Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Guide de survie par temps de crash O commentaire

ordinaire_vc1En descendant l’avenue de l’Opéra, tous les banquiers de Parirs peuvent se rendre à pied à la Comédie française pour aller voir la magnifique pièce de Michel Vinaver, L’Ordinaire. Ca pourrait être l’histoire d’une banque en pleine crise.

Ils sont onze à bord du jet privé qui s’écrase dans les neiges éternelles de la Cordillère des Anes. Que reste-t-il? Une carlingue déchiquetée et huit survivants: le dirigeant d’une multinationale, accompagné de son épouse, de sa secrétaire, et de quatre viceprésidents ; l’un a emmené sa fille, un autre sa maîtresse.

Mais leur nombre se réduit inexorablement au fil des quarante-deux jours où ces êtres, arrachés à leur milieu, sont confrontés à la souffrance, à l’amour, à la peur, à la mort, au choix des gestes de survie – se manger.

L’auteur, Michel Vinaver, qui a également mis la pièce en scène, se plaît à comparer aujourd’hui le crash de l’avion à la crise financière. Comment réagit le cadre brutalement débarqué? Quels sont les premiers gestes du prétendant au pouvoir quand l’entreprise s’écrase? Que fait la secrétaire quand plus personne ne veut d’elle?

Dans L’Ordinaire, rien -ou presque- ne change. Les conversations sur l’avancement de tel directeur, le développement des activités dans telle région, les échecs et les succès de la marque, reprennent. Les prétendants se battent pour plaire au PDG. Puis, peu à peu, les masques tombent. La violence se fait plus crue. Qui faut-il sacrifier? Qui faut-il manger? Le PDG se révèle moins solide qu’il en a l’air. Mais, comme les personnages comprennent, qu’il ne résisteront que s’ils ne sont pas seuls, ils ménagent leurs congénères. Certains, du moins, jugés précieux. Par calcul, par intérêt, ou même par bonté, dirait-on.

Michel Vinaver, qui met en scène sa pièce écrite en 1980, reste dans l’esquisse, sème des pistes. Si les rôles sont nettement définis, classiques -le PDG, ses dauphins, la secrétaire, etc.-, les personnages possèdent également une épaisseur, une vie sociale, qui les fait exister et prendre vie en dehors de l’entreprise. Mais peut-on faire abstraction de sa place dans l’organigramme? Vinaver reste en équilibre, toujours dans la critique sociale, fine et acerbe, sans verser dans le cliché, ni la facilité. Les 2h40 de spectacle tiennent en haleine, tout en prêtant à la réflexion.

Inspiré d’un fait divers survenu en 1972, L’Ordinaire a été écrite en 1980, et vient d’entrer au répertoire de la Comédie française. Pour les 82 ans de Michel Vinaver, lui-même embauché en 1953 dans une entreprise multinationale fabriquant des produits de grande consommation, où il a occupé jusqu’en 1980 des fonctions de cadre, puis de PDG de filiales dans plusieurs pays d’Europe. Tout en écrivant.

Par-dessus bord, ou Les Travaux et les jours sont ainsi écrits pour le théâtre, et sur le monde du travail. Des pièces à voix multiples, pas toujours faciles à suivre à la lecture, mais qui décortiquent les relations hiérarchiques, les tics et langage des personnages récurrents de l’entreprise. Une oeuvre originale et précieuse. À découvrir absolument. Et L’Ordinaire est un bon début

Réservez vos billets à La Comédie française.

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Publié dans : Au bureau | Culture

le 29/03/2009, par Elsa Fayner

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