Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Handicap: « Pas de canard boiteux ici » 2 commentaires

Illustration Claire Laffargue

Illustration Claire Laffargue

Marielle Dumortier est médecin du travail. Elle a également écrit Mon médecin du travail. Pour Et voilà le travail, elle tient une chronique régulière.

Aujourd’hui je suis très en colère : à la radio, j’ai beaucoup entendu parler de l’insertion des travailleurs handicapés, mais moi ce matin j’ai revu Karim, à sa demande. Voici son histoire.

Un poste adapté

Karim a 37 ans, il est reconnu travailleur handicapé depuis plusieurs années, suite à un accident de voiture dans lequel il a subi un traumatisme crânien important. Quelques séquelles demeurent : difficultés de mémorisation, lenteur pour effectuer tous les gestes de la vie, fragilité émotionnelle, difficultés de langage.
En 2000, il est embauché avec son statut de travailleur handicapé comme employé libre service dans un hypermarché à un poste de travail adapté.

Des rappels à l’ordre

Mais voilà les chefs changent souvent et à chaque fois le nouveau responsable veut modifier les conditions de travail de Karim : changement d’horaires, changement de poste… et, ce, malgré les restrictions médicales sur toutes ses fiches d’aptitude. Naturellement Karim est en surveillance médicale renforcée et je le vois très souvent. Régulièrement, il me faut rappeler aux responsables le statut de travailleur handicapé et les contre indications médicales de Karim. Bon an mal an Karim se porte bien. Il aime son travail et le fait consciencieusement.

Pas de « canards boiteux »

En milieu de semaine dernière, Robert, nouveau chef de Karim, convoque celui-ci pour lui expliquer tranquillement que son rayon n’est pas « le Club Méd ». Robert ajoute qu’il ne veut pas de canards boiteux, qu’il n’est pas assistante sociale, que Karim coûte cher, et qu’il devrait avoir honte de prendre le travail d’un jeune « qui en veut ».

Robert conseille donc à Karim de démissionner. Mais, surtout, que Karim ne s’inquiète pas car, lui, Robert a préparé la lettre que Karim n’a plus qu’à signer.

Malaise grave

Karim, abasourdi, en a le souffle coupé et fait un malaise. Robert appelle les pompiers : Karim passe le reste de la journée à l’hôpital. Il en ressort avec un traitement psychiatrique et un arrêt de travail.

Ce matin dans mon cabinet j’ai vu Karim abattu. Il n’a pu venir seul en consultation, sa mère et son épouse l’accompagnent. Les deux femmes sont en pleurs : elles ont peur pour Karim.
Que va-t-il devenir ? J’essaie de les rassurer tous les trois. Je vais prendre contact prochainement avec la direction du magasin et avec Robert, je ferai une nouvelle étude de son poste de travail.
Lorsque Karim reprendra son travail, je resterai très vigilante concernant ses conditions de travail. J’encourage Karim à prendre contact avec les délégués du personnel.

Be Sociable, Share!

Publié dans : Témoignages

le 22/11/2009, par Elsa Fayner

2 commentaires

  • Luc dit :

    Magnifique !
    Et combien y en a-t-il de petits chefs – et des grands aussi ! – qui ne respecte ni les règles, ni les lois, ni les êtres humains avec qui ils travaillent ?
    C’est terrible, et moi aussi ça me fiche en colère !

  • van eeckhoutte dit :

    J’ai un ami qui a 40 ans a eu une forme » juvénile » de la maladie de parkinson. Il occupait son emploi d’attaché commercial depuis de nombreuses années dans la même entreprise et été reconnu pour la qualité de son travail. Ses difficultés d’élocution dues à la maladie ont fait qu’il a du changer de fonction pour s’occuper de la partie administrative du métier. Sa supérieure hiérarchique qui l’a connu « avant » quitte l’entreprise et une nouvelle cadre arrive. Elle ne lui dit pas bonjour le matin, lui fait des remarques sur sa lenteur de travail … Un jour elle lui demande de venir dans son bureau, il lui répond je ne peux pas maintenant je viendrai un peu plus tard, elle lui dit je veux que tu viennes tout de suite, il lui non je ne peux pas, elle insiste … finalement il a du y aller en rampant car ses jambes étaient bloquées à ce moment là. Aujourd’hui, lui qui voulait absolument continuer son travail a du se résigner à le quitter et se retrouve « handicapé » à la maison !

Poster un commentaire

Parité et conseils d’administration

Île-de-France : des inégalités de revenus centralisées

Ce site est hébergé par Art is code et propulsé par Wordpress.

Témoignez !

Votre travail vous interpelle, vous choque, vous l’avez vu évoluer et vous souhaitez le raconter, écrivez-moi, votre récit sera peut-être publié.