Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

« Il faisait des blagues vulgaires pour détendre l’atmosphère » O commentaire

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Chronique de Marielle Dumortier, médecin du travail, auteure de Mon médecin du travail.

Chaque jour plusieurs salariés se plaignent en consultation d’être harcelés. Il faut prendre garde à ne pas utiliser ce terme à tout bout de champ, car on risque de lui faire perdre toute sa légitimité et sa crédibilité.
En tant que médecin du travail, j’essaie d’aider les patients à « faire le tri ». Porter ce diagnostic est lourd de conséquences pour la victime qui est en droit de demander réparations, comme pour les auteurs qui risquent de lourdes sanctions. Que jamais un tel diagnostic ne doit être porté à la légère! Il est indispensable de toujours réunir suffisamment de preuves.
Ce n’est pas parce qu’il y a souffrance au travail qu’il y a nécessairement harcèlement moral.

Un chef « cool »…

Voici l’histoire de Jacques. Ce n’était pas une histoire de harcèlement, même si les personnes concernées se sont étiquetées elles-même « harcelées ».
Jacques est un chef qui a de la « bouteille ». Il a toujours été sur le terrain à diriger des équipes d’ouvriers, tous des hommes durs au mal. Comme il est proche de la retraite, pour le soulager, sa direction lui donne la responsabilité du service commercial dans lequel travaillent une quinzaine de femmes ayant toutes de l’ancienneté.
Très vite l’ambiance de travail se dégrade. Les femmes se mettent à pleurer sur leur bureau, certaines tombent malades, dépriment, les arrêts de travail se multiplient.

Cette brutale dégradation du climat m’interpelle. Je vois Jacques qui ne comprend pas ce qui se passe, il se décrit comme un chef « cool », sympa, il apporte des croissants et les « filles » les refusent. Il est désespéré et ne sait plus comment faire.

… qui ne parle que de « cul »

Les salariées, quant à elles, m’expliquent que Jacques est un sale type, qu’il est extrêmement vulgaire, qu’il ne parle que de « cul ». Il leur raconte à longueur de journées des blagues qu’il croit drôles -« c’est toujours au-dessous de la ceinture » -, il multiplie les gestes et les allusions vulgaires à la moindre occasion.
Je revois Jacques qui est très surpris par tous ces reproches. Il ne comprend pas mes explications, la plainte des salariées. Je ne sais comment lui faire comprendre.

Comment lui faire comprendre?

Jusqu’au moment où j’ai une idée, et je lui demande : « Monsieur, parlez vous comme cela à votre fille ? »
« Non bien sûr, mais ce n’est pas pareil, c’est pour rire… » Il semble prendre conscience du côté déplacé de ses propos.
Il n’avait jamais imaginé que tous ses propos machistes et sexistes pouvaient blesser à ce point des femmes, il pensait détendre l’atmosphère comme c’était le cas avec les « gars ». Jacques, à la veille de son départ en retraite, réalise que ce qui peut être jugé possible tolérable et drôle par des hommes ne l’est absolument pas par des femmes.
Je range ce récit dans le catalogue des histoires stupides. Elle illustre bien que l’on peut faire souffrir sans le chercher, sans le vouloir, sans en avoir conscience.

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Publié dans : Témoignages

le 24/05/2009, par Elsa Fayner

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