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Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Elisabeth ou l’équité : une DRH sur le devant de la scène 1 commentaire

Anne Consigny joue la DRH dans la pièce Elisabeth et l'équité, d'Eric Reinhardt.

La première pièce de théâtre d’Eric Reinhardt, qui se joue jusqu’au 8 décembre à Paris, nous plonge au cœur du plan social d’une multinationale. Pour nous immerger dans un décor ultra réaliste, l’auteur a réalisé un véritable travail de recherches auprès de pro des ressources humaines.

Pour son dernier roman, Le système Victoria, Eric Reinhardt avait déjà choisi une DRH comme personnage principal. Non pas qu’il en était particulièrement entouré, mais car selon lui, « le directeur des ressources humaines concentre en sa personne toutes les contradictions du capitalisme. Il fait le lien entre la logique financière et le terrain, nous tous. »

Dans Elisabeth ou l’équité, une directrice des ressources humaines, qui doit aussi faire face au suicide de deux ouvriers à l’usine, se retrouve piégée entre les ordres du dirigeant du fond de pension et les revendications de syndicalistes plus vrais que nature.

Des répliques de comptes-rendus de comité d’entreprise

Pour comprendre les rouages du métier, il s’entretient avec deux DRH pour son roman, sept pour Elisabeth ou l’équité. Une avocate américaine qui les conseille au quotidien l’a également beaucoup renseigné.

Il rencontre aussi des syndicalistes qui lui fournissent des comptes-rendus de comité central d’entreprise. D’ailleurs, dans une des scènes d’Elisabeth et l’équité, les répliques ne sont pas inventées, elles sont extraites des minutes d’un CCE qui a vraiment eu lieu.

Mis à part quelques brèves expériences en maison d’édition une fois son diplôme d’école de commerce en poche, Eric Reinhardt est peu familier du monde de l’entreprise. Alors qu’il écrit Cendrillon, il profite d’un travail alimentaire qu’il réalise pour une multinationale pour se documenter. Dans le cadre d’une mission de communication interne et externe, il interview le PDG, le DRH, les responsables marketing, etc.

«  J’avais l’impression d’être un agent double ! »

« Je m’imprégnais de ce milieu, j’orientais mes entretiens avec comme arrière pensée l’idée d’écrire un livre sur le monde de l’entreprise. J’avais l’impression d’être un agent double ! », confie-t-il. Et pour s’assurer du réalisme des situations, il fait relire toutes les scènes de Le système Victoria et d’Elisabeth ou l’équité qui se passent dans le monde du travail.

Gérard Watkins interprète Denis Dubreuil, le représentant CGT dans Elisabeth ou l'équité.

Certaines scènes sont entièrement inspirées de pratiques RH qu’on lui a révélées. Comme celle où la DRH convoque la femme d’un cadre pressenti pour diriger une antenne du groupe en Chine, afin de s’assurer qu’elle n’y va pas à contrecœur, dans Elisabeth ou l’équité.

Ou encore, celle où les salariés menacent de faire exploser le site avec des bouteilles de gaz. Si la scène résonne particulièrement avec celle qui s’est déroulée en octobre 2013 à   l’usine VG Goossens de Marcq-en-Baroeul (Nord), elle s’inspire d’une radicalisation du conflit qui lui a été contée par un ancien DRH de Hewlett Packard.

Des airs du PDG de Titan

Quant au directeur du fond de pension, il a de sérieux airs du PDG de Titan Maurice Taylor. Pourtant, l’essentiel de la pièce était écrit à l’été 2012, avant, donc, les virulentes sorties anti-syndicalistes français.

« Ils se ressemblent. Mon personnage caractérise l’esprit américain comparé à un certain immobilisme à la française : il prend des décisions très vite, il faut que ça bouge, raconte l’écrivain.. Quand j’ai entendu le discours du patron de Titan, j’ai ajouté une réplique à la pièce, je ne pouvais pas ne pas faire le lien. ». De quoi réaliser une œuvre littéraire bien renseignée, écrite d’une plume acérée.

 

Elisabeth ou l’équité se joue jusqu’au 8 décembre au théâtre du rond point, à Paris et le texte est disponible aux éditions Stocks En savoir plus

Eric Reinhardt est aussi l’auteur de Le système Victoria, qui raconte la torride histoire entre une DRH et un architecte, ainsi que de Cendrillon, plongée dans l’univers des hedge funds et des traders.

 

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Publié dans : Culture

le 30/11/2013, par Rozenn Le Saint

1 commentaire

  • Tout à fait d’accord sur la qualité générale de la pièce (une approche hyperréaliste puisée à de bonnes sources) , de la mise en scène sans pathos et du jeu des comédiens. Je n’ai qu’une petite réserve quant à moi: le discours de la DRH (Elisabeth) qui prétend qu’il suffit de le vouloir pour que ça change est assez léger car l’absence d’alternative (TINA) a trop bien pénétré les esprits dans l’entreprise et en dehors pour que les gens se rebellent.
    Mais il faut voir cette pièce qui est une des rares à évoquer le top management avec son côté marigot de crocodiles et ses enfantillages (les décisions ne sont pas d’abord rationnelles mais satisfont le conatus, les egos des patrons) et cela sans manichéisme, y compris dans la présentation des réalités syndicales: un bel équilibre.

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