Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Diminuer l’immigration pour faire baisser le chômage ? 8 commentaires

Après que le ministre de l’intérieur, Claude Guéant, a dit vouloir limiter le nombre d’étrangers accueillis légalement en France, c’est son collègue du gouvernement Xavier Betrand qui a annoncé, dimanche 17 avril vouloir réduire la liste des métiers pour lesquels le recours à une main d’œuvre étrangère est facilité.

Le ministre du Travail s’est fixé pour objectif de mieux former les chômeurs français, pour les orienter vers les métiers dits en tension -dans la restauration, mais aussi le bâtiment ou les travaux publics -occupés en grande partie par les immigrés. Raisonnement séduisant… sur le papier, analyse Marie Bellan dans son article Immigration: quels enjeux pour l’économie française? paru dans les Echos le 26 avril.

Des emplois qui intéressent peu les chômeurs français

« C’est une illusion de mettre face à face le nombre d’immigrés et le nombre de chômeurs en pensant qu’ils sont substituables, explique à la journaliste Patrick Simon, démographe à l’Institut national démographique. Il y a des effets rémunérations, des effets compétences et de spécialisation dont il faut tenir compte. »

Autrement dit, ces emplois sont souvent plus pénibles que la moyenne, moins bien payés et plus précaires (lire le reportage Resto Academy, sur les pratiques du secteur). Ils intéressent donc peu les chômeurs français. Encore moins s’ils y sont mieux formés, comme le propose Xavier Bertrand.

Le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP) présente par exemple le plus haut niveau de risque d’accident du travail en France : il recense 18 % des accidents avec arrêt et 29 % des décès alors qu’il occupe 8 % des salariés, d’après la Caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés. « Les étrangers sont proportionnellement plus touchés, notamment par les accidents graves », précise le sociologue Nicolas Jounin, spécialiste du BTP : 86 % des salariés sont des Français, victimes de 82 % des accidents de travail avec arrêt et de 71% des accidents avec invalidité temporaire.

« Les étrangers, en situation régulière ou non, travaillent généralement en intérim, souvent chez des sous-traitants de sous-traitants », indique le sociologue. « Les intérimaires sont plus souvent recrutés sur les postes les moins qualifiés, plus pénibles et plus risqués », ajoute Elena Mashkova, doctorante en sociologie à l’Université Paris Descartes. Les intérimaires prennent d’autant plus risques qu’ils craignent de ne pas voir leur contrat reconduit.

Limiter l’accès pénaliserait l’emploi

Faire baisser le nombre d’immigrés pourrait même avoir des effets néfastes: augmenter encore certaines tensions sur le marché de l’emploi, et faire croître le travail au noir, donc l’immigration illégale.

Le bâtiment, comme la restauration, recrutent déjà beaucoup de travailleurs clandestins. En 2006, 12% des hôtels, cafés et restaurants contrôlés étaient en infraction, près du triple de l’année précédente. Le BTP cumule de son côté 40% des cas de travailleurs dissimulés, 37% des faux statuts découverts, 52% des embauches d’étrangers sans titre de travail ou encore 89% des fraudes aux Assedic, notent les journalistes Hervé Nathan et Nicolas Prissette dans Les bobards économiques.

Les immigrés amortissent les fluctuations du marché de l’emploi

Enfin, « on peut postuler qu’avec l’installation durable de la crise économique, les immigrés ont joué un rôle d’amortisseur pour l’ensemble du marché du travail, ce qui a permis aux Français d’origine de se maintenir dans une position relativement plus favorable, expliquent aux Echos Didier Gelot et Claude Minni dans une étude parue en mars 2010.

Le taux de chômage des immigrés est de 16 %, il atteint près de 20 % pour les étrangers originaires du Maghreb et d’Afrique

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Publié dans : À la maison | Marché du travail

le 26/04/2011, par Elsa Fayner

8 commentaires

  • Marchandise humaine dit :

    « Des emplois qui intéressent peu les chômeurs français » ?

    Alors, ça, c’est une énorme plaisanterie ! Ou de la propagande politique, aussi…

    Parce que, pour quelqu’un qui a au moins une fois dans sa vie cherché un emploi : c’est l’évidence même que ce n’est pas le demandeur/chômeur qui choisit son emploi. Mais, c’est bien exactement l’inverse : c’est l’employeur qui choisit (son demandeur/chômeur).

    D’ailleurs, ce n’est un secret pour personne qu’il y a un certain temps, les employeurs allaient chercher eux-mêmes leurs travailleurs « étrangers » directement dans leurs pays.

    Mais, ce que cherche un employeur sans scrupule, ce n’est pas tant un travailleur « étranger », mais un employé en position de faiblesse. C’est exactement la même chose que pour : les femmes qui travaillent en temps partiel imposé, les stagiaires en apprentissage, les travailleurs pénitentiaires, etc.

  • Paul Santelmann dit :

    Immigration et chômage

    La question de l’immigration de travail en temps de chômage de masse est régulièrement l’objet de discours apparemment antagoniques qui communient aux mêmes préjugés consistant à considérer que les immigrés sont naturellement adaptés aux emplois peu qualifiés… En réalité cet argumentaire s’est construit durant la période des trente glorieuses et du plein emploi et relève d’abord d’une conception ethnique de la division du travail que révèlent les études du Ministère du Travail de l’époque.
    Dans les années 60 les emplois les plus dévalorisés furent ainsi occupés par l’arrivée des nouvelles immigrations notamment d’Afrique du Nord permettant aux « autochtones » d’occuper les emplois plus qualifiés ou d’intégrer le secteur tertiaire en expansion et les secteurs publics et para-publics « fermés » aux immigrés : « Les nord-africains forment le groupe le plus nombreux : on les trouve surtout dans les Travaux Publics et le Bâtiment, et plus particulièrement dans les entreprises de gros-œuvre. La majorité d’entre eux sont des manœuvres et des ouvriers spécialisés. Cette tendance risque de se généraliser étant donnée la désaffection croissante des français à l’endroit de ces professions (souligné par nous). Le problème des qualifications est encore plus grave pour les africains noirs, employés dans la réparation navale aux travaux les plus sales et les plus dangereux » (« La main d’œuvre étrangère en PACA et en Corse (1968 à 1970) – étude réalisée par l’Echelon régional de l’Emploi de Marseille – Revue Française des Affaires Sociales – octobre-décembre 1972).
    Cette répartition des activités dans l’industrie a donc pris un caractère ethnique et post-colonial et accentua la dévalorisation de certaines tâches réputées « non qualifiées » occupées par une population supposée « non qualifiable ». Même les progrès techniques furent gérés (et donc organisés) comme une nouvelle répartition de la main d’œuvre autochtone et immigrée et non comme un processus de qualification de tous les salariés : « La modernisation et la mécanisation des entreprises peuvent freiner le recrutement des étrangers, mais elles ne l’arrêtent pas (souligné par nous). D’une part, elles le restreignent en diminuant le nombre des emplois sans qualification, vers lesquels les migrants se portent très souvent ; mais d’autre part, la modernisation entraîne une croissance des effectifs. Les besoins en ouvriers spécialisés et qualifiés augmentent avec la production, et les français se dirigeant vers les postes les plus qualifiés, il faut les remplacer par des étrangers. (…) L’élévation des plus basses couches ouvrières françaises permet une relève par les basses couches d’étrangers pour les travaux et les métiers dévalorisés dans notre société. Les français ne reprendront ces tâches que si elles sont revalorisées, et par les employeurs, et par la société réputant « prestigieuses » certaines professions par rapport à d’autres, ordinairement manuelles, et de plus en plus délaissées. » (« Les travailleurs étrangers dans la région Midi-Pyrénées » – étude réalisée en 1971 par l’Echelon régional de l’Emploi de Toulouse – Revue Française des Affaires Sociales – octobre-décembre 1972).
    A cette époque (on est en 1972 !) d’autres études du Ministère du Travail s’interrogeaient sur le fait que le nombre d’ouvriers qualifiés était en diminution alors que matériel et équipements s’étaient améliorés quantitativement et qualitativement (William Grossin et Michel Klaine « Qualification du travail humain et développement technique » – Revue Française des Affaires Sociales – juillet septembre 1970). En fait l’ethnicisation des emplois du bas de l’échelle est considérée comme inévitable et les immigrés comme naturellement adaptés à ces emplois : « Les emplois tenus par les étrangers sont souvent refusés par les français, même si ces derniers se trouvent en chômage prolongé. Leur absence serait donc dommageable à la production industrielle, tandis que leur présence n’a, à court terme, que peu de répercussions sur l’emploi des français. » (« Les travailleurs étrangers dans la région Centre » – étude réalisée en 1971 par l’Echelon régional de l’Emploi de Nantes – Revue Française des Affaires Sociales – octobre décembre 1972). Ces extraits d’études soulignent parfaitement la simultanéité entre ethnicisation et dévalorisation d’une partie des emplois ouvriers alors même que s’amorçait un processus de modernisation de l’industrie. Il semble que le débat sur l’immigration en soit toujours à ce niveau…

  • Thibault dit :

    La proposition d’empêcher les immigrés d’accéder à ces emplois n’a aucun sens puisque ces emplois ne sont pas, justement, suffisamment pourvus… Aujourd’hui tous les demandeurs d’emploi sont incités à aller vers le BTP parce qu’il recrute. Les Français ne sont pas « privés » d’emploi dans ce secteur.

  • Lionel dit :

    C’est sûr quand on recherche des hommes de moins 35 ans acceptant les contrats précaires basés sur le smic pour des travaux pénibles on peut parler de pénurie de volontaires parmi nos concitoyens. Mais qui a décidé que ces emplois ne valaient rien, que la loi de l’offre et la demande ne devait pas s’appliquer à ces métiers? L’utilisation de travail des illégaux cause la concurrence déloyale et empêche de proposer des conditions de travail propres à attirer les vocations. Les métiers du BTP sont difficiles mais n’ont rien de dégradant et pourraient être reconnus pour leur évidente grande utilité. Je ne vois aucune raison de mépriser ce qui font nos maisons, et les payer une misère. On va finir avec des labels « chantiers équitable » pour être sur que celui qui fait le boulot peut vivre convenablement de son travail.

  • Anonyme dit :

    Après avoir déposé mon Cv dans un café parisien, j’ai eu un entretien très bref puis ai été embauchée en CDI en tant que serveuse à 9,06E brut/h, 28h/semaine. J’ai été témoin de conditions de travail frôlant la légalité, à savoir:
    – heures sup non déclarées ni payées,
    – changements de planning à la dernière minute
    – changement de volume horaire/semaine
    – heures manquantes sur ma fiche de paie
    – déduction sur la fiche de paie des repas fournis par le restaurant pendant le service (sans avoir été prévenue de ce « détail » auparavant)
    – aucune formation avant la prise de service
    – aucune prise en charge du transport lors des clôtures tardives
    – obligation pour les serveuses de venir avec leur propre fond de caisse
    – erreurs de caisse déduites du salaire des serveuses
    -humiliation du personnel (on nous appelle « mon petit chat », etc)
    – obligation pour les serveuses de donner 6 à 6,5 euros/ jour au manager (officiellement donné aux barmans), que la serveuse ait eu des pourboires ou non, sans avoir été prévenues
    -embauche exclusive de serveuses, et non de serveurs, de barmans, et non de barmaids
    3 semaines après le début de mon contrat, un soir de clôture, j’ai eu un accident de vélo en rentrant chez moi, j’ai été arrêtée 2 puis 10 jours par mon médecin. Le dernier jour de mon arrêt de travail, le 23 août 2010, j’ai reçu une lettre de notification de fin de période d’essai (qui était officiellement de 2 mois).

  • abc dit :

    C’est bizarre comme la gauche a changé son fusil d’épaule sur le thème de l’immigration:

    http://www.youtube.com/watch?v=nsCaoc-FuiA

    Doit on en conclure que la gauche actuelle fait le jeu du grand patronat, alors que la gauche d’antan avait un discours de vérité?

  • GENTY Jean Claude dit :

    J’ai lu avec attention ce paragraphe : « Le ministre du Travail s’est fixé pour objectif de mieux former les chômeurs français, pour les orienter vers les métiers dits en tension -dans la restauration, …..occupés en grande partie par les immigrés.
    « Des emplois qui intéressent peu les chômeurs français ????? » J’ai vraiment du mal à comprendre. Cadre, licencié de l’industrie automobile en 2005, suite à un bilan de compétences, je dois m’orienter vers un métier « sous tension», agent technico commercial de vins à l’international, afin de retrouver un emploi durable. J’ai exercé le métier de Sommelier, passé mon BAC vente, puis Pôle emploi m’a inscrit à la formation de master en Connaissance International des vins. J’ai eu la mauvaise surprise de ne pas être accepté par la commission d’admission en raison « de mon âge », malgré l’avis favorable de Pôle emploi, afin de créer mon entreprise. L’avantage principal de l’enseignement au CCIV est que c’est le conseil régional de Bourgogne qui finance cette formation
    http://www.lejsl.com/edition-de-chalon/2011/10/31/jean-claude-bachelier-a-52-ans

    En conclusion, dans ce cas précis, on préfère financer une formation pour les étrangers et non pour un chômeur qui habite la région, qui a le soutien de Pôle emploi et qui accepte un emploi dit en tension.

    Jean-Claude GENTY

  • goze dit :

    Je maçon OHQ et au chômage. Dire que les Français ne sont pas intéressés pour travailler dans le BTP est une idéologie erronée.
    Primo, les meilleurs ouvriers sont les ouvriers de père en fils et fier de l’être. Il y en a plus qu’on ne le croit.
    Ensuite, en ce moment la conjoncture est telle qu’il n’y a plus assez de postes disponibles dans le BTP. Les boites d’intérim n’ont plus assez de missions à proposer.
    Enfin, il y aura toujours du travail pour les immigrés clandestins puisque leurs situations irrégulières les placent dans le travail au noir. il y aura toujours du travail pour celui qui baise la concurrence de manière déloyale.

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