Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

« Il aime son métier de mécanicien mais… » O commentaire

Illustration Claire Laffargue

Illustration Claire Laffargue

Marielle Dumortier est médecin du travail. Elle a également écrit Mon médecin du travail. Pour Et voilà le travail, elle tient une chronique régulière.

Christian est mécanicien auto dans un petit garage où il a été embauché sitôt son apprentissage terminé.

C’est un beau jeune homme de 25 ans, qui, petit garçon, a perdu totalement la vision de son œil gauche lors d’un accident. Il vit complètement normalement, et dit n’être nullement gêné par cette perte de vision.

Il est victime en mai 2009 d’un accident de travail: il reçoit un bout de métal dans son œil sain, le droit, en démontant un moteur.
Transporté immédiatement aux urgences ophtalmiques, il sera opéré à de nombreuses reprises. Il aura malheureusement quelques complications : décollement de la rétine, infection …

Je revois Christian la semaine dernière en visite de reprise de travail. J’ai devant moi un homme triste, abattu, fatigué, qui semble beaucoup plus âgé que son âge.
Je lui demande tout simplement comment il va, et là je vois les larmes arriver. Il me dit être très angoissé à l’idée de remettre les pieds dans le garage. Il aime son métier de mécanicien, mais la crainte d’un nouvel accident le hante, il fait chaque nuit des cauchemars.
Il a retrouvé suffisamment de vision pour envisager une reprise du travail, mais des anomalies de son champ visuel persistent, elles rendent la conduite d’un véhicule impossible.

Je parle longuement avec Christian et me rends compte qu’il fait une dépression post traumatique : après son accident, il a été pris en charge sur le plan ophtalmique, mais pas sur le plan  psychologique.
J’adresse Christian à son médecin pour une prise en charge psychiatrique, et  lui demande un nouvel arrêt de travail.

Je sais que Christian ne pourra pas reprendre son travail de mécanicien dans ce petit garage, où le mécanicien doit essayer les véhicules sur la voie publique, et il n’y a pas de possibilité de reclassement dans cette petite entreprise.
Sans doute sera-t il obligé de chercher un autre travail, ou de faire une autre formation, mais pour le moment il est malade et il doit se soigner.

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Publié dans : Témoignages

le 26/01/2010, par Elsa Fayner

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