Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

France Télécom ne change que de nom? 2 commentaires

Avez-vous remarqué que c’est à France Télécom qu’on se tue, et chez Orange qu’on vend des forfaits Triple Play?

Quand un salarié s’immole par le feu sur le parking du site de l’entreprise où il travaillait, à Mérignac-Pichey (Gironde), c’est à « France Télécom », relaie la presse.

C’est sûr, c’est le nom du groupe. Orange n’en est que la marque unique.

Les communicants du groupe n’ont pourtant pas toujours été aussi scrupuleux. D’ailleurs, quand l’internaute tape « France Télécom » sur un moteur de recherche, il tombe sur orange.fr. Et partout sur le site, aux couleurs et à la typographie d’Orange, c’est le nom de la marque qui est employé, même pour désigner l’ « entité » qui recrute, dans la rubrique Offres d’emploi.

Et seul le logo d’Orange apparaît désormais sur tous les Communiqués de presse.

Un rebranding retardé

Car, depuis son arrivée en juillet dernier, le nouveau PDG d’entreprise entend « Faire préférer Orange ». Mais la vague de suicides a retardé le changement de nom.

Et le changement de nom a été présenté, révèle la Tribune, jeudi 31 mars lors d’un comité de la Direction des grands comptes d’Orange Business Services, la branche Entreprises. Le chantier se déroulera en trois phases, dont le calendrier n’a pas été précisé : d’abord, la disparition de l’esperluette (&), qui sert de logo à France Télécom depuis 2000, puis la modification des adresses e-mail du personnel et enfin « la disparition de France Télécom pour Orange. » Le syndicat CFE-CGC s’en est immédiatement ému auprès de Stéphane Richard dans un courrier.

Un rebranding très discret

Les syndicats Sud, CGT et CFE-CGC déplorent de ne pas avoir été tenu informés. Et craignent que le changement de nom fasse disparaître une certaine conception du travail, celle du service public.

« L’idée, maintenant, c’est de dire qu’il y a eu un avant, et qu’il faut l’oublier », comprend Patrick Mahé, secrétaire adjoint du syndicat Sud Télécom Paris de France Télécom. »Depuis quelques temps déjà, nous devons appeler l’entreprise Orange en réunion ou avec les clients. Par exemple, quand un client nous pose une question sur ‘France Télécom’, il faut lui répondre en employant l’appellation ‘Orange’ pour habituer les collègues et les clients ».

Comment les salariés réagissent-ils? « Il y a peu de réticences, ils veulent avoir la paix maintenant, c’est tout. Ils ont perdu leurs repères depuis longtemps ».

Seul le nom change?

Mais, au delà du changement de nom, qu’est-ce qui a vraiment changé dans l’entreprise, pour que la direction espère tourner la page?

En 2008 et 2009, 35 salariés de France Télécom s’étaient suicidés, dont certains sur leur lieu de travail (téléchargemer le recensement).

A la suite de la médiatisation des suicides parmi le personnel de France Télécom, le cabinet Technologia avait remis un rapport sur les conditions de travail dans l’entreprise.

Parallèlement, l’inspectrice du travail en charge de l’enquête sur les suicides à France Télécom, remettait le 11 février 2010 au parquet de Paris un rapport nourri pour « mise en danger d’autrui du fait de la mise en œuvre d’organisations du travail de nature à porter des atteintes graves à la santé des travailleurs » et pour « méthodes de gestion caractérisant le harcèlement moral ».

Depuis, des accords ont été signés avec les syndicats et des engagements pris par la direction en mars 2010: créations de postes, accompagnement et suivi renforcé des salariés en difficulté, réfection de locaux ou encore mesures de mobilité uniquement sur la base du volontariat.

En septembre dernier, en 15 jours, 5 suicides ont pourtant été recensés dans l’entreprise. Au total, en 2010, 27 suicides et 16 tentatives ont été enregistrés dans le groupe.

« Nous avons retrouvé un peu plus de liberté, les scripts ACT des téléconseillers ont disparu par exemple. Et nous sommes un peu plus écoutés. Les réunions d’équipe hebdomadaires ont de nouveau lieu », constate Patrick Mahé. « Et, quand un salarié part à la retraite, il peut organiser un pot de départ. Avant, il devait le faire en catimini. Mais, sur le fond, les choses peinent à changer. Les managers qui supervisent des équipes ont parfois du mal à évoluer. Certains ont obtenu leur poste il y a des années parce qu’ils savaient fliquer les autres. Or, aujourd’hui, on leur demande de ne plus le faire: on leur demande de maintenir les résultats au même niveau, parce que l’entreprise a promis des dividendes aux actionnaires, mais il leur faut en plus donner le sourire à leur équipe. Or, ils ne savent pas toujours comment le faire, ils n’ont pas appris. Et ces cadres ne vont pas bien aujourd’hui chez France Télécom »

Elsa Fayner

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Publié dans : Entreprises | France Télécom

le 28/04/2011, par Elsa Fayner

2 commentaires

  • Mauduit dit :

    Je travaille dans un centre d’ appel de France Telecom….ou Orange
    Je me retrouve dans les propos de Patrick Mahé.
    En effet je pense que beaucoup de cadres qui dirigent des équipes commerciales sont complêtement perdus ; les objectifs restent toujours aussi fous, il est évident que la Direction leur met une pression dingue pour que nous réalisions toujours plus de chiffres tout en nous faisant retrouvez le sourire…
    La mission est impossible.
    Nous en viendrons presque à les plaindre.
    Nous , salariés de base, cela fait déjà longetmps que nous avons perdu nos illusions, nos repères ; à leur tour ils sont victimes de la politique de France Telecom et sans ironie je pense que leur mal être au travail est plus fort chez eux actuellement que pour le salarié de base.
    Personne ne se réjouit de cette situation, de ce malaise évident.

  • nestor dit :

    si vous éprouvez un mal être au sein de votre entreprise, vous n’avez qu’à aller voir vos syndicats collabos et les prétendus socialistes qui jadis se sont tous fait les vecteurs de la réforme et de la désinformation pour vous inciter à troquer votre ancien statut protecteur de fonctionnaires des PTT au profit d’un nouveau statut hybride de fonctionnaire de France Télécom ( ou de La Poste) empreint de droit public et de droit privé, qui n’est finalement qu’un leurre et qu’un miroir aux alouettes…

    Il y a 20 ans, on vous a présenté la réforme des PTT comme une opportunité à saisir, offrant un statut sur mesure mirifique qui réunirait le meilleur des deux mondes public et privé en vous garantissant à la fois de meilleures rémunérations et une sécurité de l’emploi. Or il n’en est rien, tout ceci n’était que tromperie. En fait, vous n’avez ni les avantages du droit public ni ceux du droit privé.

    France Télécom et La Poste profitent de ce système bâtard pour se soustraire à tous les référentiels connus et créer une véritable zone de non droit. Néanmoins vous avez tous cautionné jadis le système. Ils ont obtenu votre assentiment, maintenant ils se régalent en face et comptent bien mettre à profit vos signatures pour vous faire assumer vos choix.

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