Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Des conséquences d’austères listes sur la retraite de Lucie O commentaire

Chroniques de G. Delatour. Sous ce pseudonyme, un directeur d’entreprise livre sous forme de conte sa conception des relations entre cadre et employés.

Innocent prenait plaisir à passer cette fin d’après midi dans le parc du château de Saint Cloud, berceau de l’histoire napoléonienne, à deviser avec Lucie, cette belle et prometteuse jeune femme dont il était le parrain. En première S, avec le bac en perspective, Lucie était de ces élèves promis à un bel avenir, mais partagée entre la conscience de leur valeur et la crainte de ne pas être à la hauteur.
De fait, comme lui déjà presque trente ans plus tôt, Lucie aspirait à la fois à s’affranchir du carcan scolaire, tout en craignant l’affrontement avec le monde extérieur.

Tout change et pourtant rien ne change se disait Innocents,  depuis les « trente piteuses » qui démarrèrent lorsqu’il avait l’âge de Lucie : toujours la crise, le chômage, les cadences, les déficits, etc. Et, depuis quelques années, le spectre de la retraite. Moins de la voir arriver, pour ceux qui veulent travailler, que de la voir repoussée pour ceux qui souhaitent s’arrêter.
Devant cette austère liste de dangers réels ou supposés de la vie active, il ne savait plus lui-même s’il devait recommander à Lucie d’y entrer précocement ou en repousser l’échéance par des études longues.

Collectivement, le sujet le laissait perplexe à bien des égards, tant il y voyait de multiples incohérences et contradictions :
–    Son père avait été mortifié « d’être mis en pré-retraite”, mais, au moins, on lui avait donné le sens que c’était pour sauver les emplois de la génération de ses enfants. Et pourtant, sa génération à lui devait a contrario prolonger sa vie en activité,
–    La retraite à 60 ans, mais aussi les 35 heures, avaient été un acquis de toute une génération,
–    Et pourtant, le système était objectivement en faillite, ce qui rendait incompréhensible qu’on se mobilisât pour le maintenir. Ceux là mêmes qui cherchaient à mobiliser les jeunes contre la réforme, seraient aussi les bénéficiaires de leur travail futur,
–    Cette réforme, pour exigeante qu’elle soit était débattue et votée par une chambre démocratiquement élue et de ce fait devait faire droit. De là à prendre la loi Mauroy pour un Austerlitz et la loi Fillon pour une Retraite de Russie !

Et toi Lucie, qu’en penses tu ?

Tu sais, Innocents, moi qui n’ai pas encore 20 ans, je ne me sens guère concernée par les préoccupations de ceux qui ont trois fois 20 ans. Ce n’était pas non plus ton cas il y a 20 ans, ni le leur il y en a 40 en 1968 je suppose…
Moi, pour préserver ma sérénité, je n’écoute plus la radio, ni ne regarde la télé. Je choisis mon information en me promenant de par le monde sur internet. Concernant la retraite, les jeunes de mon age ont bien compris ce qui les attend depuis longtemps, à rembourser des tombereaux de dettes et à dire adieu à la retraite. Tu parles d’un programme !
Remarque ; ça ne m’empêche pas d’être joyeuse, à vivre chaque jour comme s’il était le premier et le dernier. Parce que moi, j’ai envie de vivre et m’engager, plus que m’arrêter et me retirer.
Moi tu vois, je n’aspire pas à être millionnaire en euros, mais millionnaire en bonheur. Et j’ai trouvé la solution en m’investissant avec et pour les autres, ici comme ailleurs. Et ça, ce n’est pas une question d’âge tu sais. Je le vois bien avec mes professeurs. Certains « vieux » sont toujours mus par la passion et d’autres « jeunes » nous mettraient en dépression.
Après les préceptes du vieux sage, le regard lucide de cette gamine avait ébloui Innocents. Il lui rappelait tant de situations professionnelles et personnelles que lui, l’adulte en milieu de vie, éprouvait au quotidien. Une fois encore, Brassens et ses évocations de la comédie humaine lui revenait : « le temps ne fait rien à l’affaire, quand on est c…, on est c… ». Mais la valeur n’attend pas le nombre des années et…, quand on est bon, on est bon !

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Publié dans : Témoignages

le 7/02/2011, par Elsa Fayner

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