail. à 46 ans.

Je mourrais à petit feu, harcelée moralement par ma patronne et déprimée par l’absence de travail: j’avais été reléguée dans un magasin effectuant moins d’un convoi par mois.

La solitude de la petite boîte

Mon rôle, c’était de conseiller les familles dans l’organisation des obsèques (cercueils, accessoires…), de gérer les formalités administratives, de coordonner le déroulement de la cérémonie. Mais je n’étais pas seule: nous étions sept assistantes funéraires dans la même équipe.

Depuis mon départ, cinq sont parties. Certaines ont démissionné, les autres ont suivi la même procédure que moi.
Je travaillais dans une entreprise de moins de 20 salariés, rien à voir avec France Télécom, mais rien à envier à leurs méthodes de management. Dans une petite boîte, on est seul. Pas de syndicat, pas de conseils. Chacun pour soi, chacun pour son emploi, taillable et corvéable à merci.

Remplaçante en enterrement

Sept ans d’ancienneté et payée comme la dernière arrivée. Car on m’a reproché de longs arrêts de travail. J’ai en effet des problèmes de santé, et j’ai fini par tomber en dépression après le décès de ma mère précédé d’une agonie de 7 mois.

À mon retour, j’ai été nommée remplaçante, mon poste avait été pourvu en mon absence. Je devais me déplacer d’un magasin à l’autre, au gré des demandes. Sans véhicule de fonction, sans indemnités de déplacements. On m’a également supprimé mon téléphone portable professionnel. Et, bien que remplaçante, je n’avais pas les clés des magasins : je devais attendre devant la devanture.

Et s’il reste poussière…

Enfin, les responsables effectuaient des visites à l’improviste dans mes magasins, faisant systématiquement des réflexions à propos de ma coiffure ou de mes chaussures (les sandales étaient qualifiées d’ « obscènes »), tout en passant le doigt le long des étagères pour vérifier la présence de poussière.

Dernièrement, j’ai reçu une lettre d’avertissement parce que je n’avais pas atteint les objectifs fixés en début d’année. Et pour cause : j’avais été absente deux mois.
Bref, ça a été un véritable lynchage moral quotidien. Qui a culminé quand il a été interdit à mes collègues de m’appeler ou de me voir en dehors du travail.

Maintenant que je suis partie, ne retrouve pas de travail. La crise et l’âge. Je ne vais pas tarder à regretter amèrement de ne pas avoir été assez forte pour résister.

(1) Le prénom a été modifié, à la demande de l’intéressée.

Propos recueillis par Elsa Fayner

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Publié dans : Témoignages

le 7/02/2010, par Elsa Fayner

5 commentaires

  • Laura dit :

    Bonjour,

    si vous me lisez, je vous conseille d’aller voir un avocat spécialisé en droit du travail pour voir s’il n’y aurait pas moyen de faire requalifier cette rupture en rupture aux torts de l’employeur … (n’allez pas voir l’inspection du travail, ils ne sont plus compétents pour votre cas puisque vous n’êtes plus dans l’entreprise). Sinon, vous pouvez essayer de contacter un syndicat, il y aura seulement une cotisation à payer. Mais vous devriez vous faire aider et voir si vous ne pouvez pas agir a posteriori. Rien n’est garanti, mais rien n’est impossible non plus a priori dans ce domaine.

    Vous n’avez rien à vous reprocher, n’importe qui craquerait dans ces conditions.

    Je ne sais pas si vos anciens collègues sont solidaires (s’ils ont respecté cette interdiction, j’en doute, mais bon…), mais vous devriez, si vous envisagez une action, leur demander s’ils accepteraient de témoigner en votre faveur.

    Je vous souhaite bon courage, ne perdez pas espoir !

  • claude dit :

    Hélas si, mes collègues ont obtempéré, même si après mon départ ils sont partis finalement… En sept ans dans cette boite j’ai vu passer sur les 6 postes d’assistants plus de trente personnes !!! Révélateur… J’aurai pu me battre, j’avais gardé des traces de tout, les notes de service abusives ect… Mais j’ai eu envie de tourner la page, de me reconstruire. De revivre… Ma plus belle vengeance c’est d’avoir réussi à ne pas me tuer au fond du magasin…

  • Laura dit :

    En tous cas je vous souhaite bien sincèrement bon courage pour la suite, comme vous dites, au moins vous leur avez fait le plaisir de ne pas sombrer. Pour avoir vécu une fois ce genre de situation, je pense que la résistance a certaines limites (je dis cela en écho à la dernière phrase de votre témoignage), partir au bon moment tient à la fois de la lucidité et de l’instinct de survie.
    Parfois, je me demande comment certaines personnes peuvent se regarder en face le matin, je parle de ces chéfaillons qui ont assez de pouvoir pour pourrir la vie de leur subordonnés, ou de ces chefs d’entreprises qui traitent les gens comme des pions. Et je préfère être à ma place qu’à la leur.

  • claude dit :

    Merci. En tout cas, comme dit l’une de mes anciennes collègues, il y a une vie après. Aucun travail ne mérite que l’on sacrifie sa vie ni même sa santé. Les patrons abusent de la crise ou des conditions de travail dans le tiers monde pour nous faire accepter des cadences infernales, des vexations, des aliénations. Tant que nous ne travaillerons pas tous 365 jours par an pour 20 euros par mois, deux doigts sur la couture du pantalon, ils ne seront pas satisfaits… Je m’en sors la tête haute, on ne peut pas en dire autant de ceux qui se sont soumis à ma patronne…

  • Angélique dit :

    Pour avoir fait partie de la meme société il est évident que cette société aura eu de graves répercussions sur ma vie… Les insultes, les reproches inconsidérés puis enfin les menaces physiques ( preuves à l’appui ) ont eu raison de moi… Tentative de suicide puis congés maladie pour finir par des visites à l’inspection du travail, aux syndicats, et … une rupture conventionnelle de contrat.

    Quand le patron devient un bourreau… à 26 ans on a pas forcément les armes pour résister à une telle horreur.
    Depuis 3 mois je suis au chômage avec un reste de dépression, de la parano et une angoisse quant à mon avenir professionnel incertain…

    Merci à « Claude » de son soutien pendant cette traumatisante épreuve . Et bonne chance à ceux pour qui le mot d’ordre est : « COURAGE FUYONS !!! »

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