Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

« Il faudrait entrer dans les services à la personne comme on entre en religion » 3 commentaires

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Illustration Claire Laffargue

Estelle (1), 40 ans, agent à domicile, Saint-Etienne.

Les services à la personne, c’est un vivier d’emplois, c’est sûr. Mais quels emplois ?
Depuis cinq ans, je travaille dans une association d’aide et de maintien à domicile, pour que les personnes âgées ou handicapées puissent rester chez elles. C’est une grosse association, qui emploie 2000 salariés en France.

Ignorer le droit du travail

Comme je n’ai aucune formation dans le social, la première année, j’ai appris sur le tas, je me suis concentrée sur mon travail. Peu à peu, malgré tout, j’ai été choquée par la façon dont les responsables de l’association nous traitaient. Je me suis trouvée en effet confrontée à plusieurs reprises à des situations étonnantes. Plusieurs fois, par exemple, je me suis présentée chez un usager, qu’il n’était pas là mais qui n’avait pas prévenu l’association. Dans ces cas-là, j’appelle ma responsable, et, systématique, elle me dit de rentrer chez moi, que je ne serai pas payée. C’est pourtant contraire à la convention collective des organismes d’aide et de maintien à domicile, mais je ne sais pas si elle est au courant… Elle n’agit pas ainsi par méchanceté, je crois, mais par ignorance. Et, comme tout est fait pour que nous ne nous croisions pas entre collègues, nous ne pouvons pas échanger sur nos droits, et sur les demandes que nous pourrions porter collectivement. Par exemple, à plusieurs reprises, des usagers m’ont demandé de faire le ménage dans les escaliers de leur immeuble. C’est contraire à mon contrat de travail, qui stipule que je ne dois travailler qu’à l’intérieur du domicile. Donc, je refuse à chaque fois. Les usagers, mécontents, se plaignent du coup à ma responsable.

Faire vibrer la corde sensible

Celle-ci, à chaque fois, me fait la morale. Elle me fait culpabiliser en me rappelant que l’usager a 80 ans… Elle me dit que mes collègues, elles, acceptent de le faire… Que j’ai la chance d’avoir un travail enrichissant, qui me permet d’aider les autres… Pour les responsables de mon association, il faudrait entrer dans le secteur comme on entre en religion et, surtout, faire preuve d’abnégation, ne pas compter nos heures, « travailler à 300% », tout accepter. Payé au Smic bien sûr. 800 euros par mois.

Ne tenir compte d’aucune limite

Pendant trois ans, j’ai d’ailleurs travaillé six jours sur sept, à courir entre les missions, à réconforter des usagers en grand désarroi, à porter des patients parfois lourds, qui ne fournissent pas toujours le matériel adéquat pour les déplacer. Ca m’a usée. Aujourd’hui, j’ai des sciatiques permanentes. Le médecin du travail a établi une liste de contre-indications. Notamment, je ne dois plus porter de charges trop lourdes. Mais la responsable s’en moque et ne sélectionne pas les usagers pour moi. Je me retrouve encore à devoir déplacer des personnes malades de 80 kg sans matériel adapté.
Cette année, je me propos comme déléguée du personnel. Parce que la plupart des collègues ne connaissent en réalité pas leurs droits. Beaucoup n’ont pas été à l’école, et ignorent même ce que c’est qu’une convention collective.

(1) Le prénom a été modifié, à la demande de l’intéressée.

Propos recueillis par Elsa Fayner

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Publié dans : À la maison | Témoignages

le 17/11/2009, par Elsa Fayner

3 commentaires

  • Laura dit :

    Il y a bien la ressource, aléatoire et provisoire j’en conviens, d’une petite lettre à votre responsable pour mettre les choses au clair (concernant, vos conditions de travail, et ce que vous estimez ne pas être obligée de faire au regard de votre contrat de travail et de votre convention collective) avec la mention « copie à l’Inspecteur du travail » ; cela pourrait peut-être calmer cette personne. Mais cette solution pourrait aussi risquer d’envenimer encore les choses, c’est à voir selon le caractère de votre responsable.
    En tous les cas, je vous souhaite bon courage si vous me lisez, votre métier est difficile et vos conditions personnelles ne font visiblement rien pour le rendre plus facile.
    Une autre chose me chiffonne… « le smic à 800 euros par mois », c’est pour un temps complet ?!!

  • valentine dit :

    Dis-moi Estelle, sachant que cette association compte près de 2000 salariés, il doit y avoir des élus délégués du personnel. Tu devrais te rapprocher du siège sociale pour connaitre tes élus et pouvoir les rencontrer et débattre ensemble des difficultés que vous rencontrez dans l’association.
    Je suis moi même salariée dans une association d’aide à domicile depuis plus de 20 ans.
    Bon courage
    Valentine

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