Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Espérances de vie selon les catégories socioprofessionnelles O commentaire

Si la France est l’un des pays où la durée de vie est la plus longue, c’est aussi l’un des pays en Europe où les inégalités, en termes de durée de vie, sont les plus fortes entre catégories socioprofessionnelles. Ainsi se pose la question du maintien dans l’emploi après 50 ans. Ceci d’autant plus que, selon des études, d’une part, l’état de santé est l’un des critères de sortie de l’emploi et, d’autre part, qu’il existe une association entre le risque de mauvaise santé perçue et des conditions de travail défavorables quelques années avant le départ en retraite.

L’espérance de vie en années à 50 ans est pour les hommes de 20.2 pour les inactifs, de 27.4 pour les ouvriers et de 32.2 pour les professions les plus qualifiés. Pour les femmes, la différence est moins importante : 32.4 ans pour les inactives, 34 ans pour les ouvrières et 36.1 ans pour les professions les plus qualifiées. L’espérance de vie en bonne santé à 50 ans pour les hommes est de 6.2 ans pour les inactifs, 13.7 pour les ouvriers, 17 pour les employés et 22.8 pour les professions les plus qualifiées. Chez les femmes, ces valeurs sont un peu différentes, un peu meilleures pour les inactives (15.4 ans) mais avec ensuite un gradient de 14.7 pour les ouvrières, 17.4 pour les employées et 23.8 pour les professions les plus qualifiées. A 65 ans, pour les hommes, l’espérance de vie en bonne santé est 4.6 ans pour les inactifs, 6.5 pour les ouvriers, 7.6 pour les employés et 11.1 pour les professions les plus qualifiées. Chez les femmes, elle est de 7.8 ans pour les inactives, et ensuite de 7 ans pour les ouvrières, 8.4 ans chez les employées et 11.6 pour les professions les plus qualifiées. De ceci, les auteurs concluent  » On montre donc d’importantes inégalités dans les chances de connaître des années de bonne santé au cours de la retraite, mais aussi dans les risques de ne pas atteindre l’âge de la retraite en bonne santé.  »
Pour les sujets d’un âge compris entre 50 et 59 ans, l’état de santé est dépendant du statut : se considèrent en mauvaise ou très mauvaise santé perçue respectivement pour les hommes et les femmes : 24.8% et 28.2% des actifs occupés (en emploi donc), 37.7% et 41.2% des chômeurs en recherche d’emploi, 77% et 40.6% des inactifs sans reconnaissance du handicap et 84.7% et 88.4% de ceux avec reconnaissance du handicap. L’état de santé des pré-retraités et retraités est meilleur pour les hommes puisqu’ils sont respectivement 23.6% et 18.7% en mauvaise ou très mauvaise santé. En revanche, chez les femmes, si les pré-retraitées sont 21.6% à être en mauvaise ou très mauvaise santé, elles sont 37.4% chez les retraitées.
De nombreux facteurs peuvent intervenir dans le choix d’un départ à la retraite (facteurs financiers, familiaux, etc…). Mais l’état de santé représente pour les auteurs un facteur déterminant qui explique le fait que l’âge des départs à la retraite suit un gradient inverse de celui de la CSP, pour respectivement hommes et femmes, départ à la retraite à 57 et 53.8 ans pour les ouvriers, 57.7 et 55.6 ans pour les employés et 59.5 et 57.3 ans chez les cadres.
La probabilité d’être en emploi entre 50 et 59 ans présente un odds ratio (OR) statistiquement significatif de 0.72 (p. < 0.01) pour une santé perçue moyenne, mauvaise ou très mauvaise chez les hommes (référence : bonne santé perçue). Chez les femmes, l’odds ratio à 0.84 n’est pas statistiquement significatif. La limitation dans les activités quotidiennes donne, de façon statistiquement significative, respectivement chez les hommes et les femmes des OR de 0.32 et 0.49 (p. < 0.001) par rapport à ceux qui ne présentent pas de limitation d’activité.
Et il faut mettre en regard de ce qui est prévu de façon très restrictive pour les départs anticipés à la retraite pour pénibilité (à 60 ans quand même !) une partie de la conclusion des auteurs qui après avoir rappelé le rôle de l’état de santé vis-à-vis de l’emploi écrivent :  » Au regard de ces différentes recherches, il apparaît qu’au-delà des statuts administratifs d’activité ou d’état de santé se pose la question des possibilités réelles de poursuite d’activité professionnelle de certaines catégories compte tenu de leur état fonctionnel, de leurs conditions de vie et des conditions d’exercice de leur emploi. Ces résultats témoignent de la nécessité pour les politiques publiques de suivre l’évolution de l’état de santé des actifs âgés, en lien avec leur profession, leurs conditions de travail et leur situation sociale en général.

Source:  » Espérances de vie, espérances de vie en santé et âges de départ à la retraite: des inégalités selon la profession en France « , E. Cambois, T. Barnay et J.-M. Robine, la revue Retraite et société n° 59 d’août 2010. J’avais déjà évoqué ce numéro de la revue dans la lettre d’information du 17 octobre 2010.

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Publié dans : Conditions de travail

le 6/03/2011, par Elsa Fayner

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