Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

« Elle a eu un revolver sur la tempe pendant de longues minutes » 1 commentaire

Marielle Dumortier est médecin du travail. Elle a également écrit Mon médecin du travail. Pour Et voilà le travail, elle tient une chronique régulière. Nouveau témoignage.

Le mois dernier, j’ai vu en visite de reprise après un accident du travail Péguy : elle s’est retourné un doigt  en voulant retenir une boîte de gâteaux qu’un jeune voleur d’une dizaine d’années avait choisi d’emporter. Après un arrêt de travail de six semaines cette femme souffre toujours et ne peut plus plier son doigt.

Il y a quinze jours c’est Samira que je vois en visite à sa demande. Cette femme a subi un braquage l’an passé. Elle a eu un revolver sur la tempe pendant de longues minutes, elle est terrorisée à l’idée de devoir remettre les pieds dans le magasin : je ne la laisserai probablement pas reprendre son travail, et envisage une inaptitude.

Ce matin j’ai vu Sophia pour une visite de reprise du travail. Sophia  faisait de la mise en rayon quand un voyou surpris en train de voler par Robert l’a violemment bousculée. Elle est tombée et s’est fracturée le nez. Quant à Robert, Sophia ne sait pas très bien ce qui lui est arrivé. Elle sait seulement qu’il est en arrêt de travail, il se serait fait agresser un soir sur le quai du RER.
Sophia ne va pas bien, elle pleure et est angoissée. Je lui demande « Est-ce de reprendre votre travail ? » en sanglotant, elle me répond «  Oui, bien sûr un peu, mais surtout je ne sais pas où je vais aller, les autres sont envoyés loin, moi j’habite la cité, avec les enfants je ne peux pas aller trop loin » Surprise, je ne comprends ce qu’elle veut me dire, je lui demande des explications.
« Tous ces vols et tous ces arrêts de travail ça coûte cher, alors ILS ont décidé de fermer le magasin à la fin du mois…. »

Tous ces salariés travaillent dans le même super marché hard discounter que Fatima. Cette femme ne pouvait plus travailler dans un climat de violences physiques et psychologiques…. j’ai raconté son histoire en aout. J’ai appris qu’elle était toujours en arrêt de travail. Où sera-t-elle mutée si elle peut un jour reprendre son travail ?

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Publié dans : Au magasin | Témoignages

le 22/01/2012, par Elsa Fayner

1 commentaire

  • Anonyme dit :

    Embauchée le 1er septembre 2009, à mi temps, je devais seconder la secrétaire du siège social dans la tenue d’une association qui gère des hôpitaux, faire des remplacements au standard, relancer le journal interne (j’ai 10 ans de journalisme).

    La première année, s’est bien passée. La situation s’est dégradée petit à petit, sans que je puisse en connaître les raisons, malgré mes demandes répétées.

    Chaque tâche effectuée provoque reproches et réflexions. « Si on a trouvé que « ça » (en parlant de moi) pour me seconder et me donner deux fois plus de travail, ce n’était pas la peine…. »
    Au fil des jours, j’ai de moins en moins d’activité jusqu’à passer mes journées à ne plus rien faire du tout. Ma collègue, qui doit me former ne me parle pas de la journée et m’exclut totalement de la vie de l’association. Je prends connaissance des choses par une lettre ou un coup de téléphone, éventuellement en regardant un peu dans le courrier antérieur lorsque je le peux. De fait, ne sachant pas toujours répondre, je passe pour une incapable auprès des administrateurs.
    Lors des conseils d’administration on me place dans un coin, à l’autre bout de la salle car « j’indispose » ma collègue et la femme de mon patron.
    J’ai reçu une lettre d’avertissement entièrement basée sur des ragots incompréhensibles. Je n’ai pas eu la possibilité de me défendre

    On m’accuse d’avoir de « mauvaises fréquentations » puisque je déjeune à la cantine avec les femmes de service, que j’invite au siège pour faire la fête quand personne n’est là ! De partir à l’heure le soir, etc.

    Cependant cette lettre précise que mon travail « ne soulève aucun problème». Cette remarque conforte la remise d’un diplôme d’honneur de l’association pour mon travail en juin 2010. J’ai toujours fait le travail que l’on m’a donné, même minime, avec application et honnêteté.

    Pourtant, les vexations ont continué. Le paroxysme a été atteint quand la femme de mon patron, m’a traité de « conasse » (excusez-moi du mot) sur le lieu de mon travail et devant mon patron qui n’a pas réagit sinon pour me dire qu’ «il en avait assez ». « Moi aussi » lui ai je répondu en précisant que j’allais prévenir la médecine du travail.

    Plusieurs fois, j’ai alerté le président qui devait voir cela avec ma collègue, mais rien n’a changé. Il s’est dit « conscient de ma souffrance » et qu’il allait voir pour un autre poste puis pour un licenciement arrangé. Depuis ce jour de mai 2011, je n’ai eu aucune proposition.

    Entre temps, j’ai eu, au téléphone, la jeune femme qui m’a précédé. Elle a subi les mêmes humiliations que moi et, deux ans après son départ, elle était bouleversée d’en reparler. Elle-même a eu contact avec la personne l’ayant précédé et c’était la même chose. Ce qui fait que je suis la 3ème personne au même poste à subir ce harcèlement sans que personne ne réagisse.
    Cela m’a quelque peu rassurée sur ma culpabilité de mon incompétence supposée…

    Mais ces humiliations perpétuelles ont eu raison de ma santé.
    Le Dr Dumortier m’a déclarée inapte à reprendre mon travail (j’avais 18 de tension). Inaptitude qui a été prolongée.
    Arrêt de travail, hypotenseur, somnifère, anti dépresseur, anti douleur, acupuncture kinésithérapie et séances chez le psychiatre m’ont permis de reprendre petit à petit le dessus. Une consultation spécialisée de « souffrance au travail » dans un hôpital parisien m’a permis de faire sortir tout ce que j’avais sur le cœur et surtout ce poids de culpabilité qui m’empêche de dormir, de me décontracter, de vivre de mon travail et me provoque crises d’angoisse et de pleurs.

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