Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

« Ils m’ont vus perdre tous mes moyens… ils savent… » O commentaire

mainkiecrit1Chronique de Marielle Dumortier, médecin du travail, auteure de Mon médecin du travail.


Philippe est un beau garçon, très élégant, prenant soin de sa personne, il a trente ans lorsque je le vois en visite d’embauche pour un emploi de commercial dans une grande entreprise. Cet emploi impose en plus d’un travail de bureau des déplacements en voiture. Il me dit n’avoir aucuns antécédents médicaux particuliers, et son examen clinique est normal, je le mets apte à son poste. Il en sera de même aux visites systématiques ultérieures.

Et puis en décembre, je revois Philippe en visite de reprise de travail, il vient de faire (refaire) une crise d’épilepsie, il m’apprend alors qu’il est traité pour cette maladie depuis son adolescence et que cela faisait longtemps qu’il ne faisait plus de crises, mais que, depuis quelque temps, il est très fatigué et n’arrive plus à assumer de nouvelles fonctions très éloignées de son domicile. Il est désemparé, il exprime des sentiments de honte : il a fait sa crise dans l’entreprise. « Ils m’ont vus perdre tous mes moyens… ils savent…  » Beaucoup de ses collègues étaient en effet présents au moment de sa crise et même son supérieur, Philippe me répète à plusieurs reprises. « Ils ne me feront plus confiance, ils m’ont vu comme ça ».
Il me dit m’avoir caché sa pathologie par crainte d’une inaptitude : « on » lui avait dit de se méfier du médecin du travail, qu’il valait mieux ne rien lui dire, que ça pouvait lui nuire. J’ai malheureusement l’habitude de ce genre de discours, je lui explique alors que, de toute façon, je l’aurais mis apte à son poste malgré sa maladie, être un épileptique bien traité ne faisant pas de crises autorise parfaitement la conduite d’une voiture. En revanche, j’aurais pu, peut-être, l’aider à garder un emploi plus proche de chez lui, évitant ainsi une source de fatigue importante, la fatigue étant un facteur de risque majeur de nouvelle crise.
Je m’assure que Philippe se traite correctement et le laisse évidemment reprendre son travail à un poste adapté.
Il démissionne le mois suivant, sans doute n’a-t-il pas pu surmonter son sentiment de honte et  le regard de ses collègues.

Be Sociable, Share!

Publié dans : Au bureau | Témoignages

le 23/07/2009, par Elsa Fayner

Poster un commentaire

Parité et conseils d’administration

Île-de-France : des inégalités de revenus centralisées

Ce site est hébergé par Art is code et propulsé par Wordpress.

Témoignez !

Votre travail vous interpelle, vous choque, vous l’avez vu évoluer et vous souhaitez le raconter, écrivez-moi, votre récit sera peut-être publié.