Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

« Durant mon congés maternité, ils annulent des spectacles que j’avais programmés » 3 commentaires

Bérangère s’occupait dans une mairie de la programmation culturelle, jusqu’au jour où deux élus ont eu envie eux aussi d’organiser des concerts.

« J’ai 30 ans. Bonne élève, études supérieures, passionnée de culture, j’ai fait un Master de médiation culturelle, pour me donner les moyens de travailler dans le milieu qui me passionne, tout en sachant que les places sur le marché du travail sont chères.

J’effectue plusieurs déménagements dans toute la France pour ma formation et mes stages. Jusqu’à obtenir mon premier emploi, en 2007, dans la mairie d’une petite ville, en tant que chargée de programmation artistique. Les débuts se passent bien. Le Maire est satisfait de mon travail. Je ne ménage pas mes efforts : horaires à rallonge, déplacements … Je mets en place des actions qui fonctionnent, la fréquentation est en hausse. Je passe le concours de rédacteur territorial, que j’obtiens du premier coup, et suis titularisée sur mon poste (fonctionnaire territorial).

Le nouveau maire se désintéresse de la culture

Puis l’équipe municipale change aux élections de 2008. Le nouveau Maire se désintéresse totalement de la culture. Il ne souhaite même pas me rencontrer, mais laisse le champ libre à deux conseillers municipaux qui, je le découvre, voudraient faire le travail à ma place. Je montre que je suis ouverte et prête à collaborer avec eux, mais que je veux continuer à faire mon travail, garder mes attributions. Alors, petit à petit, ils se mettent à discréditer mon travail auprès de mes supérieurs, des partenaires extérieurs, du public. Ils m’inventent des « fautes ». Niant en bloc. « Mais non, on ne ferait jamais ça, on te fait entièrement confiance ».

Les élus annulent mes spectacles dans mon dos

En 2009, je m’absente pour donner naissance à ma fille. Durant mon congé maternité, les deux élus annulent des actions, des spectacles, en criant sur tous les toits que j’ai « fait n’importe quoi ». Je retourne au poste complètement découragée, épuisée. Je comprends que je vais devoir chercher du boulot ailleurs. Mais je ne suis pas en état de le faire : fatiguée après ma grossesse, avec un bébé de quelques mois, j’essuie, de plus, de graves difficultés familiales (en fait, mon père est en train de mourir d’un cancer). Informés, mes chers élus ne me ménagent pas pour autant. S’ajoute une surcharge de travail que je ne peux assumer seule. J’alerte ma hiérarchie plusieurs fois (DG + DRH). Aucune réaction. On ne touche pas aux élus. J’alerte la médecine du travail. Le docteur finit par identifier une situation de harcèlement moral, mais dit ne rien pouvoir faire. Elle tente de prévenir le nouveau le DRH, « en off », sans résultat.

Premier arrêt maladie en mai 2010. Je commence à envoyer des candidatures. Premier entretien. Catastrophique. J’ai perdu toute confiance en moi, je ne crois plus du tout en mes capacités. Nouvel arrêt maladie. Un mois cette fois.

Gâchis et désenchantement

L’été passe, je me requinque un peu. Nouveaux entretiens à la rentrée. La réponse sera très longue à venir, mais l’un d’eux débouche sur une embauche! Il faut de nouveau déménager, avec mon compagnon et notre fille. J’attaque mon nouveau boulot en janvier 2011. Je suis à l’abri des attaques que j’ai subies auparavant, je n’ai rien à dire sur mes conditions de travail.On me laisse tranquille, je gagne 1400 euros par mois, j’ai la sécurité de l’emploi.

Mais je n’utilise pas du tout mes compétences. J’ai peu de choses à faire, des tâches administratives, qui ne demandent pas de prise de décision, pas de créativité. Quelqu’un de peu ou pas diplômé le ferait aussi bien. Je fais mes 35h semaine, et je m’en vais pour m’occuper de ma fille. Finies les heures sup’ pour lesquelles, de toutes façons, on ne me remerciera pas. Je ne me plains pas, au regard de ce que j’ai vécu avant, mais quel gâchis, quel désenchantement. »

Propos recueillis par Elsa Fayner

Lire le témoigne de Maxime, qui travaille également dans la Culture, pour une association: « On me rétorque qu’assister à des concerts, ce n’est pas vraiment travailler »

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Publié dans : Témoignages

le 7/08/2011, par Elsa Fayner

3 commentaires

  • virgilerl dit :

    Bonjour Elsa,
    J’évite d’employer le mot harcèlement. Alors, bienvenu dans le monde de la discrimination.
    J’ai vécu ta situation pendant huit ans.
    J’espère que tu as fait ton possible pour te raprocher d’un syndicat, constituer ton dossier .

    Elsa, je te souhaite bon courage.

  • Rebecca dit :

    L’attitute des élus et de la hiérarchie dans ce témoignage est lamentable… La FPT peut parfois réserver de tres mauvaises surprises. Bon courage!

  • Bérengère dit :

    Je suis la personne qui a écrit le témoignage.

    En réponse à virgilerl : j’ai oublié dans mon récit de préciser que j’ai bien sûr allerté les responsables syndicaux. Mémorable. En subtance, ils m’ont dit : « on sait que tes élus sont dérangés, on les connaît. Mais tu ne pourras rien faire contre eux. Alors ne dis rien, tais-toi. Ou cherches du boulot ailleurs. »

    Si, si.

    Cordialement,

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